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Tour de Babel ou objets d'art faux pris pour vrais et vice vers

le journal florentin le Diritla avait admirablement saisi notre pensée, lorsqu' il publia, le 19 décembre 1B67, un passage de la présente brochure, qu'il fit précéder par les réflexions surventes.

« Nous sommes heureux de publier, traduit » en langue italienne, le passage d'nue brc~ a chure que M. ie docteur Alexandre Foresi » fera paraître sous peu. S'il noua est permÎB * de juger de l'ensemble d'après nn simple " fragment, nous croyons louable et digne >> de .considération le but de l'auteur, lequel » peut se résumer en ces trois points.

» 1.' Renfermer duos de justes limites le « savoir et l'expérience de certains antiquaires » (étrangers particulièrement), dont quelques » personnes tiennent pour incontestables les » sentences et les jugements.

» 2.' Donner à chacun ce qui lui appar- » tient; par exemple, au sculpteur Giovanni » Baatianini, à qui l'on refuse même la pro- » duction de ses couvres.

» 3." Démasquer (et ceci est véritablement » le point capital) les faussetés, les contrefa- » çons, et leurs auteurs s'il le faut; car et « pour celles-là et pour ceux-ci on est telle- » ment à bout de confusion, de défiance et de » supercherie, qu'on voit donner pour anciennes o des œuvres falsifiées ou imitées par des ar- » tistes de ce temps-ci, et pour modernes celles » qui sont positivement anciennes: ce qui d'un u cûté a lieu avec un dommage certain et ir- » réparable envers île* ;u:li!>tcurs de bonne foi » ou inexperts, et d'un autre cOté avec un pa- « reil dommage envers des vendeurs honnêtes » et loyaux. «

Nous ajouterons quelques mots aux réflexions du journal le Diritto.

a Vous finirez par mettre eu défiance les amateurs; — vous abîmerez le commerre de*

antiquités; — voub voua ferez des ennemis plua que vous n'en avez. » — Voilà ce que nous écrivit, il n'y a pas longtemps, un individu, qui, de commis voyageur, se métamorphosa un beau jour en marchand d'antiquités et de curiosités.

Il faut bien s'arrêter sur cea trois reproches, lancés par l'ancien commis voyageur comme autant de chefs d'accusation.

Nous ne mettrons pas les amateurs on défiance, car on les y a mis depuis bien longtemps; et personne ne le sait et ne s'en est aperçu mieux que nous, ayant eu plusieurs fois le chagrin de voir ces mêmes amateurs devant des objets d'art qui nous appartiennent, les déclarer faux, et lea décrier obstinément; tandis que nous avions la conscience et la certitude de leur authenticité et de leur ancienneté- Ceux qui ont inspiré do !a défiance aux amateurs sont assurément les misérables marchands qui les ont trompés par des falsifications, et qui, après leur avoir soutiré l'argent de leurs poches, se sont vanté cyniquement de ses trafics honteux vis-à-vis de leurs dignes camarades.

Non , non : nous n'abîmerons pas le commerce. Par notre publication nous espérons

plutôt défricher le chemin à bien d'antres qui voudront honnêtement nous imiter, en révélant lea objets faus jugée pour Trais, et vice versa. Ainsi on pourra mettre les : élus d'un côté, et lea réprouvés de l'antre.

Quant au nombre des ennemie qui devra grossir contre nous, selon le pronostic de certains amis par trop bienveillants, voict ce que. nous avons à répondre:

« Noue sommes désormais habitué à en avoir; seulement nous pouvons affirmer qu'aucune provocation n'a jamais eu lieu de notre part: on nous a attaqué, nous noue sommes défendu; même vengé parfois. Et , après tout , en quoi nos ennemis pourraienf>-ils nous nuire ? Dieu merci , notre position est en ce monde tellement indépendante et affermie, que nous n'avons pas besoin de recourir à des moyens illicites pour l'établir, ou pour l'améliorer. Grftce à notre excellent vigneron M. Prosper Maissonnier, qui a et aura tous les soins possibles pour nos vignobles de l'Ile d'Elbe, sis dans des champs qui nous furent un petit peu labourés par Napoléon I *, nous aurons de*quoi boire, man-

■ Napoléon I, de sa villa de S. Martine se portait parfois h Lacon», où nous avons nos propriétés. Vn jour qu'il passait a cM( d'un paysan labourant un

Lli l'I lod c, Go

ger et dormir pendant le restant de nos jours, qui d'ailleurs penchent vers leur déclin.

« Et quand même un tremblement de terre, qui ne paraît pas si proche, nous engloutirait nos vignes et nos champs, il nous resterait, à nous l'élève de Bufalini, Regnoli, Roui, Velpeau, Gerdy, Riclierand, Breechet, Blandin, Malgaigne, Michon, Rohert, tous morts, hélas! (hormis le premier, grâce à Dieu), il nous resterait quoi? un étui de lancct-

tes et un modeste bagage do connaissances dans l'art de guérir — ou do tuer impunément. »

champ avec sa charrue tiréo par deui bœufs, il lui demanda de vouloir un peu le laisser s'essayer h ce travail; à quoi le paysan consentit de bon gré. L'Empereur, à-peine eut-il saisi de ses mains les cordes, que les animaux commencèrent h courir à droile et à. gauche. Napoléon tes suivit pendant quelques minutes; puis, tout essoufflé, il les lâcha.... do sorte que les bœufs courent encore. Un Jour, peut-être, nous placerons dans ce mémo champ de Lacona un slgno commémorant du curieux événement; et noua sommes persuadé d'avance qu'on ne contestera pas son

Objets d'art, faux, pris pour vrais.

Bronzes, Terres cuites et Ivoires antiques.

Urne cinéraire étrusque, en bronze.

Il y a a-peu-pres une vingtaine d'années que l'antiquaire X. fut conduit tout près d'un endroit, «ù un ricbe sui^ucur av.'iii ouvert di's fouilles. La personne 4111 les dirigeai!., pendant la nuit, avec grand ni3"stèrc et torche en main, amena dans une tombe l'antiquaire, qui pat s'emparer de ■ ses propres mains de l'objet sus-désigné. Il le porta immédiatement à Florence, la nettoya, et après qu'il l'eut serré affectueusement dans ses braa, le regarda comme un trésor.

tjuelçueï oi'iis apru» i. pari r l'ar-a. cmyanl. augcieau-r sa fortune. 1' montra le monument J S'. I*. ; ;|.'!n:r ..<.. i. !i. un linU'it à

le déclarer faux M. X traita ce jugement d'âonne, et revint à Florence dana la même persuasion que l'objet d'art était astique.

Cet objet resta longtemps enseveli sous la poussière d'un magasin; mais après la mort du vieil antiquaire, le fils déterra l'urne, et pour avoir sur un tel trésor les conseils d'antiquaires compétents, et surtout celui du jésuite Gamcci, il so décida à aller à Home. Je me fis son compagnon de voyage, et ce fut alors que je pus voir pour la première fois cette fameuse urne cinéraire avec inscription en debors et pleine de cendres à l'intérieur. Doisje dire Tranchemeii: l'impression qu'elle produisit sur moi dés qu'elle ma fut mise soua les yeux? Ella me lit l'effet d'être moderne. Et pourquoi? Parceque l'humaine supercherie n'avait rien oublié, et que tout y était, excepté néanmoins la patine qui laissait trop à désirer.

A Hume, le vieux Castellani fut le premier â la voir et à la juger. Il la tint pour antique; et ses commis, ainsi qu'un de ses fila, furent du même avis. M. Depoletti, lui aussi, la jugea antique, et offrit d'écrire et de signer une attesta ■

a cet effet à M. X. fila, qui, quoique satisfait de ces premiers jugements, envoya l'urne au père Garucci. Cet archéologue 1s garda au peuvent pendant quelque* jours, puis fit dire à M. X. fila qu'il pouvait envoyer la reprendre. Quant a son jugement, le voici d'après la conversation qui eut lieu entre MM. Garucci et X. fila en pleine rue, et en présence d'un père jésuite qui était en tiers avec M. Garucci, et nous deux.

M. X. — Monsieur, j'ai l'iionneur de vous saluer. Eh bien, que me diret-vous de mon nrnpî

Ganieci. — Je vous dirai franchement que dans l'inscription il y a des lettres qui ne me satisfontpaa.

M. X. — Mais voua savez, aussi bien que moi.

que tous ceux qui se sont occupés sérieusement de la langue étrusque ne sont pas d'accord sur son alphabet.

Gantcci. — (Point de réponse/.

M. X. — Mais enfin l'urne est elle ancienne ou moderne?

Garucci. — {Même silence/.

M. X. — j Criant comme un aveugle/. Mais parlez, je vous le demande en grice. Je suis ennemi acharné des faussaires et de tout ce qui est faux, ; par conséquent si vous m'assure! que l'objet n'est pas antique, je rentre à l'hâte], et je le brise

Garucci. — (Ne répond pas davantage/.

Dot!. Forcsi. — Allons-nous-en, M. X. : il n'est pas convenable de crier si fort au milieu de la

Et, tous quatre, nous nous saluâmes le chapeau à la main; et chacun s'en alla de son côté.

Cette urne fut rapports a Florence, et, après deux ans, elle fut vendue à M. Egidi, pour la somme do 250 francs. Celui-ci la céda a M. Gennarelli, professeur d'archéologie, qui, après l'avoir célébrés par df.s liiivar'Uijje- dmis ses leçons publiques, la vendit pour une somme considérable il un antiquaire luexpart. Du reste, voici ce que disait un journal de Florence, ie Zcnzcro, a. propos de M, Gennarelli, do son urna cinéraire étrusque et de ses leçons.

«M. le professeur Achille Gennarelli, ces jours passes, a illustrées, son cours public d'archéologie, une urne cinéi'uirr aiitu.iir 1-1 N Ï'!RI >N/R, contenant des ossements et autres objets. Si cette urne n'eût pas été envnyï* à l'aris pour tromper quelque amateur peu éclairé, nous donnerions le conseil à V Achille des professeurs de la porter chez M. Papi, fondeur en métaux, pour en avoir une clocho au moyen de laquelle il pourrait dorénavant appeler les nigauds à ses leçons. On assùre que, par ordre do M. le ministre de l'instruction pûblique,

M. Gennarelli sera obligé de se rétracter devant

construction des urnes cinéraires, n'employaient que les matières suivantes: la terre, l'albâtre, le marbre, le verre. »

Tête de Minerve, an bronze.

M. Horace Balelli, architecte savant, qui à la vente des objets de la collection Quadagni aobeta tout ce qu'il y avait do mieui en médailles et en

ivoires antiques, m'envoya a l'atelier de M. G

oii la dite collection était étalée, pour que je visse particulièrement cette Tête qu'il trouvait d'une admirable beauté, il ne voulait pas l'acheter, me disait-il, parce que te prix était trop haut pour sa

Sans perdre un instant, je courus voir cette merveille; mais hélas! au lieu de trouver une beauté antique, je via un calque admirablement patiné par les acides et tourmenté par la rusa et 1' artiBce.

Cependant, un grand connaisseur, M. le professeur Consani, acheta en compte à demi avec M. Banti, peintre, et possesseur du buste en terre cuite

représentant JMine Simmarolc, la Tête de Minerve, pour mille francs. Mais il la céda quelques ruais après à H. de Nolivos, pour pareille somme de mille francs.

Plus tard M. Consani, que j'estime hautement pour ses qualités d'homme et d'artiste, m'a avoué, qu'ayant conçu dus doutes sur l'authenticité de l'objet eu question, il s'en délit en le cédant, sans aucun bénéfice, a M. de Nolivos, à la condition toutefois que la marchandise devait être considérée par le vendeur et l'acheteur comme un saceo d'ossa (1).

Cette pièce, non antique mais fausse, fut vendue a Paris, je ne sais par quel moyen, à un amateur qui nes'y connaissait nullement, pour un prix fabule m.

La même Tête reproduite.

M. Beck acheta telle première reproduction à

M. G pour dix pièces d'or de cent francs

chacune. Le courtier qui prit part à l'affaire m'assura avoir vu sauter de joie M. Beck, et l'avoir entendu dire: Ma fortune est faite.

Je ne sais si la prophétie s'accnmplit: mais il

est certain que M. Beck, après son acquisition de ta Tête de Minerve, fit deux voyages en Italie, chargé d'or et plein de courage.

Il achetait , disait-on , pour un marchand de vinaigre.

Oh! l'heureux vinaigrier!

Tête, en brome, de Jeune homme.

M. Rivet, dans le mois de février 18(!(i, au moment de quitter Paris pour venir en Italie à la recherche d'antiquités, fut (ingagé par M. de Nolivos i ne pas quitter Florence sans aller voir M.

G de qui le même M. de Nolivos avait

acheté la fameuse Tête de Minerve, dont nous venons de parler.

En effet, arrivé a Florence, M. Rivet se rendit Via Ghibelima. et fit l'acquisition d'une Téte, en bronze, de jeune homme, pour la somme de trente napoléons d'or.

Me serais-je trompéî se demanda M. Rivet, lorsqu'il fut de retour à l'hâtai et dans s» chambra. . . — "Vite, une trancho de citron! Il frotte, à plusieurs reprises: et la patine s'en va.

Voilà M. Rivet qui court alors de nouveau chez M. G. . . . pour lui rendre la Tête de bronze, et pour reprendra les trente napoléons qu'il avait débourses.

M. 0. . . . refuse d'abord de rompre le marché : il s'obstine à vouloir prouver que la Tête est bien antique, et proteste à M. Rivet, que. s'il continue à agir do la sorte, il finira par décrier l'objet. Néanmoins, pour éviter la publicité, il proposa de rendre l'argent, moins une somme de 60 francs, qu'il avait payée au courtier.

M. Rivet rejette cette magnifique proposition, et prétend qu'il doit être remboursé entièrement.

Alors M. G s'en tient au parti le plus

simple, qui est de laisser crier M. Rivet:

Et celui-ci lui intente un procès.

Pendant que l'affaire était soumise à la justice et entre les mains des avocats, voici le fait qui survint, et dont je fus le sujet principal.

■ Tandis que M. Rivet se plaignait d'avoir bu'iyi

amer bouillon chez M. G , je n'étais pas

en parfaite harmonie avec lui, et en voici la cause.

Quelques mois auparavant me trouvant à Paris et ayant avec moi les deui Petits Guerriers en terre cuite que tout le monde connaît, it cherchait a me nuire, en jetant un peu de ridicule sur ces objets d'art, qui n'ont, en fait de beauté et d'intérêt, leur aemblablea (2). Aussi je jouissais, il faut que je l'avoue, de voir que M. Rivet, homme si fin et si connaisseur, avait trouvé un individu qui se chargeait de ma vengeance. Toutefois me trouvant

un jour avec M. G je ne pus m'abslenir de

le blâmer sévèrement, d'autant plus que je venais d'être assuré qu'un repoussé en argent, qu'il m'avait vendu dans le temps, était faux.

Croirait-on que M. G en devint plus

doui et parût se repentir! Au contraire: il était furieux ; il repoussa lo titre de faussaire qu'eu voulait lui donner; il soutenait que M. Rivet était un âne, et qu'en fait d'objets di scavo il ne connaissait rien ; et que la Tète de jeune garçon, vendue pour 30 napoléons d'or, était très autheu-

A ce mot authentique, mes yeux s'arrêtèrent par hasard sur uu buste en marbre d'ancien romain, dont la jeune et jolie tète enduite dégraisse

me révéla tout. M. G resta alors désarmé, et

m'avoua son tort.

Vénus, en bronze.

Un jour de l'année 1850, il se présenta chez moi un soi-disant paysan do Chinai pour me faire voir et me vendra un idolelto (c'est ainsi qu'il nommaitsa trouvaille], découvert au milieu d'une motte de terre par un de ses Sis. H m'en demanda cent livres toscanes, et Unit pour me le céder peur sept ffranceicotu.

Il restait très difficile de juger si l'objet était antique ou simplement une falsification, car il n'existait pas de patine. Je me consolais en réfléchissant qu'il aurait pu être rôti dans un incendie, .le le fis voir au professeur Migliarini, qui n'hésitn pas un instant à lo déclarer antique, et bien supérieur, quant aux formes, au pareil qui exista dans la collection des bronzes antiques & ta Galerie des Offices.

M. Freppa me l'acheta; et à peine en fut-il possesseur qu'il courut chez M. Rusca pour te lui montrer. Cet antiquaire le déclara faux. M. Marguîer, qui se trouva présent, le déclara au contraire vrai, comme avait fait le professeur Migliarini : et après un long discours pour soutenir eon opinion, il proposa u M. K.usca un pari do 20,000 francs, qui ne fut pas acçcpto.

Quoique temps après, passa par Florence M, Webb de Londres, qui vit la Vénus, et offrit à M. Frappa 800 francs aur mille, quecalui-ciluien avait demandé. M. Frappa ne voulut pas céder. H. Webb partit pour Pïae; mais quand il fut arrivé dans cettfi ville, i! proposa par le télégraphe ù M. Gagliardi de lui acheter le bronze pour mille francs.

Trois ans pins tard, j'eus la certitude que io bronze était £aui et fabriqué à Livourne par un commissaire de' guerre du Oranduc Léopold. Le commissaire, en donnant un pottr-boir â un paysan quelconque, pris le vendredi sur la place delta Si~

moquer de moi, je suppose, car l'intérêt seul ne pouvait pas le pousser dans cette affaire. M. Rusai, quand il le jugea faux, était déjà renseigné sur ce bronze par des marchands romains, qu'un faussaire avait essayé do tromper a Rome avec d'autres bronzes, trois ans avant que je fisse l'achat de ta Vénus.

Terres Cuites.

A l'époque que M. Datelli achetait de vrais ' ivoires et des bronzes antiques qui provenaient ■ do la collection Guadagni, at que M. le profes-

seur Consani et M. Beck avalaient, chacun, une Tête da Minerve, et M. Rivet une Téte de jeune

homme, on voyait chez M. G une grande

quantité de tartes cuites falsifiées par le même individu, qui avait falsifié les bronzes que nous venons de décrire. L'artiste ne se soucia pas de la beauté, car la beauté lui aurait', fait faire naufrage. Il prit, le malin, l'ouvrage de Ficoroni, intitulé: De Tstruis Srrnii-ix et Figura Comicis, et il on copia les monstres les plus hideux.

Nous savons que deux antiquaires tombèrent dans

le piège; mais après quelque temps, H. G

s' étant aperçu que ses terres cuites, reconnues pour fausses, lui empêchaient de vendre des objets vrais, provenant de la maison Guadagnî, il prit l'excellent parti de les détruire.

Ivoires antiques.

Mêlés à ces terres cuites figuraient aussi des ivoires faux, qu'on avait introduits dans des morceaux de vieux murs. Un Christ byzantin, sans bras, qui sa montrait à moitié dans un fragment de chaux, me révéla la falsification.

Terres cuites anciennes.

Devant parler du sculpteur Jean Baslianinï, noua croyons d'aoord indispensable d'éclairer nos lecteurs sur son talent, et de les renseigner sur sa vie d'artiste. C'est pour cela que nous donnons la traduction de l'article suivant,. lequel fut roproduit par le journal florentin le Liritlo dans son N.° 16 du 16 janvier 1888, avec ces quelques mots qui le précèdent.

Aujourd'hui que les journaux italiens et étrangère font tftat de bruit sur le compte du sculpteur 'Bastlaninl, auteur du buste de Jérôme Benlvleni, qui se trouve actuellement au Louvre, noue pensons qu'il y a de l'intérêt à reproduire quelques pages publiées par notre ami RaphaSl Fores! (J/orsu) su

mois de décembre ISfiS dan* sa Revue le Piarano Artetle.

— Veux-tu te dédommager de ta mauvaise impression? Suis-moi,

Je mo laissai conduire, et lorsque nous fûmes datant uno porto, rue Michel-Ange, l'ami prononça, ces simples mots :

— Nous voici li l'atelier du sculpteur Jean Baatianinl, que probablement tu no connais pas. FIso toa regarda but ]o groupe quo jo t'indiquerai, ot puis tu avouera qu'il valait bien la peina de venir jusqu'ici, au lieu d'aller chercher des opales hors la porto de la ville. Il est vrai que près do Montul coule le Mugcono; mata ce n'est pas une raison de ta part pour renouveler la plaisanta histoire de Calandrlno. Entrons. —

Un garçon et une jeune fille du même fige, représentes au naturel et en train do danser, tonnent le joli groupe de notre artiste Itesttantoi. Le sujet en est charmant ; on y rencontre, dans toutes les parties, la grâce et le naturel, ainsi que dans lea mouvements et dans l'enlacement dos deux figures et dans l'expression des tétos, qui pourtant n'ont point cette empreinte de naïveté et d'Innocence qui caractérisent la première jeunesse, mais une précocité

J uns un âge si tendre. Le. jeune garçon est malicieusement assuré, la petite illle est malicieusement luscivoj mais l'on ne doit pas an folro un reprocha o l'artiste, car le sentiment do celui qui examine le groupe es trouve parfaitement satisfait, et n'est aucunement choqué quant au bonheur dont semblent Jouir ces aimables et gracieuses ligures. On reprochait a tus peintre (l'avoir représentés certains petits Amours plus judicieux que l'enfanoo ne le comporte; le peintre répondit, qu'ayant dû los /aire plus beaux que les véritables, il avait bien pu aussi les faire plus Judicieux que ceux qu'on rencontre dans le monde réel ; et si dans an composition il n'y avait pas défaut d'harmonie entre l'objet point et le sentiment des observateurs, le but en était complètement atteint. Haie dans le groupe de notre artiste il faut observer qu'il a voulu marquer hardiment le caractère et les qualités des doui fleures par l'expression ûa leurs tûtes, puisqu'il dit avoir sculpté un petit Satyre et une petite Bacchante en attitude de dansé. Que l'habile Bastianini me permette do loi donner le conseil de changer ces deux nome do baptême- 11 ne peut qu'y gagner en mérite, car on ne doit pas créer des satyres et des bacchantes a son gré. Los poêles, les peintres et les sculpteurs les ont représentés autrement, et nous n'avons pas le droit tte reformer de nos jours à notre guiso la mythologie. SI le poète Nonnus affirme que les satyres avaient des formes tout-à-fait humaines, et étalent les gardions do Bacchus, il ajoute aussi qu'à cause de leurs

ddtéstabbjs transformations, dont ils se aarvaiont pour séduira les nymphes et les pastourelles, ils furent à jamais métamorphosés par Junon, vengeresse de la pudeur, co ces vilaines botes bien connues de tout le monde. Pour ne point rapporter ici tout ce qu'ont dit les mytbulogistea, ni comment les satyres ont été décrits pnr les anciens poètes et représentés par les anciens artistes, on n'a qu'à consulter seulement S. Jérôme, lequel raconte que lorsque S. Antoine alla visiter S. Paul l'Hermite, il rencontra un satyre semblable en tout s. ceux qui turent représentés par les poëtea et les peintres. Interrogé par le Saint : * Qui êtes vousï s il répondit: « Je suis une de ces créatures que l'aveugle paganisme nommait faunes ou satyres. » * C'est pourquoi nous prions M. Bastianini d'enlever au petit satyre la seule marque de satyre. Je veui dire la petite queue, et qu'il Boit sur que ce retranchement sera bien accueilli, et digne do notre époque. Nous devrons faire de pareilles observations pour la Bacchante.

Les Bacchantes étalent des femmes et nullement des petites Biles: et 11 est permis de croire qu'elles devenaient bacchantes, mais ne naissaient pas billes. F.t puis qu'y a-t-il de commun antre l'aimable petite figure do notre artiste et les femmes furibondes do la fable? Ellos portaient de courtes lances et des tyrses entourés de lierre et de pampres ; étalent vêtues de peaux de tigre, de cerf et de bouc; souvent toutes

nues, ornées d'un simple pi lin mile, qui eu flottant autour tlu corps "Vu fiiilinil -iuiivciit aucune partie;

quclquoloi» aussi f.Ul'.i eutWh^iilîlil ' 1 II 1 1 H l-'Ul- .■lii-

volure des reptiles vivant-: cour nient comme îles furies semant l'épouvante, frippant, hurlant et faisant un vacarme horrible par In son d'instruments barbares; elles mangeaient des viandes crues. Nonnua les donne pourehnste*, si rai'iiiilp qu'en signe de chasteté elles s'entouraient la taille d'un serpent lorsqu'elles se couchaient: l.yiîoj'hron ka (iinliiii' i ('impudiques. Vite, v lté, cher M. Hastianini, rehaptiseï vos doux petites figures; retranche! au petit satyre le hout de queue que J'ai indiqué plus haut, et votre œuvre sera une chose précieuse, charmante et rare. * Comme vos deux figurée ont la tournure élégante et légère ; et comme

moule dans les poses et duos la apposition de l'ensomblBl En voyant aussi bien unies ees charmantes créatures, mes souvenirs se reportent aui fleurs dos champs qui se reolieri'hciil -Neni'icusement pur

l'beurcuse saison do leurs amours.

L'oiécutîon matérielle du trqïail de M. E est aussi digne de louanges parfaitement mérites. Les proportions de toutes les parties sont eiactes; la différence des deus sesos est bleu marquée non seulement par leur i-;irin:ti'.r..- nn-L-iituf, mais encore par la totalité îles îiiriai-*, lu i;iimp]«xion, le moéllcus. ut ie plu- llQ moi"--! t'.t: iU'Vi^xte.iSe. ilss chairs ; les corps ne sont nullement faits au tour, ni trop polis, mais bien urtisteuient nuuucés ; les plans graduellement sentis, et quelques-uns mémo presque invisibles: les contours sont parfaitement dessinés, les muscles bien attachas, les os et les Jointures formes avec grande Vérité, et sans tomber dans l'affectation, dans la dureté, dans l'extravagance; la draperie et le du bien diversifiés ; et cela non seuiemsnt pareequo la première acquiert une grande légèreté dans une matière solide, et est très naturelle dans ses plis, mais encore pareequo le nu manque seulement de la couleur pour le croire do chair '.

Surines ut ik..' petits bn*-roliel"t: ce tut dune li uetle l'Iiuque qu'il s'unt'asciniibiif l'atelier du sculpteur Fodl,

Le jeune Bostianini, quoique dépourvu d'études, mais pourtant poussé par un instinct qui de mandait a se faire jour, et attiré surtout vers tri ïk>uh1 ^ spirituelle île l'art chrétien, il faisait en pierre ou eti marbre certaiwi ligures, toutilt îles petits buste*, tuntilt des basreliefs, imitant à ta perfection les anciens maîtres du XV."' eiÈclo, que, des négociants da renom, et des antiquaires tros exports achetaient pour œuvres des temps passés. Ce fut en IBtSque M. JeanFreppa, antiquaire, rencontra le jeune Bastlnninl: il eut en apprécier avec intérêt lu talent naturel, et s'empressa de l'attirer auprès de lui pour le diriger vers des études plus étendues et plus métliodiuues, en lui proposent de travailler uniquement pour sou compte, à deux francs

|mr jour, hnli'i'i-mliui ni île l.iiite lnurnilure nécés-

sairo pour l'eierdoe de l'art du sculpteur. Ainsi il

dre ii lire, h écrire, et un peu l'arithmétique : au liout do trois mois le jeune homme fut eu état de s'adonner

de nu marne a la lecture des livres d'histoire utiles bcaus arts, afin de mieux nourrir son intelligence :

nie. Il osécuta plusieurs bustes de femmes célèbres du XV. 0 " 1 siècle, des potraits de personnages merqunnts, la statue d'une mendiante, et des bas-reliefs et des bustes sculptée sur bloc du premier coup, a l'instardu divin Micliei-Acge, c'est-h-dlrc sans on créer les modèles, et par conséquent sans l'indication des points géométriques : enfin 11 composa le groupo que nous oTOns déjà signalé et décrit. Ce groupe fut acheté pour ohm mille francs par M. Wonvlller de Naplee, amateur distingué, qui fit également exécuter, aussi en marbre, d'une dimension demi-nature les quatre Saisons, destinées a. orner les niches de ea maison de Sorrenlo à Naples. Maintenant il. Bnstianiui commence à être connu et estimé généralement : il fut visité, pendant ces derniers jours, par la Gronde Duchesse Marie de Russie, qui aurait bien acquis le groupe des deux enfants (tellement elle en fut éprise), s'il n'avait paa été déjà vendu. M. Webb de Londres désira avoir deux bustes en marbre de M. Bastianini dans le stylo du XVI.™ siècle, et fut tellement touché du talent de notre artiste que, lui ayant ii peine fait connaître sa fille, le chargea d'en produire le portrait avec costume du temps do In Renaissance, tel qu'on peut eu voir le platrii dans

l'atelier du sculpteur. Jl lit aussi le buste de la comtesse ProdoIBnl Noncini, après la mort de cette dame, commandé pat les héritiers; Il est d'une telle ressemblance et vitalité, qu'on en reste snlsl d'admiration. Actuellement 11 achevé une grande cheminée dont l'entablement est soutenu p*r deux oliiraéres dans le style du XV.»" siècle en broeatelle d'Espagne. Parmi tant d'autres ouvrages nous devons encore

tous les sculpteurs et peintres do Florence qui In virent chez un antiquaire; fut attribuée au Vorroccnlo; puis achet/n par un négociant d'objets d'art, grand connaisseur français, et vendue h PariB pour un 1 des plus grands Musées d'Europe, où elle exista toujours comme œuvre du moyen &ge.

l'Académie de Florence pour upprendre et se perfectionner u son école. Voila do beaux reproches ! 11 Ht plus sagement de rester lui-même, et de ne suivre que l'Impulsion de son Imagination, de son intelligence, de su propre sensibilité; car 11 faut bien dire avec toute justice que, s'il eut agi autrement, les maîtres en titre, trûa probablement, l'auraient fourvoyé.

Buste représentant Marslllo Fi ci no.

Dans la cathédrale de Florence existe le monument do Marsilio Ficino. Un beau jour, un antiquaire fit prendre une longue échelle en bois, et ordonna & un plâtrier d'aller mouler le buste de ce phil:isc[ilit! ut c(iiii![i' , iil:a'jur de Dante Alighieri. Le moula fait, il l'ciivnvii ;i lVildi'T du liasiiariini, qui, sur commanda, se chargea do reproduire la buste en trois semblables, en terre cuite, qui devaient bien représenter le portrait de Marsilio, mais avec un mouvement de téte un peu différent de l'original; et de plus il devait être coiffé d'un bonnet pareil à celui qui coiffe la téte du Bénivieni du Louvre. Nous pouvons diro avec certitude qu'un de ces bustes fut acheté par AT. Sloane, un autre par un Anglais: et le troisième est toujours à Florence dans les mains d' un marchand d" antiquités.

Plusieurs amateurs l'ont vu, et ont été sur le point de l'acheter; mais quand ils ont interrogé ie possesseur sur l'ancienneté do l'objet, ils se sont retirés sur sa réponse: Non ne m nulia (je n'en sais rien/. Pauvre ignorant! il n'en sait rien, en effet t

Le 0 août 1SB7, un courtier conduisît M. de Uoaucceur et M. Lerouï voir ce buste : ils

s'aperçurent qu'il n'était pas ancien. Alors la crainte de tomber dans le faux prit tellement il ces amateurs, quo, devant un buste en terre cuite de Bindo Altoviti et la portrait en marbre d'Hercule II, Duc de Ferrara, ils restèrent indécis. Le portrait de Bindo provient de la maison Albiziti, et la portrait du Duc de Ferrûre est sorti, qui sait quand, du Palais des Médias, aujourd'hui Iticcardi. C'est moi qui possède ces deux objets, et je puis les garantir pour anciens.

Buste en terre cuite représentant Jérôme Benivieni poêle florentin.

Jérôme Benivieni! Voilà la pièce qui, une fois découverte du voile qui l'enveloppe, fera tressaillir bien des marchands, bien des amateurs, et peutêtre M. le comte de Nieùwerkerke, directeur gé- ' ncral des Musées Impériaux du Louvre.

Il faut, relativement a cet objet, raconter en détail sa naissance, son développement, et son enterrement que dis-jeî son installation solennelle au

Musée du Louvre, au milieu des Prisonniers de Michel-Ange, de la Xyu-pke du Ch'dcau tTAnct par lù'iivcnuto O II in i. d'un charma rit |>n rirait de femme de Desiderio da Settignano, et de tant d'autres magnifiques sculptures du XV. >™" et du XVI. ■* siècle.

de ton déjeuner. Pas d'huîtres, n'est ce pas? ni hiftek, ni côtelettes, ni vin de Bordeaux, ni fromage de Roquefort, ni pèches de Mon treuil, ni chasselas lia Fontainebleau, ni une demi tasse de Moka. Un morceau de pain, des haricots assaisonnés avec de mauvaise huile et du vinaigre, et un verre de vin frelaté, voilà ton déjeuner. Par Dieu! c'est un repas proportionné au 350 francs que ton îienivieni mit dans ta bourse.

I .iir.^jiK' ra]j J .i'j'.L:ii:v ''' r r-pp: i i't;uJ i.' t ilh I >i 1

qui me causa un grand étonnemeut. « Qu'est ce que c'est que ça? lui demandé-je, • — « C'est la téta il' on buste que je possède, et que je vous montrerai quand Bnstianini l'aura restauré. »

Deuï mois après j'aperçois chez Freppa le fameux buste que j'admire, mais que je déclare sorti de la tfite et des mains do Uastianini. Freppn ne peut pas le nier. Cependant je lui en demande le prix: il me répond: «Mille francs.» Je lui en oiïre cinq cents, et il les refuse. Pour six cents le Iienivieni aurait été à moi : mais je ne voulais le

payer que cinq rtnn. ;i:irci i|:.i- je t rainais les reproductions.

A cette époque vint à Florence M. Rivet, qui vit bien lo Benivieni, mais qui n'eut pas le courage de l'acheter, ayant pu savoir par un employé de Freppa que lo buste était moderne (3).

Cependant, en passant par Milan, il en parla à' M. de Nolivos, qui s'y trouvait, et il lui proposa d'aller voir le Bonivieni.de l'examiner attentivement, et de l'acheter en compte à demi s'il le croyait une œuvre de valeur.

En effet M. de Nolivos, arrivé a Florence, s'empressa d'aller chez Freppa. En dix minutes l'affaire fut terminée. M. de Nolivos offrit a.M. Frappa la somme de sept cent francs, qui fut acceptée, mais A la condition de participer au bénéfice qu'aurait pu donner le Benivieni en cas de vente, c J'accepte, » répondit M, de Nolivos.

Voilà le buste emballé et partant pour Paris.

Nous sommes à l'Exposition rétrospective organisée, en 1865, dans le palais des Champs Elysées, par les soins de l'Union centrale des beaux arts appliqués 4 l'industrie.

Que) fut l'objet qui, plus que tout autre, reçut le suffrage de la foule, et mémo de l'Empereur des Français! Le Benivieni de notre sculpteur Bastianini.

Trois ou quatre mois après, si ja ne me trompe, la magnifique collection d'objets d'art et de curiosité de M. de Nolivos est mise en vente à l'Hdtel Drouot. Le buste du poète florentin Jérôme Benivieni reste adjugé à M. le comte de Nieuwerkerke pour la bagatelle de 13,800 francs!

C'est moi qui donnai à Bastianini la nouvelle do cotte victoire, qu'il venait de remporter sur les grandes intelligences françaises et sur les malins de l'Hôtel Drouot II se montra content de prime abord, mais il devint morne qnand je lui répétai : « 13,000 francs! »

Freppa, au contraire, prit un air gai, sachant que, selon la convention, il toucherait la somme de mille francs au moilh.

Les antiquaires, et surtout plusieurs artistes de Florence se réjouirent avec leur collègue, et se moquèrent du directeur du Louvre et de toutes les dupes, qui dans l'enchère poussèrent le Beniyieni a une somme si extraordinaire. .

Après cinq ou six jours la fièvre se calma.

S. A. I. In Prince Napoléon, accompagné par M. Adrien de Longpérier, me S t l'honneur, le 15 mara 1SGG, de monter chez moi pour visiter ma collection d'otjets d'art. M. de Longpérier me demanda, en présence du Prince, ai je croyais le Henivieni, acheté par M. le comte de Nieuwerkerke, ceuvre du XV. 1 "" siècle, ou une imitation. Je lui répondis que le Benivieni n'était que lo portrait d'un fabricant de cigares, habillé et coiffé selon la modo du 5V. m " siècle, fait par lo sculpteur florentin Giovanni Baatianini.

Le prince et M, de Longpérier se mirent à rire.

Un jour du mois de mai suivant, M. le comto de Nieuwerkerke me fit l'honneur de me recevoir chez lui, et, avec une courtoisie exemplaire, il me montra un à un tous les objets de sa magnifique collection alors naissante.

J'aperçus au milieu d un vaste salon, on le traversant, le Benivieni ; mais le comte ne me le montra pas. Peut-être craignait-il de m'entendra répéter la mémo histoire, qu'en peu do mots j'avais contée au Prince Napoléon et à son compagnon do voyage, M. Adrien de Longpérier, doux mois auparavant.

Arrivons aux premiers jours de l'année 1807,

Voici encore MM. Rivet et de Nolivos à Florence, a la recherche, probablement, d'un autre Uonivioni, ou d'un buste semblable.

Je ne sais par quel hasard M. de Nolivos fut amené dans l'atelier du sculpteur Bastianini. Le fait est que cet artiste se trouva bafoué par ce monsieur de la manière la plus cruelle. «Et vous, dit-il ii liastianini, voîis '>sa v.-iua dire l'auteur du Benivieni, acheté ù ma vente par le comte de Nieuwerkerke ? Allons donc, vous n'êtes qu'un imposteur. Je vous conseille de faire un voyage à Paris et de vous présenter au* connaisseurs et aux amateurs comme te créateur du Benivieni. On vous rira au nez, soyez-en sur, et peut-être vous mettra-t-on a Charenton. »

A ce point je devrais raconter la scène un peu trop scandaleuse que M. do Nolivos eut la faiblesse de provoquer dans V atelier d'un artiste honnête et très habile. Il nous suffira de dire que, sans la présence de personnes amies de tous les deux, la chose se serait très mal terminée.

Dès ce moment M. Bastianini se mit à recueillir des documents pour prouver que l'auteur du buste en terre cuite de Jérôme Benivieni c'était bien lui. Ces documents, il nous les a ronfles, et nous lus [millions aujuurd'liui <■!).

Maintenant nous dirons ce peu Je mots à ces messieurs qui sont à la direction des Musées Impériaux. « Le buste de Jérôme Benivieni, que des circonstances que j'ignore ont place au Louvre, ne doit pas y rester : il faut se décider à l'otor ; mais, en le retirant de tout prés des chefs-d'eeu-

pouvez, faute do tomber dans una affreuse contradiction, que l'envoyer au Luxembourg, ou à l'Ecole des Beaux Arts pour servir de modèle d'étude aux jeunes artistes. » (5)

La Chanteuse florentine.

M. R se vantait un jour vis-à-vis de ses

collègues en connaissance d'antiquités, de toute la force do sa voix, que M. Bastianini n'aurait jamais pu le tri'impur. I\:r. lmliiic h . ■ n 1 p r. ^ i j [■ vint à tfi savoir, et un beau jour parut, a ce que j'ai entendu dire, cette jolie statuette que nous ne connaissons que d'aprÈs la gravure publiée par M. Philippe Burty dans son ouvrage intitulé Chets-tCoeuvre des arts industriels.

Nous n'avons jamais pu ■ apprendre par quel moyen M. R devint possesseur de la Chanteuse florentine, mais il nous suffit de savoir

que llastianini a confit! à quelqu'un qu'il «n était l'an tour (0).

Nous trouvant à Paris dans les mois d'août et septembre 1867, nous avons employé bien des moyens pour voir est objet d'art qui, avant sa vente, a mima été célébré par la plume de Itossini, et qui a fait débourser a M. E. André, qui en est actuellement l'heureux possesseur, près de 3,000 francs. M. André n'étant pas alors à Paris, nous n'avons pu satisfaire notre curiosité. Mais si Dieu nous fait vivre encore une année, nous verrons la Chanteuse, et alors nous pourrons juger ai réellement ello est Dile de l'artiste qui se vante de l'avoir mise au monde. Noos possédons tel agent chimique qui découvre la sueur de M. llastianini, n'importe sur quelle matière pourrait-il l'avoir laissée tomber.

Voici maintenant, à l'appui de la boaulo de cette œuvre d'art, des phrases que nous avpns tirées du volume de M. Philippe Burty et d'une lettre de M. lionnaffé, que M. Freppa a bien voulu mettre à notre disposition.

M. Burty dit: « A l'eiposition rétrospective, organisée en 1865, dans le palais des Champs-Elysées, par les soins de l'Union centrale des beauitras appliqués à l'industrie, les amateurs se près-

aèrent autour d'une «durable statuette du jeune femme florentine: elle est debout, les hanches emprisonnées dons une robe de «limas broché, qui porte des traces de dorure; elle chante a pleine voix !a musique dont elle tient la partîtiqn dans les mnins. C'est l'œuvre d'un artiste de génie dont on ignore le nom et l'école ("), et n'est très probablement le portrait de quelque princesse de cette cour des ducs d'Urbin, si polie et si galante, si lettrée et si artiste. »

Faisons parler ensuite M. Edmond Bonnaflé.

« A cette occasion (dit cet amateur dans la lettre écrite à M. Freppa le 11 janvier 1866) je vous demanderai. Monsieur, si vous connaîtriez à Florence quoique buste intéressant en terre cuite, dans le genredeceluideM.iteJVoZi'vos.-'seulement je désirerais un buste de jeune homme, ou de jeune femme, enfin un sujet gracieux. Je n'ai pas besoin de vous dire que ce que je cherche doit etre^eau, et de la main do quoique artiste du XV,»» siècle. Si vous connaissiez un buste répondant A es signalement et si vous vouliez m'en dire la prix, je vous en serais reconnaissant. Une ligure entière en terre cuite dans le genre de , celle que M. CasWLmi a rappunée à Paris ", et

qui a environ centimètres de hauteur, me conviendrait aussi très-bien, si l'objet était remarquable et en bon état de conservation. >

Charmants Chanteuse florentine, ai mon jugement, après que je vous aurai vue et examinée, sera différent do celui que tant d'amateurs intelligents ont donné sur votre âge, vous me ferez, j'espère, un soir, au clair de la lune, entendre votre voix, car vous ne seriez pas moins rajeunie que de quatre siècles (8).

Co fut encore pour donner une leçon iM.-A.R-... qui se vantait, comme nous avons déjà dit, de connaître à première vue les Œuvres de Bastianini. que ce sculpteur fit, d'après une ancienne médaille, le busto en terre cuite du célèbre moine qui fut brûlé vif sur la place délia Sir/noria.

La personne qui ee chargea de le vendre demeurait à Fiesole : c'est là par conséquent que M. R — dut se rendre pour voir et pour marchander l'objet. H ne l'acheta pas, à cause du prix trop élevé qu'on lui avait demandé.

Mais avant de quitter la maison du vendeur, il

-ruse fit promettra qu'on l'informerait exactement de toutes les offres que d'autres marchands ou amateure pourraient faire, afin de les surpasser, si bon lui semblait.

Peu de temps après, un courtier s'approcha de M. Capponi, marchand de tableaux dans la rue Borgognissanti, et, sous le prétexte de lui montaer des tableaux qui étaient à vendre dans une villsde Fiesole, il le conduisit à la maison où le Sauonarola était tendu en piéga. Notre marchand, à peine fut-il entré dans la souricière, feignant d'examiner les croûtes, mais du coin de l'œil regardant la buste en terre cuite:

— Et combien voulez-vous de ce moine, demanda-t-il d'un ton méprisant?

— Et les tableau*, les voulez-vous? lui répondit-on. Voyons, tâchons de faire toute une affaire.

-n- Si je dois dire la vérité, aujourd'hui je ne me sens point porté pour les tableaux. Je voudrais bien acheter le moine, ai le prix on était raisonnable.

— Nous en demandons, monsieur, doux mille

— Je vous en donne cinq cents.

— Pour mille, il est a. vous.

— Non, six cents.

— Sept cents.

— Six cent cinquante.

— Prenez-le.

Le buste an terre cuite de Jérôme Savonarola est enlevé par ta marchaDd de tableaux, porté ohes lui et placé sur una console en bois sculpte.

L' odeur de la viande à sucer arrive au nez des mouchée: le bourdonnement commence: elles doploient leurs ailes et tombent avec la rapidité de la foudre dans la modeste maison de notre ancien marchand de charbon (9).

Voici la liste des amateurs, des marchands et des artistes qui allèrent voir le buste: MM. Alex. Franohetti, Charles Otley. Spence, Feroni ancien directeur des musées de Florence, Triera», H. Grazzinîi Arrighi, Metzcher, Frappa, Egidi, Corsi, Alexandre Forasi.

Tous, nous fimes des offres; tous nous étions parfaitement convincus que l'objet était ancien.

A peine M. R. . . . vint-il a savoir que lo Savonarola était dans les nains de M. Capponi, qu'il se mit en colère; puis il devint morne: mais ensuite il se calma, du moment qu'il eut une entrevue avec l'individu qui était chargé de la vente (!!!!!).

Vil soir, regardant, "ne chandelle A la main, le buste'du Savonarola, j'offre a M. Capponi, sa famille présente, deux mille francs. Il me répond en avoir refusé quatre mille. Alors je lui dis, comme pour ma moquer de lut, que son buste, soit à cause de sa beauté, soit à cause du personnage qu'il représentait, valait au moins dix mille francs, et qu'il aurait sacrifié l'intérêt de sa famille, s'il se laissait éblouir par une somme moindre.

M. Capponi ne fit pas le sourd, et s'en tint n mon conseil; car, vingtquatre heures après, le buste Était vendu pour dix mille francs aux artistes Costa et Banti.

Ces messieurs exposèrent ce chef-d'œuvre au palais Riccardi, en 1864, au profit des pauvres. Pas un artiste, pas un marchand, pas un amateur, ne put concevoir le moindre soupçon sur l'authenticité de l'objet.

Mais lorsqu'à Paris La Chronique des arts du 15 décembre, et à Florence le Dirilloàa 10 du mémo mois déclarèrent que le portrait en terre cuite représentant Jéréme Benivïeni était un ouvrage moderne fait par Bastianini, les propriétaires du Savonarola, conçurent de la défiance, et se rendirent à l'atelier de leur collègue et ami pour rechercher la vérité. Ils la trouvèrent d'abord dans l'aveu

même de Bastianini; puis dans l'admirable exécution du portrait du feu M. le comte Jenison, lequel démontre aux plus incrédule!! que ta main qui a modelé cet ancien diplomate avait modelé ausai le buste an terre cuite représentant Jérôme Beni-

Tandis que les amie de M, le comte de Nieuwarkerke font tant de tapage pour défendre une faute de M. le directeur des Musées Impériaux, les artistes Costa et Banti opposent la déclaration suivante, qui leur fait le plus grand honneur (10).

so font un devoir de déclarer publiquement que le buste en terre cuite colorié (représentant Jcrûmc Savonarola), exposé on 1864 à Florence nu Palais Riccardi, acquis par euk dans la croyance que ce fût une feuvre d'art du XV.™' siècle, et jugé comme tel par les plus eminents artistes de l'Europe, est au contraire un travail du sculpteur vivant Bastianini de Fiesolo, qui, aujourd'hui même, ienr en a /ait une déclaration formelle.

18 janvier 1868

Giovanni Costa Cristianq Banti. »

Terre cuite d'après Ghiberli.

M. Timbal étant à Florence, il y a quelques anix'ws, fit l'nc'jiiisiiiii» (pour rent fi\im*s)i l'uni- larre. cuite représentant la Vierge et son Enfant, entourés et adorés par des. Anges. Oli ! l'heureuse trouvaille pour cent francs ! dut se dire SE Timbal. Mais- vingtquatre heures après, un jaloux souffle i. l'oreille dit notre amateur que l'objet est tout bonnement le dixième surmoule au moins, qu'un malins venait de faire d'apresun original, que l'on avait vendu dans, le temps à M. C. L. Eastlake, directeur do la- Galerie Nationale de Londres. '

Comme il est facile dose l'imaginer, M. Timbal

marchand pour lui rendre sa terre cuite; mais il le trouva inflexible, et il dut s'entendre dire: * Monsieur, si ma terre cuite eut été un original de Ghiberti, vous ne seriez pas venu ma la rendre, parce qu'elle aurait valu au moins trois mille francs. Gardei la copie, et moi je garderai les cent

Ah! si celte œuvre, nu lieu de porter la tache d'une reproduction moderne, eut été ancienne, mais avec quelque figure aux mains de fourchette, nous l'aurions vue très probablement dans un Musée de ce monde faire pendant a une autre Vierge en marbre, que nous classerions volontiers dans le genre de travail chinois plutôt que dans celui da la Renaissance italienne.

Pastiche en bois vermoulu, stuc, étoupe et chiffons.

Giovanna Àlbiizi.

Ce fut le menuisier L. Marinari qui fut chargé d'unir ensemble , au moyeu de colle forte et de chevilles, les différents morceaux d'un vieux bois vermoulu; puis M. Raphaël Cavalenzi, sculpteur en bois, dut faire ressortir de ce tronçon une ébauche grossière de buste de femme que Bastianini, qui n'avait jamais employé les outils de son ami Cavalenii, perfectionna plus tard; mais, pour achever cette œuvre, dut-il encore employer une matière composée de stuc, d'étoupe, de chiffons; en outre, les coulours, et même de l'or, je crois, pour l'imitation de l'étoffe de la robe.

Un .fripier, surnommé Giangio (François Simotiatti). demeurant Via délie Laneic. fut ohargé do la vente de cet objet d'art. Les antiquaires, -qui, les.premiera, a' empressèrent d'aller voir la Gtovanna Albizzi , furent: M. Ch. Brin i, son frère Alexandre, M. Ruscfl et M. Gagliardi.

M. Ch. Urini, qui. avait déjà offisrt à Giangio mille francs, voulant avoir mon avis, me conduisit devant le buste.

C'est très beau, lui dis-je ; mais c'est en très mauvais état : car la matière dont on a fardé le bois n'y tient pas assez solidement, et peut s'en détacher un beau jour. Que vaudrait alors le simple bois sculpté!

Il faut pourtant que je le déclare : l'idée d'une falsification me passa, un moment, par la «te.

M. Ch. Brini, me voyant froid en face de ce buste, se refroidit a son tour, et retira son offre do mille francs.

Quelques jours après, ta Giovanna Albizzi fut achetée par un marchand au prix de six cent francs, et renfermée dans la boite à miracles.

M. Tirabal, élève ds M. Flandrin, et peintre d'une chapelle de S. Sulpice, grand amateur, très riche, passe par Florence, Toit la Oiovanna, offre d'abord un prix qui ne suffit pas , puis en offre un autre qui est accepta : et le voilà possesseur d'un trésor (II).

Oui, d'un trésor! car les plus fameux connaisseurs de Paris s'extasièrent devant ce pastiche de notre ami Bastianini.

Lucreiia. Donati.

Le Beniviani, le Jérôme Savon a roi a, la Chanteuse florentine et la Giovanna Albizii sont de vrais chefs-d'œuvre (te notre ami Jean Bastianini; mais sa Litcrezia Donati qui noua appartient, et que noua avons payée quinze cents francs, est son coup-de-maitre : qu'il nous soit permis d'employer

— Qu'en ferai-je Je re vieux morceau de marbre, qui est dans un coin et parmi les ordures de mon atelier! se dit un jour Iliistianini, après avoir examiné ses poches, qui ne contenaient pas le plus

petit liard Voyons, si j'improvisais un buste

et si je venais à bout do faire un peu d'argentî

Le vieux bloc est placé sur l'escabeau; et notre sculpteur, le marteau et le ciseau en main, frappant à (Iri'iir t-.: à (janclic, n;>ti:it, anrii.; une vingtaine de jours, un buste, de jeune femme qu'il baptisa du nom dé Lucre;ia DonaU, tant aimée et célébrée par Laurent le Magnifique. i

IL est bien plus aisé aux artistes de copier la nature vieillis, que la fraîcheur des traits; et plus aisé, de même, de dessiner des bossus et des estropiés que des personnes . bien faites et bien proportionnées. Les rides, les sillons, les bosses osseuses, musculaires et tendineuses, la peau fanée, flasque et pendante, sont de détails à dessiner ou 4 modeler, qui n'offrant pas les mêmes obstacles que les contours délicats et suaves d'une jeune : et charmante femme de vingt ans. Bastianiai, pour sa Lucresia DonaU, a ou un de ces moments de génie qu'on ne retrouve pas deux fois dans la vie. Il a réalisé une œuvre, qui n'aurait pas de prà si elle était ancienne et signée : OPL'S MINI.

Mais c'est do Iîastianini qu'elle est née, et en ce cas combien en donneriez -vous, voyons, M. de Nieuwerkerkeî Dites-nous, quel prix vous mettre! sur la Benivteni au moment où vous serez forcé de convenir que : o'ast Bastianini qui l'a tait?

Or voici les personnes qui furent saisies d!adrairation devant mon buste en marbre; et leurs jugemants respectifs.

M. Louis Egidi dit;-* Si vous ne m 'avis?, pas averti d'avance que c'est une œuvre moderne, je l'achèterais , les yeux fermés , comme ancienne. Voulez vous jouer un tour à^M. K, . . . î Vous n'avez qu'à placer le buate dans un endroit quelconque; vous Êtes sûr qu'il va donner dans le panneau, et qu'il est capable d'en offrir jusqu'à six mille francs.

M. le baron. Gariod mlavoua. que jamais de sa vie il n'avait vu une imitation pareille.

M. Emile Burci, ancien inspecteur de la Galerie des Offices, et M: Cavalcaselle jugèrent la Lverezia Donati pour être le chef-d'œuvre de Mino de. Fiesole, et me prièrent en grâce de l'exposer au Bargello, où elle aurait écrasé tous les bustes et

ta —

les sculptures en marbre du musée. M. Cavalcaselle ajouta qu'il la mettrait sous cloche.

M. C. D. E. Fortnum de Londres, un des plus distingues et des plus difficiles amateurs d'objets d'art, que je connaisse, voulait, pour un prix raisonnable et proportionné à ses moyens, m'acheter la Lucretia: mais, sur le point de conclure l'affaire, je lui avouai, pour ne point le tromper, que Bastianin: en était l'aut«ur. D'abord il ne voulait pas le croire: mais ensuite, vaincu par mes explications, il s'écria: i Dorénavant il ne faut plus rien acheter. »

M. Francolini, peintre ot excellent reslau râleur de tableaux , ne prononça , devant la Lucrezia Bonati, que ce simple mot: « MINO. » Et nous ripostâmes: c BASTIANINI. » « Mon cher docteur, reprit-il, vuus voulez vous moquer de moi. » « Tenez, » lui repoudis-je, en lui montrant le reçu de quinze cents francs que M. Freppa m'avait signé; ! .... et M. Francolini resta pétrifié.

M. Paul Dubois, l'auteur du Chanteur italien, comme Bastianiui est 1' auteur de la Chanteuse florentine, me disait qu'il ne pouvait pas comprends comment un artiste du XIX'°* siële pût se pénétrer il tel point du style du XV"" siècle, et le reproduire d'une manière si parfaite. Il croyait

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