CHAPITRE VI
Diagnostic
Le diagnostic des torsions épiploïques intra-abdominales est parfois malaisé. k
Pour l’omento-vulvulus le tableau clinique est resté surtout abdominal, le malade n'attirant pas l'attention sur sa hernie qu'il croyait guérie ; habituellement il n’en est pas ainsi.
Notre premier malade présente des crises de coliques abdominales d’une certaine acuité. Ces crises durent de deux à trois heures et se répètent sans horaire fixe. Elles sont greffées sur un fond de douleurs abdominales, vagues, qui donnent à la maladie un caractère de chronicité. Il n’y a pas de signe d’obstruction intestinale, ni vomissement. Pas de température.
À l’examen, on perçoit dans la fosse iliaque une tumeur superficielle et mobile, qui se continue dans le canal inguinal. Lejars a beaucoup insisté sur la valeur diagnostique de la continuité de la tumeur abdominale avec le contenu herniaire.
En plus, les mouvements imprimés à la masse intraabdominale qui étaient transmis au testicule doivent être, lorsqu'ils sont constatés, un gros facteur de dia-. gnostic.
Mais longuement a été discuté chez notre premier malade, le diagnostic de cancer du testicule avec adénopathie lombo-aortique.
Ce diagnostic était basé sur le fait que le testicule était volumineux et lourd ; le malade n'’attirait en rien l’attention sur sa hernie, l’épiplocèle adhérente faisait, évidemment, songer à un cordon un peu gros.
Dans ces conditions un pareil ensemble de phénomènes rendait plausible et défendable une telle interprétation. Mais celle-ci, cependant, ne résistait pas à un examen plus approfondi. La tumeur abdominale était superficielle et donnait l'impression d’être accolée à la paroi abdominale antérieure. Elle se distinguait, de ce fait, des masses ganglionnaires néoplasiques qui accompagnent les tumeurs du testicule.
Ces masses sont plus médianes et surtout plus profondes, puisque rétro-péritonéales.
La continuité de la masse abdominale avec la masse
scrofale se dévoilait par lés mouvements transmis de l’une à l’autre.
Enfin, la notion capitale qui veut qu'on tienne tou- Jours compte de l'existence antérieure d'une hernie, venait encore s'ajouter aux éléments du diagnostic.
Le diagnostic de la torsion épiploïque intra-abdominale lente se basera donc : 1° Sur la notion antérieure d’une hernie ; 2° Sur l’existence d’une tumeur abdomi-
ET. | care
nale dont les mouvements sont transmis à la tumeur
scrotale.
Il faudra penser aux torsions des autres organes abdominaux dont la symptomatologie peut être la même : torsion de kyste de l'ovaire, fibrome pédiculé.
Enfin, toutes les tumeurs abdominales peuvent être
confondues avec les torsions épiploïques.
Dans les formes uigües de torsion intra-abdominale le tableau clinique est bien souvent celui d’une appen- dicite, tel le cas de ce jeune homme de 28. ans opéré, il y a 2 mois, à la Porte à l’Hôtel-Dieu, pour une appendicite, qui présentait une torsion épiploïque intra-abdo-
minale aigüe.
On a, en effet, souvent un début très brusque, avec des accidents à caractère abdominal, une réaction péritonéale parfois très marquée, un facies grippé, de la constipation, des nausées, avec parfois des vomissements.
Cependant, un examen approfondi révèlera d’abord que la douleur ne siège pas exactement au point de Mac Burney, que la tumeur abdominale est plus régulièrement arrondie, plus superficielle, plus contre la paroi qu'un plastron appendiculaire et que « cette tumeur n’a pas d’induration inflammatoire autour d’elle ; dans un abcès appendiculaire de ce volume, l’empâtement est obligatoire » (BrocaA).
En outre, il y a souvent deux tumeurs : une abdominale et une herniaire ; on trouve alors la corde épiploïque de Velpeau, qui manque rarement, c’est le meilleur élément de diagnostic.
Dans les formes aigües, il faudra écarter le diagnostic de tous les grands syndromes abdominaux, et se baser sur un signe clinique qui a, dans certains cas, une très grosse valeur : la discordance qui existe entre les phénomènes locaux intenses et les phénomènes généraux
relativement bons.