SCÈNE VI
cette femme, cette méchante femme!... Comment! non contente de nous avoir appelés crapauds, elle faisait pleurer ma correspondante... Ah bien, elle allait voir! — J’étais sorti le matin avec l’intention bien arrêtée de ne pas allez chez elle, mais ce que je venais de voir m’avait fait changer d’avis... Ventre à terre je retourne à la maison... Jean galopait derrière moi et me criait : « Pas si vite, monsieur Victor, pas si vite, vous allez claquer le poney ! » Mais je ne l’écoute pas, je vole, j’arrive, je saute à bas de mon cheval, je monte comme un fou dans ma chambre, je prends les vingt-sept francs cinquante.,, ils étaient dans un petit sac, un petit sac dans lequel autrefois on avait mis des billes... Je redescends... Me voilà dans la rue. Il me semble que derrière moi l’on m’appelle... Je ne réponds pas, je cours, bousculant les passants, filant à travers les voitures, manquant vingt fois d’être écrasé, je cours! et, rouge, essoufflé, tenant à la main le petit sac, j’arrive enfin au numéro 217 de l’avenue des Champs-Élysées, devant la porte de madame Tata Bourguignon!
Toute l’étude m’attendait sur le trottoir. Il y avait là trente ou quarante collégiens, en uniforme, qui se promenaient... 11 étaient venus pour avoir des nouvelles! Dès que je parus, ils se précipitèrent sur moi. « Dépêche-toi, me dirent-ils, dépêche-toi, elle vient de rentrer. » Ils me poussèrent vers la porte, son-
nèrent à tour de bras, la porte*"s’ouvrit, j’entrai seul et la porte se referma. « Je regardai autour de moi, j’étais dans un hôtel ; elle a un hôtel, la malheureuse ! — Le concierge, un homme superbe, me demande ce que je désire. « Madame Tata Bourguignon, s’il vous plaît? Allez lui dire que je veux lui parler et que j’ai de l’argent. » Et je montrai mon petit sac. Le concierge sembla surpris. Deux coups de timbre, bing! bing! Au bruit du timbre, une gentille petite femme de chambre paraît sur le seuil du vestibule. Le concierge me fait signe d’aller à elle, et j’y vais. « Allez dire à votre maîtresse que je veux lui parler et que j’ai de l’argent... » Et je montrai, toujours... La femme de chambre ine regarde, part d’un grand éclat de rire. « Veuillez attendre un instant, monsieur, je vais prévenir madame. » Et, riant toujours, elle me pousse dans un petit salon (n se promène.), et j’attends. Il était magnifique, ce petit salon, tendu en satin bleu avec un divan tout autour, des fauteuils énormes, des jardinières remplies de plantes rares; sur la cheminée, une coupe, et, dans cette coupe, deux ou trois cents cartes de visite. Pour passer le temps, je m’amusai à les lire... Il y avait là des noms que je connaissais pour les avoir appris par cœur dans mon histoire de France... Il y en avait d’autres aussi, des noms d’étrangers... et, sur les cartes, un tas de choses écrites au crayon... « Ce soir, au café