DOUZE CÉSARS
Voilà tout ce que j'avais à dire a M. le Comte de Nieuwerkerke.
Vous, Monsieur, faites maintenant de cette lettre l'usage que vous jugerez le plus convenable, et croyez-moi toujours
Florence, 15 février 1868.
Votre très-obligé, et très-affectionné Giovanni Bastianini.
Lettre de M. E. Lequesne, sculpteur, a M. Lehey, directeur du journal la Patrie.
Monsieur ,
Plusieurs journaux ont publié une correspondance italienne dans laquelle on attaque l'authenticité d'un
buste en terre cuite acheté par la direction des musées impériaux, à la vente de M. de Nolivos, et aujourd'hui exposé dans une des salles de la Renaissance, au Louvre.
D'après cette correspondance , le buste ne serait pas du seizième siècle, mais bien l'ouvrage d'un artiste encore vivant. Il aurait été commandé , il y a quelques années, par un M. Freppa, de Florence, marchand de fausses antiquités, à un M. Bastianini, et ce dernier aurait tout uniment modelé et reproduit les traits d'un ouvrier de la manufacture des tabacs, qu'il aurait affublé d;un costume ancien ; les ouvriers l'attestent, et M. Freppa le jure.
Tous ces faits sont controuvés, et au nom de l'art dont je m'honore d'être un des adeptes, je viens vous prier de donner place dans votre journal aux réflexions que ces faits m'ont suggérées et à l'exposé des preuves de leur fausseté.
D'abord , peut-on ajouter foi a l'affirmation de M. Freppa.
Quant aux ouvriers de la manufacture, il eût été de bon goût de ne pas les mêler dans une question d'art. Ils peuvent bien affirmer que M. Bastianini a modelé le buste de l'un d'entre eux, rien de mieux; mais qu'ils attestent que c'est celui qui est actuellement au Louvre, cela passe la permission. Et quand, par impossibile, un des ouvriers ressemblerait au buste, qu'estce que cela prouverait? Est-ce que les Florentins d'à présent ne sont pas les fils de ceux d'autrefois ? Estce que l'on ne rencontre pas tous les jours dans les rues de la Home moderne les portraits vivans de Lucius Verus, de Trajan, et d'autres personnages de la Rome antique? Et à propos de cette prétendue ressemblance, il s'est passé un fait qui à lui seul caractérise toute l'affaire: l'administration, qui aime les
positions nettes, a demandé une photographie de l'ouvrier, et il s'est trouvé que ce malheureux, qui, au dire des journaux, se promenait tous les jours au soleil de Longarno, était mort depuis deux ans. A-t-il jamais vécu? Mais laissons cela, et arrivons au côté sérieux de la question.
Pour exécuter un buste en terre cuite, il y a deux procédés. Le premier consiste à monter la terre avec le plus de vide possible à l'intérieur, à la travailler a la main et à l'ébauchoir: cela s'appelle modeler. Le second procédé, le plus usité , le plus rationnel, et celui dont se servaient les anciens, consiste à faire un premier modèle en plâtre, sur lequel on fait un moule à bon creux (autrement dit à pièces mobiles) dans lequel on pousse une terre que l'on retouche après coup. Cela s'appelle estamper.
Si la terre glaise est, de toutes les matières, celle qui se prête le mieux aux manœuvres des faussaires, c'est aussi celle qui reflète le mieux le secret de la fabrication. En examinant avec attention le buste du Louvre , on reconnaît, sans en pouvoir douter, qu'il a été estampé. Toute personne peut s' en convaincre par soi-même , et voir au Louvre les nombreuses indications qui l' attestent. On aperçoit sur les deux épaules , et aboutissant derrière le cou, la raie formée par les pièces du moule ; dans les cheveux, on reconnaît les parties graissées pour donner de la dépouille. Dans une mèche placée au côté gauche , la terre a été mal liée , un petit morceau est tombé, et sur la partie qui reste, on voit encore imprimées les raies de la peau du doigt qui a poussé la terre; enfin, dans l'intérieur, il suffit d'un coup d'œil pour reconnaître le procédé de l'estampage.
Si ce buste a été estampé, M. Bastianini ne l'a pas modelé; et qu'on ne vienne pas dire que je joue sur
les mots. Si M. Bastiauini l'avait estampé, il aurait le modèle et le moule , et il aurait bien soin de le proclamer à haute voix. A cette preuve sans réplique, viennent se joindre des considérations d'une appréciation plus délicate : d'abord la qualité de la terre, différente de celle que l'on emploie actuellement en Italie ; ensuite son état poreux ; en vieillissant , la constitution de la terre se modifie, elle perd sa partie grasse et devient poreuse ; enfin la patine , qui n'a pas été faite a la fumée de tabac, mais qui est incontestablement l'œuvre du temps, et d'autres.
On peut donc affirmer, sans démenti possible, que M. Bastianini n'est pas l'auteur du buste du Louvre.
A défaut de ces preuves, que j'appellerai brutales et matérielles, il y en aurait d'autres d'un ordre plus élevé. Par un enchaînement qu'on ne saurait nier, tous les artistes d'une môme époque, bien que maîtres de leur liberté individuelle, gravitent malgré eux dans une même sphère d'attraction; toutes leurs œuvres sont sœurs et empreintes d'un cachet tellement frappant que les antiquaires les classent sans se tromper.
Les artistes peuvent si peu se soustraire à cet entraînement, que depuis des siècles on étudie et on cherche à imiter l'antique; cela a produit Michel-Ange, Jean Goujon, Pujet, etc., les plus grandes et les plus hautes personnifications de l'art de la statuaire en leur temps ; mais l'on ne saurait voir en eux des continuateurs de Phidias, ce cachet artistique suit les temps et change comme eux. Ainsi, ce que l'on a fait ne se refait plus.
Le buste du Louvre est un des spécimens les plus caractérisés de l'art du seizième siècle; nul ne pourrait le faire aujourd'hui, pas plus M. Bastianini qu'un autre, et l'administration l'a si bien compris, qu'elle
a mis tout de suite M. Bastianini au pied du mur: « Si vous avez fait ce buste , lui a-t-on dit, faites-nous-en uu pareil, nous vous le paierons au poids de l'or. » Pour répondre à ce défi, qu' a-t-on objecté? M. Freppa a répondu: « M. Bastianini n'est pas un artiste proprement dit, c'est un habile pasticheur qui par hasard a fait un chef-d'œuvre. » *
Ce sont là de grands mots dont la plus simple réflexion fait justice. Quand un artiste exécute un tableau, une statue où l'idée et l'arrangement l'emportent sur la forme, il se peut que l'inspiration ne vienne pas toujours avec le même bonheur ; mais dans un buste réaliste, où la représentation fidèle et servile de la nature domine tout, l'exécution l'emporte.
Ce que votre main a fait hier, elle le fera demain. Que M. Bastianini fasse donc un second chef-d'œuvre, la chose en vaut certes la peine; douze mille francs un buste; n'est-ce pas là un beau denier?
Malheureusement , le buste du Louvre n'aura paa de frère; il porte en lui-même un caractère de spontanéité et de liberté qui ne saurait être imité par un copiste de nos jours, et il fait et fera toujours l'honneur de notre galerie nationale.
Reste une dernière question. Quel est l'auteur de ce chef-d'œuvre? Je laisse à de plus doctes le soin d'élucider ce problème.
En fin de compte, quel a été le but des journalistes de Florence en imaginant une pareille comédie ? ou plutôt, pour emprunter un mot à l'une des nôtres, qui trompe-t-on ici ? J'avoue que je ne sais que penser.
* Si l'offre do M. le comte de Nieuwerkerke est une véritable în- Teiilion burlesque, la réponse qu'où attribue à M. Kreppa est d'autro l>»rt une plato calomnie.
Est-ce une réclame pour M. Bastianini? à. quoi peut-elle lui servir? Est-ce une mystification? qui donc espère-t-on abuser? Est-ce une mauvaise pensée? à qui donc veut-on nuire? et ne sait-on pas que le serpent use ses dents sur la lime ?
Recevez, etc.
E. Lkqlesnb, statuaire.
Réponse originale de Giovanni Bastianini à
M. E. Lequesne, sculpteur français, publiée
par la Gazzetta di Firenze (N. 14, 16 mars
I8G8), avec la traduction française de la
Note dont ce journal V a fait précéder.
Notre éminent artiste Giovanni Bastianini publia une Déclaration, où il affirmait ouvertement que le buste en terre cuite représentant Jérôme Benivieni, buste actuellement placé au Louvre, avait été fait par lui. Après cette Déclaration, nous publiâmes la Lettre à M. le docteur Alexandre Foresi * , par laquelle ce même artiste démentait formellement que, directement ni indirectement, M. le comte de Nieuwerkerke. Directeur général et Intendant des beauxarts de la maison de l'Empereur, lui eût fait une offre de 15,000 francs pour avoir un buste en terre cuite, qui égalât en mérite ledit buste du Benivieni placé au Louvre; et ajoutait qu'il aurait accepté cette offre, à la condition qu'on déposât l'argent dans des mains sûres, et qu'on nommât un jury qui ne fût
* Comme M. Bastianini a pu l»li*> la Déclaration et la Lettre en laupun italienne, nos voisins d.» !'':v, :i — nous sauront <■ ré de la traduction française de ces documents, qui précédent la Réponse à M Lequesne
pas composé uniquement de membres français. Enfin notre éminent sculpteur envoyait au journal la Patrie une Réponse adressée à M. E. Lequesne, sculpteur français, dans laquelle il réfutait victorieusement les prétendues raisons techniques et idéales que M. Lequesne avait voulu exposer dans le susdit journal afin de prouver que le Benivieni du Louvre n'était point l'œuvre du sculpteur vivant Bastianini, mais celle d'un sculpteur ancien. De ces trois documents d'une haute importance, émanés de l'artiste même qu'on attaquait, nous ne trouvons aucune mention dans les journaux français. Après avoir attendu, deux bonnes semaines, que la Patrie montrât plus de justice et d'impartialité envers Giovanni Bastianini, nous croyons maintenant utile et nécessaire de publier telle quelle, avant aucun autre journal, sa Réponse à M. E. Lequesne ; et d'avertir nos voisins de France que la Conspiration du Silence est désormais un expédient trop usé, trop connu, et trop méprisé de tout Immonde, pour qu'on se flatte d'y recourir avec succès.
Florence, le 26 février 1868 A Monsieur le directeur en chef de la Patrie. Monsieur,
Je vous serai fort obligé de vouloir bien publier ma réponse à la lettre de M. E. Lequesne qui a paru dans votre numéro du 11 février.
Recevez, Monsieur, mes remercîments d'avance.
Monsieur,
Je vous remercie de vouloir bien me prouver ce dont ma modestie doute un peu, à savoir que j'ai fait un chef-d'œuvre et de me condamner à rester à per-
pétuité au Banthéon du Louvre avec les Dieux de la sculpture. J'aurais bien mauvaise grâce à- ne pas vous savoir gré de la forme ingénieuse de votre louange déguisée en critique.
Ceci posé, quant au sentiment qui m'anime a votre égard, permettez-moi, Monsieur, de vous éclairer sur le fait de la paternité du Benivieni.
D'abord et en principe, croyez-vous à l'impossibilité d'imiter si parfaitement le style d'une époque ou d'un maître , que les plus experts en matière d'art puissent s'y tromper? L'histoire est là pour répondre. Condivi et Vasari racontent que VAmorino sculpté à Florence par Michel-Ange fut acheté à Rome comme une œuvre grecque par le cardinal Saint-Georges, lequel était un fin connaisseur. Mignard , dont vous ne récuserez pas probablement l'autorité en sa qualité de compatriote, fit acheter par Monsieur, frère de Louis XIV, un prétendu tableau du Guido qui avait été fait par Boullogue dont c'était la spécialité. David ïéniers a fait des Rubens et des Bassano qu'on a pris pour des originaux. Luca Giordano a inondé les galeries de l'Europe de ses pastiches. Enfin on ne sait pas bien encore, à l'heure qu'il est, lequel est l'original du Léon X degli UJfizi et de celui du musée de Xaples. J'en conclus, et vous en conclurez certainement avec moi, qu'on peut imiter à s'y tromper le style d'un maître et encore plus facilement celui d'une époque, et que ce n'est pas faire tort à M. le directeur des beaux-arts que de le mettre en compagnie du cardinal Saint-Georges , de Mignard et de tant d'antres grands connaisseurs.
Examinons maintenant la valeur des arguments par lesquels vous prétendez prouver l'ancienneté du Benivieni.
Selon vous le buste aurait été fait par le procédé
de l'estampage , ce qui se reconnaîtrait aux quatre indices suivants :
1.° On aperçoit sur les deux épaules, et aboutissant derrière le cou , la raie formée par les pièces du moule.
2.° On reconnaît dans les cheveux les parties graissées pour donner de la dépouille.
3.° Dans une mèche placée au côté gauche, la terre a été mal liée, un petit morceau est tombé, et sur' la partie qui reste on voit encore imprimées les raies de la peau du doigt qui a poussé la terre.
4.° Dans l'intérieur, il suffit d'un coup d'œil pour reconnaître le procédé de l'estampage.
J'en suis fâché pour votre infaillibilité , Monsieur, mais le buste du Benivieni a été modelé et non estampé. Après la cuite , j'ai moulé le masque pour avoir un souvenir de mon œuvre. Ce masque est encore dans mon atelier, et je le tiens à, votre disposition s'il vous plaît d'y venir le voir. Telle est l'explication pratique de la raie et des parties graissées pour donner de la dépouille.
En quoi donc l'empreinte des doigts prouve-t-elle l'estampage, Monsieur? Si l'on estampe en poussant la terre avec les doigts, est-ce qu'on ne modèle pas aussi avec les doigts?
Le quatrième indice n'est pas plus significatif, et je suis étonné qu'il soit mis en avant par un homme de l'art. Vous ne pouvez pas ignorer que dans le cas du modelage, comme dans celui de l'estampage, l'intérieur se fait également avec les doigts et le polissoir (stecco).
Donc vos preuves se retournent contre vous. J'ai mis à part la preuve tirée de la qualité de la terre, parce qu'elle va me servir à démontrer matériellement la légèreté de vos assertions. Vous dites que
la terre du XVI siècle dont on se servait à Florence n'est pas la même que celle dont on se sert aujourd'hui. Où avez-vous pris cela? Je tiens a votre disposition un échantillon de la terre plastique dont on se sert ici, et je vous défie de prouver qu'elle diffère en quoi que ce soit, chimiquement et artistiquement, de celle dont est formé le Benivieni.
Quant à la patine, permettez-moi de ne pas vous en enseigner le procédé, puisque vous paraissez l'ignorer, mais de vou3 offrir seulement de communiquer la même patine a tous les objets de terre cuite que vous voudrez bien me confier. Je ne puis croire que vous en soyez encore en France a la fumée du tabac, et vous avez fait sourire malicieusement tous nos marchands d'antiquité.
Je vous serais fort obligé, Monsieur, de lire les documents qui ont été publiés par la Gazette des Beaux-Arts préalablement à toute polémique, ou mieux encore de prier M. Emile Galichou de vous prêter les copies légalisées de ces pièces. Vous y trouverez un acte de décès de l'ouvrier Bonaiuti. On ne l'a donc pas vu ces jours-ci se promener au soleil du Zung'Arno, et il n'est pas mort précisément quand l'administration française a fait demander sa photographie. Il faut être exact, Monsieur, même dans les détails; cela implique l'exactitude générale aux yeux des gens qui jugent de la valeur de la critique d'après ses procédés. Que voulez-vous , Monsieur , Bonaiuti n'était pas immortel, comme vous et moi, Monsieur ; vous , parce que vous êtes probablement de l'Académie ou de l'Institut; moi, puisque vous me maintenez de force au Louvre. Bonaiuti est mort sans ma permission. Les ouvriers de la manufacture du tabac, ses amis, qui ont vu le buste du Benivieni et qui peuvent en voir encore le masque dans mon
atelier, déclarent que c'est son portrait. Il est vrai que vous avez la ressource de dire que c'est un hasard, et que Bonaiuti pourrait bien descendre en ligne collatérale sans doute de Benivieni. Vous ajoutez que je puis avoir fait un buste de Benivieni, mais qu'à coup sûr ce n'est pas celui qui est h Paris. Prenez garde ! le mien a été certainement vendu à M. de Nolivos par M. Freppa. M. de Nolivos aurait donc supprimé le mien et mis sur le compte de M. Freppa un autre buste, qu'il aurait acheté je ne sais où et de je ne sais .qui. Mais pourquoi alors n'en aurait-il pas indiqué la véritable origine ? Pourquoi l'attribuer a M. Freppa? En vérité, plus vous compliquez, plus vous prouvez en faveur de l'identité de mon buste avec celui du Louvre.
Heureusement pour moi, Monsieur, nous allons être d'accord sur un point: « Ce que votre main a fait « hier, dites-vous, elle le fera demain. » Cette fois-ci vous parlez d'or; seulement il faut que vous sachiez que le Benivieni n'est pas le seul de la famille assez nombreuse dont je suis le père. Après le Benivieni j'ai fait le Savonarole, qui a été payé dix mille francs et reconnu mon œuvre , la Chanteuse florentine, que M. Burty dans son livre Chefs-d'œuvre des arts industriels , proclame l'œuvre d'un artiste de génie, et que MM. Gaetano Bianchi et le sculpteur Raphaël Cavalenzi m'ont vu modeler. Je pourrais vous en citer bien d'autres, mais je suis tout disposé à ne pas m'en tenir au passé. Je déclare que je n'ai jamais reçu de l'administration française l'offre dont vous parlez. Si elle veut bien me la faire, je l'accepte même de vous, Monsieur, sous la double condition du dépôt de la somme et d'un jury indépendant; je ne suis pas encore assez riche pour réfuser une commande de 15.000 francs.
En attendant l'honneur de vos communications à ce sujet, je vous prie de me croire, Monsieur et illustre confrère,
Votre reconnaissant et modeste confrère Giovanni Bastianini.
Je vais finir, à propos de Bastianini, par cette curieuse anecdote. Le buste du Benivieni était presque achevé, lorsque M. Giovanni Freppa, qui en avait fait la commande, entre un beau jour dans l'atelier de Bastianini. Giuseppe Bonaiuti, fabriquant de cigares, surnommé le Priore, était en pose de model comme à son ordinaire, et ne bougeait pas. M. Freppa donne un coup-d'œil au Benivieni, un autre au Priore; puis se tournant du côté de Bastianini, s'écria : « Santo diavolo , tu gli hai tagliato la testa!» Cela signifiait qu'il semblait que Bastianini eut tranché la tète au Priore pour obtenir une ressemblance à s'y méprendre. Alors ce pauvre vieillard, levant les yeux, et regardant doucement Bastianini, lui dit: « Almeno io le portassi fortuna! » Nous nous associons de tout cœur au vœu de Bonaiuti surnommé le Priore, en attendant que ce vœu soit exaucé.
Cet article en sens dubitatif était déjà fait, lorsque nous eûmes la certitude que Bastianini était, sans le moindre doute, l'auteur de la Chanteuse florentine. Pourtant nous avons voulu le publier dans le journal il Diritto du 19 décembre 1867, et de nouveau dan.-
cette brochure. Oui, Bastianini est bien l'auteur de la Chanteuse florentine, qui fait partie de la collection de M. E. André, parce qu'il nous Ta, lui-même, avoué et déclaré; et quand même l'aveu et la déclaration de cet artiste simple et honnête ne suffiraient pas pour convaincre des hommes tels que MM. de Nolivos, Rivet, de Nieuwerkerke et Lequesne, voici deux attestations que M. le ch. Gaetano Bianchi et M. Raphaël Cavalenzi écrivirent, de bonne encre, sur la 24. me page de l'ouvrage de M. Philippe Burty, intitulé Chefs-d'œuvre des arts industriels, à l'endroit où la charmante figurine se trouve reproduite par la gravure.
Firenze 27 dicembre 1867 Dichiaro sul mio onore di aver visto modellare in terra da cuocersi questa graziosa statuetta al mio amico Giovanni Bastianini.
Cav. Gaetano Bianchi.
Firenze 27 dicembre 1867 Dichiaro averla fatta Giovanni Bastianini, di avermela data a vendere e di avergliela venduta per L. 200.
Raffaello Cavalenzi.
M. Paul Mantz, qui avait écrit sur le sujet en question bien avant M. Burty, est, selon nous, un des plus sérieux et des plus adroits critiques de la France, en matière d'art. Personne mieux que lui n'a jugé le buste du Benivieni qui est au Louvre, et la Chanteuse florentine qui honore le cabinet de M. E
André. En effet, M. Mantz, après avoir fait les phi6 grands éloges de ces deux pièces d'art, il va presque à dire : Elles sont modernes ; mais ce jugement, au lieu d'être nettement prononcé, n'est que simplement balbutié. Du reste, pour édifier nos lecteurs . nous n'avons de mieux à faire que de reproduire les deux pages que M. Mantz publia en 18(55 dans le tome dix-neuvième de la Gazette des Beaux-Arts.
« Un autre chef-d'œuvre s'impose à notre admiration. Les organisateurs du Musée rétrospectif ont placé au milieu d'une vaste salle le buste en terre cuite de Jérôme Benivieni. Ils ont voulu appeler l'attention des connaisseurs et celle de la foule sur Ce rare morceau, qui est, a bien des égards, la perle de l'exposition. Ce buste appartient à M. de Nolivos. L'artiste inconnu * qui l'a sculpté a pris soin d'inscrire sur la terre encore fraîche le nom du modèle : HIRroU3 BEN'IVEIUS, forme un peu altérée du nom de Jérôme Benivieni. Avant d'aller plus loin, il convient de dire un mot de ce personnage qui fut illustre en sou temps, non-seulement en raison de ses propres mérites, mais aussi sans doute h cause de l'importance que c'était acquise son frère Domenico. l'auteur du Trionfo délia Croce et l'un des plus ardents parmi les défenseurs de Savonarole. Jérôme Benivieni, qu'on dit être mort en 1542, à quatrevingt-neuf ans, eut pour la théologie un goût moins vif; il préféra les belles lettres, l'érudition, la poésie. Il se lia de la plus étroite amitié avec Pic de la Mirandole, et sollicita l'honneur d'être enterré au même tombeau que lui. Une douce lueur mystique éclaire sa Canzone dcWamors céleste e divino (1519]; un reflet de la philosophie platonicienne brille dans
* Bravo! M Mant/.
ses écrits oubliés aujourd'hui. Tels sont les détails principaux qu'on trouve sur son compte dans la plupart des biographies : j'ajouterai un fait nouveau ou du moins peu connu : c'est que* Jérôme Benivieni « uomo dottissimo » dit Vasari, a été l'ami de Lorenzo di Credi, et que ce dernier a peint son portrait. Lorenzo, très-compromis, comme on sait, dans la grande aventure de Savonarole, avait dû se lier avec Domenico Benivieni, et c'est par son intermédiaire qu'il aura connu son frère Jérôme.
» Le buste de M. de Nolivos représente un homme d'environ cinquante ans, si ce n'est plus * : il est vêtu à l'ancienne mode, comme un philosophe qui garde, malgré les années, le costume de sa jeunesse, et il porte sur le haut de la tête le petit bonnet du XV.e siècle dont Filippino Lippi a coiffé Botticelli dans la fresque del Carminé. On sent que le personnage a vieilli dans l'étude et dans la douce confidence de la muse ; il penche la tête comme pour écouter l'écho d'une chanson intérieure ; toute la finesse italienne respire dans sa physionomie expressive ; la bonhomie se mêle sur ses traits à la plus subtile expérience, et il y a dans le pli de sa lèvre, dans les rides précoces de son front, dans le feu de son regard, une merveilleuse intensité de vie. Tout, dans ce buste, porte le sceau d'une personnalité frappante. Nous^n'avons pas connu Benivieni : nous jurons qu'il est ressemblant.
» L'âge du modèle et surtout le caractère de l'œuvre nous permettent de dater ce buste des dernières années du XV. e siècle, ou mieux encore du commencement du siècle suivant. Que si Ton se demandait
* Ça se voit bien de premier coup; car Bocaiuti, lorsque il servit de modèle, avait 69 ans.
quel est l'auteur de ce morceau, si magistralement traité, on serait tenté de prononcer successivement les plus grands noms d'une époque où Florence eut de si merveilleux sculpteurs. Mais combien cette recherche serait chanceuse ! Donatello, Verrocchio, Desiderio da Settignano étaient morts lorsque cette terre a été si puissamment modelée; celui a qui le caractère de l'œuvre fait songer tout d'abord, Mino du Fiesole, avait cessé de vivre en 1486. Écartons également Antonio Rossellino, car le buste de Benivieni n'est point dans sa manière. Benedetto da Maiano a vécu au-delà de 1498; peut-être est-ce de ce coté- lu qu'il faudrait chercher. Mais Vasari feuilleté d'Un doigt impatient ne nous a rien appris sur ce qu'il nous importerait tant de savoir. D'ailleurs, indépendamment des illustres dont nous venons de décrire les noms, il y avait alors à Florence un groupe d'élèves de Verrocchio que nous connaissons mal. Ne poussons donc pas plus loin une enquête qui, aujourd'hui, es£ sans issue. Remarquons seulement que. par sa finesse exquise, par le sentiment profond du portrait, par l'exactitude passionnée du détail, le buste de Benivieni ressemble au plus haut degré a un crayon de Lorenzo di Credi. Ne dirait-on pas que le maître, qui, d'ailleurs, fut quelque peu sculpteur (on le sait par le testament de Verrocchio), a présidé à l'exécution de ce buste et que pendant que l'artiste inconnu modelait la terre complaisante, il était derrière lui, l'encourageant de la parole et ajoutant peut-être l'exemple au conseil?
>> La Chanteuse, envoyée à l'exposition par M. Castellani, n'est pas moins digne de notre étude. Cette .statuette, en terre cuite, qui porte encore des traces de peinture et de dorure, date aussi de ce grand XV.' siècle qui semble avoir tout compris et tout
exprimé. Par la vérité éternelle, et, dirions-nous, la modernité du sentiment, cette figure est de tous jes temps, et elle est d'hier. * Une jeune femme, vêtue d'une longue robe qui l'enveloppe jusqu'aux pieds, cliante à demi-voix, en tenant entre ses mains un. papier de musique qu'elle n'a pas besoin de consulter ; elle dit sa chansonnette, la tête un peu penchée en arrière, et elle se berce de sa propre mélodie : tout cela est observé avec l'intuition clairvoyante de cette époque heureuse qui a si bien connu la nature dans ses forces et dans ses délicatesses. Au socle de cette exquise figurine, nous ne pouvons malheureusement inscrire aucun nom. »
Lorsque nous vîmes la Chanteuse dans le livre de M. Burty, nous déclarâmes que Giovanni Bastianini en. devait être l'auteur, et voici pourquoi. Les mains de cette charmante figurine ressemblent à celles d'un petit enfant, que Bastianini a mis à califourchon sur une chaufferette formant une pipe â fumer. Il est probable que M, le baron de Monville possède toujours ce gracieux scherzo de Bastianini ; et quiconque le verra, pourra très bien remarquer la ressemblance frappante qu'il y a entre le modelé des mains de la Chanteuse et celui des mains du petit enfant.
(9) M. Vincenzo Capponi, l'ancien marchand de char-
''bravissimo! M. M&Dtz.
bon de via Borgognissanti, est, comme nous venons de le dire, l'heureux mortel qui vendit le buste de Savonarole 10,000 francs à MM. Banti et Costa. Il l'avait payé 640, comme il résulte du reçu publié par lui dans le journal la Nazione du 11 mars 180vS, et que nous tenons à reproduire :
« Firenze, 9 dicembre 1868.
» Dichiarasi da me sottoscritto di aver ricevuto dal signor Vincenzo Capponi lire seicento quaranta, per avergli venduto un ritratto di fra Girolamo Savonarola , modellato in terra cotta e colorito di antica data.
» In fede di che, dico di aver ricevuto L. it. 640. Leonardo Db Vegnï. »
Ne voit-on pas que d'après ce document le Savonarola était vendu comme objet non ancien ? cette phrase : modelé en terre cuite, et colorie d'ancienne date ne garantit pas du tout le buste comme une œuvre du XV.e, ou du commencement du XVI.siècle.
Ce grand honneur vient d'être un peu diminué par MM. Banti et Costa, eux-mêmes, depuis une lettre qu'ils ont publiée dans la Nazione du 5 mars 1868.
Xous la reproduisons ci-après pour rendre complète l'histoire du débat qui a lieu présentement par rapport à notre ami Bastianini.
11 ne se fâchera pas contre nous, qui défendons sa loyauté et son talent sans arrière-pensée et sans aucun vil intérêt, si nous nous permettons de reproduire
une lettre qu'il nous a adressée dernièrement et propre à éclairer certains chicaneurs sur l'incident regrettable dont il est ici question. Certes ! il pourra se trouver encore quelque puritain de mauvais goût, ou quelque fanatique de moralité équivoque, qui ne voudra pas se rendre même à l'évidence des faits.
Eh! bien, tant pis pour eux.
Toutefois, et en admettant, au pis aller, selon ces messieurs, que Bastianini fût coupable d'une manière ou d'une autre, ce qui n'est pas seulement très-contestable mais tout-à-fait absurde, nous dirions à* notre tour : « 0 felix culpa , qui , forçant un pauvre garçon à passer par les fourches caudines de la misère et des vicissitudes humaines, nous a révélé un talent du premier ordre, et à si bon marché ! »
Voici la lettre de MM. Banti et Costa, précédée de quelques lignes du journal la Nazione, à la justification du sculpteur Bastianini.
« I signori Banti e Costa ci hanno pregato di pubblicare.una loro rettificazione ad un fatto accennato dalla lettera del Bastianini inserita nell'appendice del N. 57 délia Nazione. Compiangendo anche noi le dure circostanze che costrinsero il Bastianini a celare il proprio nome, vogliamo far avvertito il lettore di non mettere insieme il valente artista cou coloro che hanno poi tratto cosï largo profitto dalle sue opère. La tenuita del prezzo che egli ne ha rilevato messo in confronto con quello che i rivenditori ne ricavarono dopo, esclude perfettamente dalla sua parte ogni idea di frode o di complicità. Il busto del Benivieni, che fu comperato a Parigi dal conte Nieuwerkerke per 13,600 franchi, ne fruttè solamente 300 al suo autore : il busto del Savonarola che i signori Banti e Costa pagarono al Bracino 10,000 franchi, glieue
diede poco più di 500 : la célèbre statuetta detta li Chanteuse Florentine, pagata a Parigi 9.000 franchi, fu da lui venduta per soli 200. Vorremmo doraandare al più meschino plasticatore se egli non prenderebbe qualcosa di più per busti o statuette che sarebbero lontani le mille miglia dal valore di quelli del Bastianini? Crediamo di si. Dopo queste dilucidazioni che ci son parse opportune, ecco la lettera che ci è stata recata :
Signor Direttore,
Nella rassegna artistica pubblicata nel N. 57 del suo pregiato giornale dei 26 febbraio corrente si legge in una lettera scritta dal signor Bastianini al signor dottore Foresi il 15 febbraio 1868:
« Il signor conte di Nieuwerkerke avrebbe operato con più avvedutezza dove avesse tenuto il modo dei signori artisti Banti e Costa, i quali, saputo da me che il busto in terra cotta rappresentante Girolamo Savonarola, da loro pagato 10.000 franchi, era opéra mia, si ristrinsero nelle spalle, e si contentarono di pubblicare candidamente su questo fatto una semplice dichiarazione nella Riforma, giornale florentine, senza stare a mette re sossopra il mondo. como o seguito a Parigi pel busto del Benivieni. »
Non dando queste parole un' idea vera ed esatta del modo con cui noi sottoscritti ci regolammo per avère una notizia positiva intorno al busto in questione ; preghiamo Lei a voler inscrire nel prossimo numéro del suo giornale la seguente esposizione dei fattï :
Nel 1864 da un antiquario nominato il Bracino noi acquisturnmo per 10 mila lire il busto del Savonarola che per la robustezza di carattere avea destato le rneraviglie dei migliori artisti , e stava per esserc
come ne venimmo assicurati, venduto e traspovtato all'estero.
Si apprese allora che proveniva da un villino sotto Fiesole délia famiglia Inghirami.
Dopo l'acquisto, come è già noto, fu esposto al pubblico nella sala di Luca Giordano al palazzo Riccardi e non vi fu alcuno Ira quanti dei più valenti artisti di Europa e cono3citori délie opère anttche che lo esaminarono che nol giudicasse per uno dei migliori lavori dei secolo XV.
In appresso si sparsero voci che potesse essere opéra moderna e s'intese pronunciare il nome dei signor Bastianini come l'autore.
Noi volemmo venire in chiaro délia cosa per non prestarci, anche involontariamente, a continuare una frode — e recatici in persona dal signor Bastianini lo richiedemmo s'egli ne fosse propriamente l'autore. Questo sorpreso confessô, e con mille scuse, si raceomandô perché non gli facessimo danno. — Noi rispondemmo soltanto che mentre ci rallegravamo con lui che avea prodotto un Busto di tanto pregio eravamo dolenti che le circostanze lo avessero posto nella nécessita di stare sul falso e di nascondere il proprio nome.
Ci creda sig. Direttore stimatissimo ece.
Giovanni Costa Romano.
Cristiano Banti.
Traduction française de la lotira de Jean Bastianini au docteur Alexandre Forlesi.
« .... Si j'avais été coupable dans la vente du Savonarola, vous comprenez bien, M. le Docteur, que je n'aurais pas avoué si naïvement à MM. Costa et
Banti que j'en étais l'auteur. J'avais vendu le Savonarola 000 francs : était-ce ma faute si M. Capponi le revendait à M. Banti et Costa pour 10,000? Le fait est que je n'ai nullement trempé dans cette seconde vente; et que, dans aucun temps, je ne me suis entendu avec qui que ce soit pour amonceler et partager des gains énormes, auxquels je ne visais pas. J'ai strictement gagné mon pain : voilà tout. Demandez, par exemple, n'importe à quel artiste, môme au plus humble qu'il soit possible de trouver, s'il aurait fait le Benivieni pour moins de 350 francs. On a commandé : j'exécute. — Il n'y a pas longtemps qu'on m'a demandé un buste en terre cuite devant représenter Bianca Cappello.- Pour imprimer à ce buste le caractère de l'époque, j'ai commis une abomination au point de vue de l'art ; mais ce n'était point une abomination que de gagner son pain ; et la Bianca Cappello a été faite. Quant aux prières dont MM. Banti et Costa ont parlé dans leur lettre, en voici le sens. Je suis un homme dont l'existence s'écoule de la manière la plus simple et la plus paisible : en dehors du monde, je n'en ai pas d'autre que la solitude de mon atelier plus que modeste, et ne connais que le calme de mes habitudes laborieuses. Lorsque les susdits messieurs sont venus dans mon atelier, j'ai cru tout d'abord qu'on allait m'intenter un procès; et dans mon innocence, clairement prouvée d'ailleurs par mon aveu, j'ai tâché d'éviter, par mes prières, les ennuis des tribunaux et des avocats; j'ai tâché, surtout, de ne pas me faire voler mon temps, qui est ma seule ressource, mon unique fortune. — D'autre part, je n'avais rien à craindre, et je ne crains rien .
M. Timbal est un collectionneur qui n'a pas de chance, excepté pourtant lorsqu'il se donne des dessins à 12,000 francs la pièce. En effet il nous montre, comme étant du Beato Angelico, un petit tableau qu'il achète à Bologne, et nous rions. — Il nous montre encore un dessin qu'il croit de Baphaël (pas celui qui lui a coûté douze mille francs), et nous rions de nouveau. — Il achète une œuvre enterre cuite en la croyant un, original de Ghiberti, et il est mis dedans. Il enlève de Florence la Giovanna Alhizzi en la croyant du XV. me siècle, et nous avons la certitude, à l'heure qu'il est, que c'est un pastiche de Bastianini. Il paye 4,000 francs un buste en marbre (ancien du reste), parce qu'il le croit le portrait de la Diva Beatrix Aragoniae ; et c'est, au contraire , le portrait d'une teigneuse, traitée par le moyen barbare des calottes goudronnées *. Il achète un bas-relief en marbre ; et, quelques jours après, s'apercevant de la laideur de la pièce, il le rend au marchand qui le lui avait vendu, promettant à ce marchand de le lui faire placer : et à coup sûr le bas-relief en marbre doit être déjà placé.
Tandis que M. Timbal se cogne à de pareilles bornes, il nous rend, à nous, après l'avoir gardée une année entière, la plus parfaite composition en terre cuite d'Andréa del Yerrocchio, et il refuse de nous acheter, pour la somme de six mille francs, les deux
* Que M. Timlial veuille se donner la peine de mieux regarder sa ]>iva Beatrix: il verra que, sous l'écriture actuelle, il y a les restes il une autre écriture plus ancienne.
Petits Guerriers, impayables du reste, qui sont maintenant dans la collection de M. le baron Adolphe de Eothschild.
Cela nous porterait à conclure que M. Timbal aurait besoin d'un tuteur. Qu'il se le donne donc en la personne de M. de Triqueti, le sculpteur des portes de la Madeleine, le connaisseur qui a offert au Louvre (c'est M. de îsolivos qui nous l'a dit hautement) de racheter le Benivieni pour 13.000 francs, lorsque le Louvre en serait dégoûté.
Trois fabriques en Italie reproduisent les faïence.:; imitées des anciennes: la fabrique de M. Minghetti à Bologne, celle du marquis Ginori à Doccia près de Florence, et enfin celle d'un pharmacien h Gubbio. M. Minghetti, il y a quelques années, mit dans les mains dos antiquaires différents spccimcns, qui. portés en France et en Angleterre, ont procuré des profits immenses a ceux qui les faisaient passer pour anciennes faïences. Mais à présent les produits de M. Minghetti sont faits si pitoyablement, que pas même un franc badaud ne pourrait être pris au piège. Le pharmacien de Gubbio a donné de bonnes pièces, mais il a abandonné sa fabrication à cause des dépenses, qui s'élevaient fort au dessus ^\v< bénéfices.
La fabrique de Doccia près de Florence a eu deux périodes pour la production des faïences imitées de l'ancien. La période sous la direction de M. Kreppa. et la période actuelle sous la direction de M. i'. Lorenzini. M. Freppa ne faisait que copier exactement Ie> faïences anciennes et les plus belles qu'il pouvait se
procurer. Excepté dans la force des reflets métalliques, pour tout le reste M. Freppa a produit supérieurement à l'état présent; et les spécimens qu'il envoya à l'exposition universelle de 1855, lui valurent un article plein d'éloges, de George Sand. Il est certain d'ailleurs, comme lui-même l'avoue, que dans cette supériorité, une grande part était à M. Giusto Giusti, chimiste, et au peintre François Giusti, morts tous les deux dans la force de l'âge.
Actuellement la fabrique du marquis Ginori, produit de belles faïences, ayant ce cachet qui les rapproche certainement des anciennes plus que tant d'autres que l'on fabrique en Italie, en France et en Angleterre ; mais elles ne nous satisfont pas touta-fait pour les raisons suivantes : 1.° La superficie ou le plan n'est pas bien uni à cause peut-être de la cuisson qui n'est pas donnée graduellement. 2.° L'émail est trop luisant, ou plutôt, dirions-nous, impertinent, s'il nous était permis d'employer ce mot. 3.° La couleur du fond est, dans le genre arabesque d'Urbino, d'un jaunâtre sale, au lieu d'être d'un blanc laiteux. 4.° Les arabesques sont trop rares sur les gourdes et sur les vases, et trop touffues sur les plats ; et ces mêmes arabesques ne sont pas assez fines et délicates. 5.° Le style, dans certaines pièces, appartient à deux époques différentes : ainsi nous avons vu sur un plat le portrait du roi Victor Emmanuel , personnage vivant , entouré d'une bordure du XVI.mo siècle. 6.° Nous aimerions à voir, dans les vases que la fabrique de M. le marquis Ginori produit, un peu plus de rapport entre le ventre, le piédouche et les anses.
Si M. le marquis Ginori et M. P. Lorenzini, veulent accueillir sans dédain les observations que nous nous permettons de l'aire sur les faïences de Doccia , ils
pourront perfectionner tellement ce genre d'industrie qu'ils n'auront à craindre aucune rivalité.
M. Mannehim père jugea notre Paix pour une œuvre ancienne, en s'appuyant surtout sur ce point: que l'émail rouge ancien n'a jamais pu être imité ni par les faussaires, ni par les émailleurs modernes.
Pour mieux rassurer M. le baron Adolphe de Rothschild, nous publions les attestations qui suivent :
Firenze li 14 di Febbraio 1868
Io sottoscritto dichiaro per la verita che la Madonna in bassorilievo, in marmo, col putto dritto sulle ginocchia e due Angioli sovrastanti, che nel 18(33 vendei al signor Otley, fu da me sottoscritto tolta da una nicchia esistente nella Cucina del Castello di Rignalla acquistato nel 1825 dal mio Avo Luigi Piccioli, e che questo magnifico oggetto d'arte esistcva in detto luogo fino da quando il Castello era ancora di propriété dei Conti Spinelli.
Dichiaro ancora che questo stesso Bassorilievo fu dal Signor Dottor Alessandro Foresi comprato dal Signor Otley duc anni or sono, e quindi dal Signor Foresi venduto al Signor Rarone A. do Rothschild.
l.l Hil Ai.hkkti.
Rignalla 18 Febbraio 18(58
Io pure atteste che la summentovata Madonna, p quella stessa che io ho sempre veduta uel Castellu dei Sigg- Alberti posto nella mia Cura di S. Maria a Kignalla, e che fu tolta, me présente, qualche anno fa dal Sig. Luigi Alberti che la porto a Firenze.
Io P. Giusgppe Frullini Priore.