DEUXIÈME PARTIE — ACTE II
Et l'aile blanche, ô rois, ne font pas la même ombre.
Révoquez votre arrêt. Rois, nous vous supplions
Par vos aïeux sacrés, grands comme les lions.
Par les tombeaux des rois, par les tombeaux des reines.
Profonds et pénétrés de lumières sereines,
Et nous mettons nos cœurs, ô maîtres des humains.
Nos prières, nos deuils dans les petites mains
De votre infante Jeanne, innocente et pareille
A la fraise des bois où se pose l'abeille.
Roi, reine, ayez pitié !
Moment de silence. Immobilité absolue de Ferdinand et d'Isabelle. Ni le roi ni la reine ne tournent les yeux. Le duc d'Alava, qui se tient devant la table l'épée nue, touche du plat de l'épée l'épaule du grand rabbin. Le grand rabbin se lève, et lui et tous les juifs sortent tête basse, à reculons. Les gardes font la haie et les refoulent. La porte reste ouverte après qu'ils sont sortis.
Le roi fait signe au duc d'Alava, qui s'approche.
LE ROI, au duc d'Alava.
Sur l'édit, sur l'arrêt, La reine et moi voulons nous parler en secret. Duc, si quelqu'un vient, fût-ce un prince, qu'on l'arrête i A quiconque ose entrer je fais trancher la tête. Ferme la porte, va. Garde le corridor.
Le duc baisse l'épée, s'incline, redresse son épée et sort. Les deux battants de la porte se referment. Le roi et la reine restent seuls.
Pendant cette scène, Gucho a disparu sous le tapis de la table où il s'est caché.