Que M. Freppa vendit le dit buste (non pas et
nullement comme ancien) pour sept cents francs à M. de Nolivos ; et que ce dernier, d'après ce qui m'a été rapporté, s'engagea à remettre en outre au vendeur une part équitable sur le bénéfice qu'il en aurait obtenu en le revendant; part qui fut fixée à la somme de mille francs, après que le buste eût été adjugé aux encbères de l'hôtel Drouot, à M. le comte de Nieuwerkerke, qui le paya 13,600 francs.
4. Que I'intrigue florentine, dont parle l'auteur anonyme de l'article du Nord, n'est qu'une intrigue française résultant de faits bien vérifiés et dont les preuves incontestables seront publiées sous peu, par M. le Docteur Alexandre Foresi , qui a recueilli et possède tous les documents relatifs à cette singulière question, de laquelle le journal florentin le Droit a déjà fait mention dans son numéro du 19 décembre 1867.
Par cette déclaration j'ai voulu sauvegarder mon honneur et ma réputation d'artiste, et en même temps faire reconnaître que, si dans cette question il y a défaut de loyauté et d'honnêteté, on ne doit pas le chercher à Florence, mais à Paris.
Florence 10 janvier 1868.
Signé Giovanni Bastianini Sculpteur.
Lettre de Giovanni Bastianini, sculpteur, à M. le docteur Alexandre Foresi.
Monsieur ,
Je vous remercie infiniment d'avoir bien voulu m'informer. jour par jour, de tout ce qui a eu lieu
en France au sujet du buste en terre cuite de Jérôme Benivieni, que j'ai fait en 1864. Vous me demandez ce que je pense du parti extrême auquel M. le comte de Nieuwerkerke a eu recours , par l'entremise do plusieurs journaux français. Je vous réponds franchement, que c'est un parti en effet désespéré. La Gazette des Beaux-Arts qui a plus d'autorité et de poids, en pareille matière, que plusieurs autres journaux, non seulement par l'objet de son institution, mais encore pour avoir autrefois retracté le jugement erroné par lequel elle avait attribué mon œuvre à un sculpteur duXV.me siècle, déserte le camp tout d'un coup, j'ignore dans quel but, et adopte la proposition prétendue de M. de IS'ieuwerkerke, quoique jusqu'à ce jour rien n'assure qu'elle soit réellement de lui. Voici les termes de la Gazette des Beaux-Arts. « L'affaire » du Benivieni n'est point finie, et pour l'amener h » solution M. le comte de Meuwerkerke a pris le » moyen le meilleur et le plus digne. Loin d'agir » comme le cardinal San Giorgio qui. s'attachant » plus au nom de l'ouvrier qu'à l'œuvre elle-même. » renvoya à Michel-Ange son Cupidon qu'un mar- » chand lui avait vendu comme antique, M. le su- •> rintendant a fait offrir à M. Bastianini 15,000 fr. » pour faire le pendant du Benivieni. Jusqu'il l'issue » de cette lutte, le buste restera au Louvre dans une » des salles de la Renaissance. »
D'après ce passage, il est de mon droit de démentir formellement l'assertion de la Gazette des Beaux- Arts : et je déclare qu'il ne m'a été fait aucune proposition de ce genre, ni directement, ni par l'entremise de qui que ce soit , de la part de M. de Nieuwerkerke.
Je croyais que la déclaration que je venais de publier dans le journal le Diritto , et dans laquelle
j'affirmais que le buste du Benivieni était de moi, aurait suffi pour écarter toute espèce de doute, et pour applanir toutes les différences d'opinions; mais, malheureusement, je m'aperçois au contraire que la lutte s'envenime plus que jamais.
Si en réalité M. le comte de Nieuwerkerke est l'auteur de la proposition qu'on lui attribue (et que jusqu'à présent il n'a pas démentie) , comment se fait-il, qu'après la déclaration que j'ai publiée, il ose s'arroger le droit de l'infirmer , me contestant mon droit d'auteur, et en même temps jetant des doutes sur ma droiture et ma loyauté ? Peutêtre que se trouvant au pied du mur, il prétextera de n'avoir eu aucune connaissance de ma déclaration (laquelle, par parenthèse, certains directeurs de journaux parisiens n'ont pas cru devoir publier) mais en admettant que par ce faux-fuyant il prétende pouvoir s'excuser, qu'il veuille bien, pour s'éclairer, s'adresser à son cher ami M. Emile de Girardin, à qui je sais avec certitude qu'elle fut envoyée immédiatement par son correspondant de Florence. M. le comte de Nieuwerkerke aurait agi avec plus de sagacité, s'il avait pris le parti adopté par les deux artistes MM. Banti et Costa; lesquels, lorsqu'ils apprirent de moi-même que le buste en terre cuite représentant Jérôme Savonarola, payé par eux 10,000 francs, était mon ouvrage, firent à mauvais jeu bonne mine, et se bornèrent à publier ingénument sur ce fait une franche et loyale déclaration dans le journal florentin la informa, sans faire tant d'esclandre, à l'instar des journaux parisiens au sujet du buste du Benivieni. On prétend que la mystification qui a eu lieu en France a blessé mortellement l'orgueuil Français; mais cet orgueuil, dans la question actuelle, n'est point légitime : car, lorsque les juges les plus com-
pétents de l'Europe, en matière d'art, ont pu se tromper pour le buste du Savonarola, comme pour celui du Benivieni, messieurs les Français n'auraient pas dû prétendre entrer de moitié dans l'infaillibilité du Pape. D'ailleurs si tout le monde s'est trompé, personne n'a tort ; et si quelqu'un a raison, c'est bien moi. Or, pour en revenir à la célèbre proposition, il serait peu honorable pour moi , après . ma déclaration publiée dans le Diritto, de l'accepter les yeux fermés ; d'autant plus que la susdite proposition, bien loin d'avoir été faite d'une manière sérieuse, me semble une véritable plaisanterie : néanmoins , en ma qualité d'homme alla buona, et ne voulant pas trop subtiliser, je répondrai sérieusement à M. le comte de Nieuwerkerke :
« M. le Comte, vous qui êtes décoré Grand Croix, » Membre de l'Institut, Directeur général, Intendant » des Beaux-Arts de la maison de l'Empereur, et » Sénateur, vous me proposez, a moi pauvre et ob- » scur artiste, 15,000 francs pour vous faire un buste, » d'un mérite égal à celui que j'ai fait , portant le » nom de Jérôme Benivieni, et placé par vous au » Louvre. Il me serait bien facile d'éviter votre défl » en prenant le parti de vous engager à venir ici » pour voir le portrait que j'ai modelé tout réeem- » ment du défunt octogénaire M. le comte François » Olivier Jenison-Walvorth, ex-ministre de Bavière » dans plusieurs Cours étrangères ; mais comme la » fatigue du voyage, vos importantes fonctions, et » plus encore votre fierté ne vous permettraient de » vous rendre à mon invitation, et encore moins de i> renoncer à votre singulière proposition, arrangeons- » nous à l'amiable. Il est évident que c'était k vous, » M. le Comte, de produire des preuves incontesta- » blés de ma prétendue imposture, et de désigner la
» provenance du buste de Benivieni, en assurant le » public que ce n'est point dans mon atelier qu'il a » vu le jour pour la première fois ; mais qu'il pro- » vient d'un couvent, d'une église, d'un cbateau, ou » d'une maison de noble florentin. Mais un homme » tel que vous ne daignera pas s'arrêter a de pa- » reilles billevesées; ainsi donc, voulant vous imiter, » j'en viendrai à la même conclusion. Déposez vos » 15,000 francs dans des mains sûres ; nommons d'un » commun accord un jury, qui ne soit pas composé » exclusivement de membres Français, et je m'en- » gage à faire pour 3,000 francs un buste qui soit » d'un mérite égal à celui du Benivieni. Quant aux y> 12,000 francs restants, je m'engage encore, pour » vous obliger, vous M. le Comte qui êtes en France » une des colonnes du second Empire, de vous mo- » deler, en manière de décoration, les portraits des