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JAMAIS

Nol re situation nationale appelle la réflexion. La i rice canadienrte-franeaise languii depuis un demi siècle dans l'inertie; elle B'esl anémiée dans sa langue et dans l'exercice de ses facultés; elle il 'a pas eu la Corée de suivre

les groupes qui l'entourent, dans la course au progrès et à l 'influence. En ce moment, chacun sent que des poussées du dehors nous acculent à la déroute.

A Montréal et dans toutes les parties de la province de Québec, le terrain glisse sous nos pas. La mortalité infantile rend presque inutile la fécondité de notre peu

Pie.

Ut c'est au moment où nous senlons fléchir, craquer les ressorts de tout l'organisme de la race que Ton fait décréter par- le parlement provincial que les 33,- 000 protestants de langue française dans la province de Québec n'appartiennent plus à notre nationalité et qu'à moins d'être catholique on ne peu!; être cana dien-francais. Qui veut donc ainsi nous isoler dans ia Confédération. Alors que les esprits dirigeants préconisent la communion des aspirations, la collaboration des bonnes volontés et cherchent, à rapprocher les différentes nationalités pour en faire jaillir une âme vraiment canadienne, il se produit chez nous, dans l'ombre, un effort séparatiste. On veut parquer nos compatriotes afin de les empêMier de se mêler aux aut res groupes ethniques.

liande à part, c'est le mol d 'ordre.

Le rêve de certaines gens est de faire de la province de Que bec une immense bergerie sous le drapeau de l 'A G. J. < ;.

Pendant ce temps, notre université végète, nos écoles restent médiocres, nos collèges forment <les candidats à la famine, nos hôpitaux crèvent la misère, nos jeunes gens se ruent sur les petits emplois, la masse ouvrière sue sang e1 eau. dans le renchérissement de la vie, pour gagner très péniblement son pain.

Al .lis, une poignée d'Anglais libres et fiers, hardis et entreprenants, créent la vie économique par leurs banques, leur commerce, leurs industries, leurs chemins de fer, leurs lignes de navigation, etc.

Ils composent à peine le sixième de notre population et sans eux Québec serait une province morte.

Certains hommes s'occupent plus d'écarter les protestants de l 'Association Saint-Jean-Baptiste, de créer des dissensions nationales et religieuses, des querelles byzantines que de faire prospérer notre pays.

Hélas! la révocation de l'Edit de Nantes n'a rien appris h nos Bourbons laïques et ecclésiastiques.

C'est parce que nous avons attaqué de front cette monstruosité de l'amendement à la charte de I "Association Saint-Jean-Baptiste qui a frappé 33,000 compatriotes — des hommes d'ordre et de raison, des éléments de ïorce et d'initiative, — nue vous nous interdisez, Monseigneur.Le curé de Saint- Louis de France l'a dit, ce n'est lias à cause des dogmes, c'est par-

ce que nous débinons le mouton, parce que nous défrisons le mérino, c'est parce que nous demandons (pie la fête Saint-Jean-Baptiste conserve son caractère national et que l'on n'en éloigne pas nos frères de foi différente.

Personne ne nous arrêtera dans la dénonciation de cette iniquité dont les eunuques de l'A. 0. J. 0.

se sont emparés pour foment elles pires déchirements dans notre société nationale.

Mais l'attitude de Sa Grandeur, de son clergé, de ses organes sur cette question des protestants canadiens-français jure singulièrement avec le message de tolérance et d'amour que Mgr Bruchési adressait au "Star," le 1er janvier 1911 et que nous prions nos lecteurs de lire et relire dans une colonne voisine. Eu voici un extrait; il a dans les circonstances une rare éloquence :

"Nous devrions reconnaître qu'il doit y avoir et qu'il y aura toujours des divergences d'opinion parmi les hommes. Si nous reconnaissons ce fait, et si nous attribuons à ceux qui ne partagent pas nos opinions, en matière politique, religieuse ou autre, autant de sincérité que nous en avons nous-mêmes, alors nous serons meilleurs citoyens et nous aurons plus d'égards pour notre prochain.

"Parce qu'un homme diffère d'opinion avec nous en matière

politique ou religieuse, ce n'est pas une raison pour le dénoncer comme notre ennemi : il est toujours notre prochain.''

('•■s paroles de fraternité, ers propos de concorde el d'amour n'étaient destinés qu'aux citoyens de langue anglaise, dont Mgr Bruehési prise très hau< l'opinion et J'estime. Quelqu'un — est-ce vous.

Mur -empêcha ce message de voir le jour dans la " Presse," dans la "Patrie," dans le "Devoir." Car, il ne Fallail pas laisser entendre pareil langage au troupeau canadien-français.

La tolérance, c'est une doctrine de luxe qu'il tic faut offrir qu'à nos excellents amis les Anglais.

Mais pour nous Canadiensfrançais, pour nous fils de la roture et de la misère, il n'y a qu'une formule, qu'une loi, qu'un code : ( 'rois ou meurs.

Pourquoi Mgr Bruchési n'accorde-t-il pas aux Canadiens- Français et aux catholiques un peu de ces gracieux égards dont il entoure les hommes de langue '•1 de foi différentes"

Nous n'aimons pas cette tolérance de façade, cette indulgence qui se réfugie dans les mots pour tenter de faire oublier la brutali-.

té dans les actes.

Mgr Bruchési dit dans son mandement que le -> Pays" est de nat are à nuire gravement aux intérêts religieux el à causer un mal m de la jeunesse. Mais en quoi, niais comment, mais quand, par quelle campagne?

I ia jeunesse ! on a ^\owc bien peur de lui ouvrir la fenêl re sur les grands horizons!

La jeunesse ! On n 'y t ienl que pour l'enrégimenter exclusive nient dans l A. Ç. J. C. que pour rester maître de son cerveau, que pour mal (M" ses volontés, que pour étrangler sa pensée, que pour la châtrer de son ardeur.

Monseigneur, vous pouvez interdire notre journal en invoquant des périls imaginaires.

Mais le "Pays" rester;) à son poste de combat, orgueilleusement entouré de tous les amis de la liberté, ralliant de tous les coins du pays, les énergies, les saines espérances.

Et ces amis, croyez-nous, se recrutent dans tous les rangs de la société, parmi les magistrats, parmi les hommes d'affaires, parmi les hommes de profession, parmi les ouvriers qui ont soif plus que d'autres de la liberté, parmi les jeunes gens laborieux et ambitieux, parmi tous ceux qui croient que la raison n'a pas été donnée à l'homme pour la mutiler.

Nous continuerons à débattre toutes les questions d'ordre public et d'intérêt national, à prêcher la réforme scolaire dans toute sa plénitude, à pourchasser le mouton national, à réclamer contre la loi de proscription de la Société Saiqt-Jeân-Bbptiste. Nous continuerons à fouetter les indolences à Laval, les défaillances à Québec ou ailleurs, l'intolérance partout.

Tous ceux qui aiment notre vieille province de Québec, qui ont encore la fierté de leur origine, qui croient au progrès moral, nous donneront raison.

La Direction du "PAYS."

Leçon de tolérance

Ce qu'écrivait Mgr Bruchesi au "Star" le 1er Janvier 1911

Reportant mon esprit sur le mois passé et, de fait sur toute l'année écoulée, et me rappelant beaucoup des choses que j'ai entendues, ou lues dans les journaux, il me semble que le meilleur message que je puis apporter à mes concitoyens est de leur exprimer le désir que, durant l'année qui s'ouvre, ils devront pratiquer la charité, dans le sens le meilleur et le plus vrai de ce terme.

Nous devrions reconnaître qu'il doit y avoir et qu'il y aura toujours des divergences d'opinion parmi les hommes. Si nous reconnaissons ce fait, et si nous attribuons à ceux qui ne partagent pas nos opinions, en matière politique, religieuse ou autre, autant de sincénté que nous en avons nous-mêmes, alors nous serons meilleurs citoyens, et nous aurons plus d'égards pour notre prochain.

Parce qu'un homme diffère d'opinion avec nous en matière politique, ou religieuse, ce n'est pas une raison pour le dénoncer comme notre ennemi: il est toujours notre prochain.

Si nous sommes charitables dans le meilleur sens du terme charitables comme nation, comme collectivité, comme individus — alors, en vérité, nous nous conformerons aux prescriptions du Christ qui a dit " Aimez-vous les uns les autres" et alors, aussi nous ferons notre part pour faire régner la Paix sur terre aux hommes de bonne volonté.

PAUL, Archevêque de Montréal.

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