Tournai archéologique en 1895
Cette notice descriptive des monuments et des antiquités de Tournai n'a pas la prétention de remplacer les ouvrages nombreux qui ont été écrits sur cette ville, et en particulier le Tournai ancihn et moderne de F.-J. Bozière, le Tournai et Tournaisis de L. Cloquet et le Tournai Guide illustré de C. Bonrla.
Ces savants traités devront toujours être consultés par ceux qui voudront se faire une idée exacte de l'antique cité romaine, capitale des Francs au 5'" siècle, siège d'un évêché illustre, sorte de ville libre, riche et puissante, au moyen âge, fameuse en tout temps dans l'histoire.
Notre opuscule ne fait que résumer ces ouvrages ainsi que les nombreux travaux qui ont été publiés sur l'histoire et l'archéologie, les arts et les industries de la Cité tournaisienne; il les complète toutefois par les découvertes récentes dues aux travaux des membres de la Société historique et littéraire, et il y ajoute certains détails omis par les auteurs anciens, trop chargés d'une riche moisson pour ramasser de modestes glanes.
Il n'a pas la prétention de tracer un tableau des
arts à Tournai dans les temps passés, mais veut être une sorte d'inslantané, donnant la physionomie exacte de la ville, dans ce qu'elle conserve d'ancien, à l'époque actuelle, et pouvant, comme tel, servir de point de repère dans l'histoire de sa transformation et de celle de ses monuments.
C'est pourquoi l'ordre de cette description sera strictement topographique : elle procède par quartiers (ou paroisses), et dans chaque quartier, par rue.
Une seule exception est faite pour la cathédrale qui fait l'objet d'un § distinct. Exception d'ailleurs justifiée par l'importance toute particulière du monument.
Ce guide sera purement descriptif et si tel monument ou telle œuvre donne lieu à des controverses il se bornera à les indiquer, laissant aux érudits le soin de les trancher; il signalera tous les monuments, les oeuvres d'art et les objets anciens même les plus modestes qu'on voit actuellement à Tournai et ne s'arrêtera guère à décrire ce qui a été autrefois ou ce qui devrait être. Il ne s'arrêtera pas non plus aux œuvres de ce siècle, qui n'appartiennent pas encore au domaine de l'archéologie.
Tournai est un centre habité depuis les temps les plus reculés, à preuve les armes en silex taillé et poli qui ont été trouvées dans le quartier Saint-Brice, rue Childéric, en 1887. Ce fut une cité romaine, honneur qu'elle partage avec Tongres seul en Belgique, et le chef-lieu de la province romaine de la Ménapie (la Flandre actuelle).
Dès le 3^ siècle l'évangile y fut prêché et au 5" siècle elle eut un évéque.
Au milieu du 5'^ siècle, Chlodion, roi des Francs, l'enleva aux Romains. Mérovée, Childéric et Clovis y régnèrent successivement.
En 501 , saint Eleuthère, invoqué aujourd'hui comme patron du diocèse, fut élu évêque de Tournai.
Jusqu'en 802, cette ville demeura à la France ; puis, elle fut réclamée successivement par la Flandre et par le Hainaut jusqu'en 1187, époque où elle fit retour à la France, sous Philippe-Auguste.
Pendant tout cet intervalle de temps le véritable souverain de la cité avait été l'évêque. Celui-ci administrait à la fois le diocèse de Tournai et celui de Noyon qui avaient été réunis après la mort de saint Eleuthère. Ils furent de nouveau séparés en 1140.
Depuis 1187 jusqu'en 1513, Tournai appartint à la France, avec cette condition assez particulière qu'elle était souvent traitée en ville neutre ou libre.
De 151."> à 1518, Henri VIII d'Angleterre y régna et transforma une paroisse (Saint-Nicolas, dit le Château) en citadelle.
François I"' conquit la ville en 1518 et la céda en 1521 à Charles-Quint. Philippe II, Albert et Isabelle, Philippe IV, Charles II de la maison d'Espagne y régnèrent ensuite.
En 10()7, Louis Xl\' la reprit; il construisit la citadelle et créa le parlement de Tournai.
En 170'J, après un siège pénible, les ahiés s'en emparèrent sous l'empereur Charles VI de la mai-
son d'Autriche. A ce dernier succéda Marie-Thérèse.
Après la bataille de Fontenoy, en 1745, Louis XV reconquit la vieille cité française, mais il dut l'abandonner en 1748. Marie-Thérèse et Joseph II y régnèrent; le mouvement imprimé par la révolution brabançonne de 1789 y fut suivi, et la fin du IS*" siècle vit successivement l'occupation française, la restauration autrichienne et finalement la conquête française jusqu'en 1815. A cette époque et jusqu'en 1830, Tournai comme les autres villes des provinces méridionales des Pays-Bas appartint à la Hollande ; la révolution belge y fut acclamée dès l'origine, et dès ce moment aussi la ville appartint au nouveau royaume de Belgique.
Tournai eut en tout temps une importance politique considérable; elle donna le jour à une foule d'hommes célèbres ; elle fut le siège d'un évêché important et qu'illustrèrent des prélats fameux, le chef-lieu d'une province, petite mais renommée, le Tournaisis ; la résidence d'un parlement. Son école d'art et ses industries artistiques furent florissantes dès l'époque romane, et à travers toutes les périodes de son histoire l'architecture y fut en grand honneur, car, au dire de Catulle, les tournaisiens eurent toujours des dispositions particulières pour cet art, le premier et le plus noble de tous!
Quatre époques semblent avoir laissé leur empreinte particulière dans l'histoire archéologique de la ville.
L'époque romaine représentée par ses nombreux cimetières — la période romane des IT' et 12'' siècles, à laquelle appartiennent la cathédrale, les églises de Saint-Quentin, Saint-Piat, Saint-Brice, (Saint-Pierrej,
les maisons romanes de la rue Barre Saint-Brice; de nombreuses cryptes et la seconde enceinte fortifiée — la période gothique qui fut féconde en monuments religieux civils et militaires de haute valeur, qui vit briller les arts et les grandes industries artistiques ; — le 17' siècle enfin, où la cité fut riche par le commerce; où les ordres religieux en se multipliant donnèrent naissance à de nombreuses constructions; où la ville se transforma et se modernisa d'une manière complète, sous les archiducs Albert et Isabelle d'abord, et plus encore après la conquête française de 1(307.