SCÈNE II LE MARQUIS, LE ROI, GUCHO
Le roi semble ne rien voir. Il est absorbé dans une préoccupation profonde.
LE ROI, à part.
Ne rien brusquer vaut mieux. Je le préfère.
LE MARQUIS, avec une révérence, au roi.
Catastrophe aujourd'hui. Si le roi laisse faire.
Le roi lève la tête. Le marquis lui désigne le dehors du palais caché par le grand rideau de la galerie du fond.
Là, grand autodafé. Force gens brûlés vifs. En même temps, édit d'expulsion des juifs. Tout un peuple qu'un moine ôte au roi de Castille.
Une horde qu'on chasse, un bûcher qui pétille. C'est là ta catastrophe ?
Il aperçoit sur la table le plat chargé d'or.
Ah ! de l'argent encor ?
Au marquis.
De qui ?
LE MARQUIS
Des juifs.
LE ROI
Combien ?
LE MARQUIS
Trente mille écus d'or.
Qu'ils vous offrent, seigneur, au nom de trente villes.
LE ROI
Bien. Que demandent-ils ?
LE MARQUIS
Qu'on les laisse tranquilles.
LE ROI
C'est beaucoup. Je ne puis laisser tranquillement Des hommes être juifs.
LE MARQUIS
Que votre cœur clément Daigne accepter cet or qu'un peuple non rebelle Met aux pieds de Fernand comme aux pieds d'Isabelle. Ils demandent au roi leur seigneur d'empêcher Qu'aujourd'hui cent d'entre eux meurent sur le bûcher.
LE ROI
C*est beaucoup.