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Toujours debout

Mgr Bruchési, archevêque de Montréal, ;i fail lire dimanche dernier dans toutes les églises de son diocèse le mandement suivant :

PAUL BRUCHESI, par la grâce de Dieu et du Siège Apostolique, archevêque de Montréal.

Au clergé séculier et régulier, aux communautés religieuses < t à tous les fi« dèles de notre diocèse, salut, paix et bénédiction en Notre-Seigneur.

N»» très chers frères,

Il y a plus d'un an, nous donnions aux rédacteurs du journal le ''"'Pays, " un avertissement solennel que vous a 'avez pas oublié, et que nous terminions par ces paroles:

"Nous espérons qu'ils se rendront à notre appel, qu'ils changeront de méthode et de langage. Qu'ils mettent donc, nous les en conjurons, leurs talents ft leur plume au service de meilleures s; qu'ils restent fidèles à nos vieilles traditions religieuses et nationales; qu'ils respectent l'Eglise, ses - préceptes, sa discipline et tous ceux qui sont les dépositaires de son autorité.

Ils nous causeront une grande joie; autrement ils nous forceront à remplir envers eux pour protéger l'âme de notic peuple, un devoir très douloureux, -ans doute, mais devant lequel notre conscience ne reculera pas."

[la n'eu n'ont pas moins continué leur oeuvre déplorable, et ils nous obligent ainsi à recourir à des mesures pé-

nibles que nous aurions voulu éviter.

Mais le bien spirituel de nos diocé sains nous est plus cher (pie tout le reste.

Vis à-vis de ces fidèles confiés à nos soins et soumis à notre juridiction, nous sommes comme le père de famille vis-à-vis de ses enfants. Nous avons le strict devoir et le droit indéniable de les mettre en garde contre tout livre, tout journal dangereux, et, au Besoin, de leur dire en nous adressant à leur conscience: "N'y touchez pas."

Considérant donc, que le "Pays" est de nature à nuire gravement aux intérêts religieux, et à causer un mal réel, surtout au sein de la jeunesse; en vertu des pouvoirs inhérents à notre charge épiscopale et de ceux que nous tenons du Siège Apostolique n'ayant en vue que le bien de la religion et le salut des âmes; le saint nom de Dieu invoqué, nous interdisons formellement la lecture de ce journal à tous les catholiques de notre diocèse.

Sera le présent mandement lu au prône des églises et chapelles publiques où se fait l'office divin, le premier dimanche après sa réception.

Donné à Montréal, sous notre seing i ■: -''eau, et le contre-seing de notre chancelier, le vingt-cinq septembre mil iieuf «-eut treize.

PAUL, ai. h. de Montréal, Par ordre de Monseigneur,

ADKLABD HARBOUK, prêtre.

Chancelier.

C'est à la fois le droit et le devoir du ' ' Pays ' ' d 'opposer une très ferme protestation à l'abus d'autorité dont Mgr Bruchési vient de se rendre coupable.

POURQUOI CETTE INTER- DICTION ? L'archevêque de Montréal a refusé de le dire ;'i ses diocésains . Son mandement, qui est d'une discrétion et d'une prudence inaccoutumées, se dépouille des vieilles formules d'exécution pour défendre simplement la lecture de notre journal sans fixer la plus légère sanction et sans préciser le plus étroit motif à une intervention d'ordre aussi violent, Sa Grandeur insinue cependant, par l'extrait de la monition de l'an dernier qu'il cite, que nous aurions manqué de respect envers l'Eglise, ses dogmes, ses préceptes, sa discipline, et tous ceux qui sont les dépositaires de son autorité.

Nous nous insurgeons contre pareille insinuation que. rien ne peut justifier.

Nous ne cesserons d 'affirmer qu'il n'est jamais paru une seule ligne dans le "Pays" qui n'ait été revêtue de tout le respect que nous devons à l'Eglise, à ses croyanees, à son autorité. Nous avons sans cesse pratiqué, à leur égard, une extrême déférence, sans arrière-pensée, et avec d'autant plus de sincérité que nous nous savions calomniés dans les milieux ecclésiastiques. Nous avons espéré en vain désarmer, par notre attitude de bienveillance et de courtoi-

sie, ceux qui nous dénigraient.

Nous mettons Mgr Bruchési au défi de recueillir une seule ligne dans le "Pays" depuis sa fondation contre l'Eglise et ses dogmes. Notre respect n'a jamais été en défaut. Notre orthodoxie non plus.

D'ailleurs, nous tenons de l'archevêque de Montréal lui-même ^\u excellent certificat dans lequel il reconnaît que le "Pays" n'a jamais commis d'hérésie ni rien publié contre la morale. Ce document sera mis au jour en temps opportun.

POURQUOI CETTE INTER- DICTION ? Nous répondrons par une question .Si l'on avait supprimé du "Pays" tous les articles sur le saint-jean-baptismé, sur le mouton national, sur l'instruction gratuite et obligatoire, sur l'uniformité des livres, sur l'Université Laval, croyez-vous que notre journal aurait été interdit? Assurément, non.

Nous devons en Faire l'aveu, le mandement de dimanche dernier inflige à toute notre race une humiliation profonde et imméritée.

Il représente les Canadiens-Français, à l'attention des Anglais et des protestants qui les entourent, comme un peuple qui n'a pas encore l'âge de raison, qui n'a le droit ni de penser ni de parler suites questions profanes, qui est incapable de comprendre et de pratiquer la liberté, et qu'il faut conduire au fouet ou à la férule. Ce régime de compression est devenu

Intolérable, Nous nous dressons depuis quatre ans en obstacle à eé*tte servitude des volontés et •rveaux. Nous voulons que, à l'instar des Canadiens-Anglais, les Canadiens-Français se lèveni dans leur dignité d'hommes libres et qu'ils soient inattaquables dans leurs droits de citoyens. Plus de domesticité dans les questions laïques, plus de cette abdication des consciences dans le domaine matériel et moral.

Le "Pays" affirme le droit, à la libre discussion, le droit à débattre la question de l'instruction publique ou toute autre question qui nous intéresse comme citoyens et comme pères de famille. Ce droit-là, Monseigneur, nous sommes résolus à le réclamer intégralement, à le défendre sans faiblesse, à le faire respecter coûte que conte.

Car, sachez-le bien, notre bureau de direction a pris la décision de vous demander compte devant les tribunaux des dommages matériels et autres qui pourraient résulter de votre mandement.

POURQUOI CETTE INTER- DICTION ? . Est-ce parce que nous avons demandé aux Canadiens-Français de se conduire comme des hommes, d 'avoir de la fierté, de se grandir dans le t ravail et l 'effort afin de grandir no- . de pratiquer la liberté de penser et de parler? .Mais alors aurait donc quelqu'un inté-

ressé à perpétuer chez nous cette passivité et cette indifférence dans lesquelles se berce notre peuple depuis un demi siècle.

Est-ce parce que nous avons passé le fer rouge sur ces âeux plaies: le saint-jean baptisme et le magnanisme? Le saint-jean baptisme qui a endormi la pro vinee de Québec au rythme séduisant et aux sonorités vaines de ses orateurs officiels et qui enseigne aux crédules et aux ignorants que nous sommes le plus grand peuple du monde. Le magnanisme qui a abruti les cerveaux et fait de la Routine une religion d'Etat, qui a arrosé de grâces abondantes les salaires de famine et l'analphabétisme dans notre province.

POURQUOI CETTE INTER- DICTION ? Est-ce parce que nous avons sollicité dans des revendications persévérantes l'instruction gratuite et obligatoire, L'uniformité des livres, la création d'un ministère de l'instruction publique, la réforme scolaire dans toute sa plénitude, c'est-à-dire tout le programme du parti libéral?

Mais, Monseigneur, s'il y avait moins d'illettrés dans ja province de Québec, si notre population était plus instruite, ne croyezvous pas que la race canadiennefrançaise exercerait une action

plus sérieuse, plus décisive dans la ( 'onfédératiou? Aussi, que les Objurgations viennent de droite.

ou de gauche, personne ne nous

empêchera de continuer une guerre implacable à l'industrie du livre, à l'école malsaine, à la mesquinerie des commissions scolaires, à tout ce qui paralyse le développement de l'instruction.

Nous aimerions bien savoir quel est l'intérêt supérieur qui pousse à la mobilisation de tout un peuple, au nom de la religion, contre l'obligation scolaire et L'uniformité des livres. Ce n'est pas le bien public qui inspire ces résista nces.

POURQUOI CETTE INTER- DICTION ? Est-ce parce que nous avons voulu débarrasser nos compatriotes du mouton comme emblème national? Ce mouton qui incarne la passivité, qui se laisse tondre sans rien dire7 qu'on mène ;\ l'abattoir sans qu'il bêle! Ce mouton qu'on promène dans nos processions du 24 juin et derrière lequel on fait marcher des foules inconscientes!

Si ce n'est pas A cause de cet animal, que P 'Evénement" appelait le mérino national, comment expliquer le sermon comminatoire de Mgr Brùchési à St-Jean- Baptiste, il y a quelques mois, et les intempérances de langage de l'abbé Bélanger à l'église Saint- Louis de France, dimanche dernier.

POURQUOI CETTE INTER- DICTION ? .Est-ce parce que nous réclamons de l'université Laval qu'elle Casse des oeuvres et qu'elle forme des hommes,

qu'elle imite l'admirable exemple de l'université McGill dont le nom

el l'activité rayonnent monde entier. Mais ses seurs eux-mêmes crient tresse.

sur le prof esla dé-

L'un d'eux nous disait à nousmêmes l'an dernier: *à moins que "nous ne changions notre systè- "me scolaire, que nous réorganisions l'enseignement primaire, "que nos collèges rajeunissent "leurs programmes et que Laval "devienne une université véritable, nous serons les ilotes de "l'Amérique, avant quarante "ans."

Quand l'on compare1 la situation prestigieuse, la grande réputation, la débordante activité de l'université McGill, de l'université de Toronto avec Laval, il faut n'avoir pas d'orgueil pour être satisfait des petites Facultés impuissantes qui étouffent dans la médiocrité du bâtiment de la rue Srdnt-Denis.

POURQUOI CETTE INTER- DICTION ? Est-ce parce «pu1 nous avons conseillé à la jeunesse universitaire d'ambitionner un antre rôle que celui de fils soumis et obéissant, d'étendre les frontières de son idéal, de se dépouiller des vieux préjugés qui nous ont causé trop de déboires aux jours écoulés, de se préparer à être une lumière et une force pour les combats de demain?

Est-ce parce que nous avons demandé aux ouvriers de se ré vol-

ter c

ter contre l'ignorance, contré l'exploitation, contre le tandis, contre l'inégalité politique, contre les misères doni se compose son

Mais. Monseigneur, si dans toutes nos polémiques sur ces questions libres — libres, entendez bien - nous avons erré ou dépassé le but. les colonnes du "Pays" étaient ouvertes à toutes les rectifications. Et d 'ailleurs, les organes à votre dévotion, tels 1'" Action Sociale," la " Croix," la "Vérité" et autres, n'étaient-ils pas là avec tout leur attirail de guerre pour répondre à nos batteries?

El si nous avons dit la vérité, si le réquisitoire que nous avons édifié depuis quatre ans est conforme aux faits — et il l'est — si nous avons accompli notre devoir, sans nous préoccuper des ingratitudes dont nous pourrions être l'objet et de l'impopularité (Tune taclie qui nous obligeait à jnettre un peuple vaniteux en face «li- ^<>n impuissance et de ses défaites, croyez-vous, Monseigneur, que nous allons laisser étrangler notre voix par des coups dij violence :

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