SCÈNE VI
TOTO, seul.
J’arrivai chez ma correspondante le lendemain dimanche et je la trouvai plus triste que jamais. Le chagrin l’avait pâlie, avait creusé ses joues, avait cerné scs yeux... Je me jetai dans ses bras, je la sup- ’*
pliai encore une lois de me dire ce qu’elle avait, je l’assurai qu’elle avait tort de ne voir en moi qu’un enfant, que j’étais un homme et que, si je connaissais la cause de son chagrin, je trouverais bien moyen de le faire cesser... Mais, cette fois, encore elle refusa de me répondre. Elle m’embrassa deux ou trois fois, et fondit en larmes... Puis elle essuya ses
yeux, essaya de sourire et me dit de faire seller le poney et d’aller faire un tour au Bois avec Jean.
Une heure après, j’étais au Bois... Le poney dansait entre mes jambes, et j’étais content, moi, fallait voir! — Je trottais, je galopais (Toto s’est mis à cheval su r
le petit banc, et à ce moment il descend un peu en scène en faisant trotter
et galoper le petit banc.), et Jean, à côte de moi, me disait i <( Doucement, monsieur Victor, doucement! ne forcez pas le train, rendez, reprenez, la main plus haute et plus légère. » Tout à coup, à travers les arbres, dans une petite allée, j’aperçois une grande calèche à huit ressorts ; dans cette calèche, une femme que je reconnais tout de suite :Tata Bourguignon, et, accoudé sur la portière de la calèche, causant de tout près avec cette femme, mon correspondant! C’était bien lui! — Je fais un ah! Je veux m’élancer, mais Jean prend la bride de mon cheval et m’emmène. « C’est mon correspondant, lui disais-je, je suis bien sûr que c’est mon correspondant! — En effet, me répondit Jean, c’est monsieur le marquis... Mais, si vous ne voulez pas faire de la peine à madame la marquise, vous ne parlerez pas de cette rencontre. » (n S e
lève.)
Alors, je compris tout. C’est étonnant comme il y a des moments où l’on comprend vite!... Le chagrin de ma correspondante, les absences de mon correspondant, tout me fut expliqué en un instant... Et c’était