DEUXIÈME PARTIE — ACTE III
D'une main une torche et de l'autre une palme. Soyez heureux !
DON SANCHE
O joie ! oh ! je ne sais pourquoi.
Quand je suis près' de vous, je ne crains plus le roi. Si je craignais quelqu'im, ce serait vous ! Vous êtes Comme ime providence étrange sur nos têtes. Je vous sens formidable et suprême.
Rosa, Comme Rachel qui vit Jacob et l'épousa. Vous épouserez Sanche, et la grâce divine Déjouera les projets du roi, que je devine. Oui, je vous sauverai tous les deux. Comptez-y.
D05;iA ROSE.
Oh ! qui que vous soyez, prêtre, évêque, merci ! Père, soyez béni. Ce fut une heure auguste Que ceUe où Dieu permit, ô vieillard saint et juste. Que nous entendissions vos cris dans le tombeau !
DON SANCHE
Je m'en souviens, j'y suis encore, il faisait beau, On était en avril, moi je cueillais des roses. Elle courait après les papillons, les choses Que nous disions tout bas se mêlaient au soleil ; Le soir vint, tout à coup j'entends un cri, pareil A l'appel d'un mourant, et je vois une pierre. Et j'écoute...
i68 TORQUEMADA
D05sA ROSE.
Et tu dis : Un homme est sous la terre ! Sauvons-le ! Mais la pierre était trop lourde, hélas !
DON SANCHE. '
Rose, une croix de fer était tout près...
Tu l'as Arrachée.
Mouvement d'épouvante de Torquemada.
DOX SAXXHE.
Oui, j'ai pris la croix, bon levier, certe. Et grâce à cette croix la tombe s'est ouverte. Et vous êtes sorti du sépulcre, vivant.
TORQUEMADA, à part.
O ciel, ils sont damnés !
DON SANCHE
A nous deux, moi levant La pierre, elle pesant sur la barre et penchée, Nous ouvrîmes la fosse.
TORQUEMADA, à part.
Une croix arrachée !
Sacrilège majeur ! Le feu, l'étemel feu Sous eux s'entr'ouvre ! ils sont hors du salut. Grand Dieu! Les voilà hors de l'ombre immense du calvaire !