DEUXIÈME PARTIE — ACTE II
LE MARQUIS
Cent?
LE ROL
Non pas. C'est beaucoup que j'empêche Un autodafé. J'ai ma femme qui me prêche ; Le pape aussi. Tous deux sont là, très exigeants. Il faut bien leur laisser brûler un peu les gens. Sans quoi je n'aurai pas la paix. — Quelle nouvelle ? Que dit-on ?
LE MARQUIS
Rien. On brûle à Cordoue, à Tudèle, A Saragosse.
LE ROI
Et puis ?
LE MARQUIS
Le comte Requesens, Un jour qu'il était ivre, a juré par les saints. Roi, l'inquisition l'a, malgré sa couronne. Fait jeter au bûcher dans sa ville, à Girone, Et, comme aucun valet ne l'avait dénoncé, La torture et la torche enflammée ont passé Sur la maison du comte accusé de blasphème. Et l'on a tout brûlé, jusqu'à son bouffon même.
Gucho bondit comme éveillé en sursaut.
GUCHO, à part.
Je me fais familier de l'inquisition.
Sur-le-champ ! Peste et fièvre ! et j'entre en fonction ! Diable ! être brûlé vif, ce n'est pas mon affaire.
LE ROI, regardant le tas d*or. 1
Produit d'une saignée aux juifs. Peuple aurifère.
GUCHO, à part.
Voir les autres rôtir me suffit.
LE MARQUIS, au roi.
Les hébreux...
LE ROI
Dis les juifs !
LE MARQUIS
Les juifs, sire, industrieux, nombreux, Demandent, prosternés, que le roi les tolère En Espagne, et les voie à ses pieds sans colère, Et révoque l'édit qui les exile.
LE ROI
Alors, Que veulent-ils ?
LE MARQUIS
Mourir où leurs pères sont morts.
Rester dans leur pays, sire, et je vous présente Leur rançon. Prenez-la.
Que la reine consente, Et je consentirai. Qu'on la fasse venir.
Sur un signe du roi, Gucho va à la porte du fond et l'ouvre. Un ofi&cier du palais paraît dans l'entre-bâillement, Gucho lui péirle bas. L'of&cier incline la tête et s'en va. La porte se referme. Gucho revient s'accroupir à côté du fauteuil.