SCÈNE III
TOTO
Comment voulez-vous que je les fasse?... je n’ai ni plumes ni papier...
LE GARDIEN
Qu’est-ce que vous dites ! (u ouvre la porte et se précipite sur la scène comme un furieux.) Eli! qu’est-ce que vous osez
dire?...
TOTO
Je dis que je n’ai ni papier ni plumes... (Montrant ia table.) Voyez plutôt...
LE GARDIEN, se calmant tout à coup.
Je les adore, ces galopins-là! (Il ramasse le papier, les
plumes, le Virgile et remet tout sur la table). Eu, maintenant,
vous avez des plumes, vous avez du papier... (Toto s’assied.) Soyez gentil, ne faites plus le petit mutin, et prenez à partir de là :
At, Reyina, gravi jam dudum saucia cura...
Quel homme que ce Virgile! Dans une demiheure, je reviendrai et je vous apporterai votre
déjeuner. (U prend les plumes de Toto et les taille.) Et, VOUS
savez, pas de bêtises!... ne faites pas comme quelques-uns de vos camarades, qui attachent trois plumes
ensemble, afin d’aller plus vite... C’est très-ingénieux; malheureusement, ils ne pensent pas à tout : ils écrivent trois fois le même vers, et alors ils se font coller... S’ils avaient la malice d’écrire trois vers différents, on ne les collerait pas... mais c’est une idée qui ne leur vient jamais, (n se rapproche de la table
pour donner les plumes à Toto ; celui-ci attache par derrière, à l'an des boutons de la redingote du Gardien, une immense queue de papier
découpé). Elle est pourtant bien simple... ça m’étonne ;
quelle ne leur vienne pas... (Le Gardien sort très-lentement, en traînant derrière lui sa grande queue de papier.)