SCENE V MADAME DE GERMOISE, LE MARQUIS
MADAME DE GERMOISE.
Je VOUS demande pardon, monsieur, je suis un peu émue.
C'est tout naturel.
MADAME DE GERMOISE.
La pauvre chérie est si innocente... et si impressionnable, que j'ai peur malgré moi!
Elle s assied près de la table.
LE MARQUIS, au-dessus de la table.
Vous n'avez pas à avoir peur, monsieur Boby est un galant homme... je veux dire un galant chien... enfin, il saura ménager la pudeur et la sensilnlité de la jeune épousée.
MADAME DE GERMOISE.
Vous me rassurez! Et dites-rnoi, (Très gênôe.) je ne sais trop comment vous demander ça. (Regardant l'heure
à la pendule de la cheminée.) Il est trois heures... A
quelle heure croyez-vous que... enlln...
18 TOTOïE ET BOBY
LE MARQUIS, descendant à droite de la table.
Le mariage sera consommé?
MADAME DE GERMOISE.
Oui.
LE MARQUIS
Dame... Dans une demi-heure... une heure, cela dépend.
MADAME DE GERMOISE.
De qui ?
De mademoiselle ïotote... La dernière fois que monsieur Boby s'est marié, Lili — c'était le nom de la jeune épousée, — Lili n'a consenti qu'au bout de huit jours à...
MADAME DE GERMOISE.
Une semaine?
LE MARQUIS
Parfaitement !
MADAME DE GERMOISE.
La pauvre avait peut-être fait vœu de chasteté?
LE MARQUIS
Peut-être I... Elle se cachait sous le lit. Et Boby était dans un état! Il ne dormait plus, il ne mangeait plus... Et nerveux ! Il en était devenu neurasthénique!
MADAME DE GERMOISE.
Oh!
LE MARQUIS
Au point que j'ai dû l'emmener faire une cure à Royat.
TOÏÛTE Eï IJOBY 19
MADAME DE CERMOISE.
Je suis sûre qu'il n'en sera pas de uièuie avec Totole. Elle suivra mes conseils, elle est si obéissante !
LE MARQUIS, remontant à gauche derrière la table. Alors, mettons 35 minutes, (a part, regardant madame
de cermoise.) Elle est charmante!
Il descend à gauche.
MADAME DE GEllMOISE^ se levant et allant prendre une enveloppe dans un bureau, à droite.
J'ai mis sous cette enveloppe, la somme demandée dans l'annonce : les cent i'rancs.
LE MARQUIS
Ah I oui !
MADAME DE CERMOISE, revenant vers le marquis.
Veuillez acceptez la dot de mademoiselle Tolote !
Elle lui tend 1 enveloppe.
LE MARQUIS
Permettez-moi de n'en rien faire.
MADAME DE CERMOISE.
Mais, monsieur...
LE MARQUIS
Non, non!... je vous assure, madame, vous me désobligeriez.
MADAME DE CERMOISE.
Enfin, monsieur, pour quelle raison, puisque l'annonce?..
LE MARQUIS, l'interrompant.
Parce que... parce que... je suis sûr que monsieur Boby m'en voudrait... J'ai lu très clairement dans ses yeux, tout à l'heure, qu'il trouvait mademoiselle Totote si jolie, si gracieuse, si séduisante, qu'il voulait l'épouser sans dot, pour ses beaux yeux.
20 TOïOïE ET HOBY
MADAME DE GERMOISE.
Oh!
LE MARQUIS
Parole ! Gardez donc cette sonime, madame, pour doter quelque malheureuse bestiole moins comblée de la nature que mademoiselle votre fille... Oh! pardon I
MADAME DE CERMOISE.
Inutile de vous reprendre... J'aurais une enfant que je ne la chérirais pas davantage.
LE MARQUIS
Je comprends ça... Moi-même, j'aurais un fils que je ne le chérirais pas plus que monsieur Boby... (a
part, regardant madame de Germoise.) Tout à fait charmante !
MADAME DE GERMOISE, à part, regardant le marquis.
Il est très bien I (iiaut.) Croyez, monsieur, que Totote et moi sommes infiniment touchées de votre désintéressement à tous les deux.
LE MARQUIS
Ohl
MADAME DE GERMOISE.
Cette somme aura la deptination que vous désirez,
LE MARQUIS
Mille grâces!
Il va s'accouder à la cheminée. — Madame de Germoise remet 1 enveloppe dans le bureau, va s asseoir à la cheminée puis s'apercevant que le marquis ne peut réprimer un sourire.
MADAME DE GERMOISE.
Pourquoi souriez-vous, monsieur ?
TOTOÏE ET DOBY 21
LE MARQUIS
Je pense tout-à-coup que pendant que nous causons tranquilleuient dans ce salon, nos enfants... dans voire cabinet de toilette...
MADAME DE GERMOISE, gênée, so levant et descendant un peu à droite.
Oh! monsieur!
LE MARijUlS, vivement.
Pardon, comtesse, pardon !... je comprends tout le côté scabreux de notre situation à tous les quatre. Hum ! (Un silence.) Je crois qu'il serait plus convenable que je revinsse chercher M. Boby ce soir.
MADAME DE GERMOISE, un peu froidement.
Je le crois également.
LE MARQUIS, saluant.
Madame !
MADAME DE CERMOISE.
Monsieur I
Le Marquis remonte et va pour sortir, quand on entend aboyer à la cantonade.
MADAME DE CERMOISE, poussant un cri et passant à gauche.
Ah! mon Dieu!
LE MARQUIS, redescendant au milieu.
C'est Éoby? Cet aboiement sur une note aiguë exprime chez lui la joie, la satisfaction du devoir accompli.
MADAME DE CERMOISE.
Ah! (Avec inquiétude.) Mais je n'entcnds pas Totole, pourquoi n'aboie-t-elle pas?
LE MARQUIS, souriant.
Qui ne dit mot...
)i ÏOTOïE ET 130 HY
AlALtAMii Dli CERMOISE, un peu génôe.
C'est juste.
l'araît Blanche par la gauche premier plan, en riant.
SCEXE VI Les Mêmes, BLA.XCHE.
BLANCHE
Ah! madame !
MADAMK DE CERMOISE.
Qu'y a-t-il, Blanche^
BLANCHE
A peine M. Boby et mademoiselle Totote étaientils seuls dans leur chambre nuptiale, que M. Boby s'est mis à aboyer.
LE MARQUIS
En regardant mademoif^elle Totote?
BLANCHE
Non, monsieur, en apercevant la pâtée que j'avais préparée.
MADAME DE CERMOISE, un peu vexée.
Ah!
BLANCHE, riant.
Et en ce moment, il la dévore à belles dents!
LE MARQUIS, contrarié.
Par exemple!
(*) Blanche — Madame de Cermoise — Le Marquis.
TOTUTK ET BOHY 23
MADAME DE GERMOISE.
EtTotote?
BLANCHE
Elle lèche mélancoliquement sa fleur d'oranger qu'elle a fait tomber avec sa patte !
MADA>rE DE GERMOISE, vexée.
Vraiment, monsieur, il me semble que M. Boby, pour un vieux marcheur...
LE M ARQUI.-;, vivement.
Je n'y comprends rien, madame, je vous jure que je n'y comprends rien! (Frappé d'une idée.) Ou plutôt, si : mon valet de chambre ne lui aura pas donné à manger ce matin.
MADAME DE GERMOISE, avec compassion.
Ohl
LE MARQUIS
C'est la seule explication... Excusez-nous, (se reprenant.) Je veux dire, excusez-moi... non, excusez M. Bobyl
MADAME DE GERMOISE.
En ce cas, monsieur^ c'est différent. Il est tout excusé. C'est bien, Blanche, merci I
Blanche sort à gauche premier plan.