Le Sénécal. Le meurtre du baron d'Aché, loc. cit
técoiilant était, ce soir-là, au théâtre et, peut-être, espéfait-elle que celui-là, du moins, allait se déclarer son champion. Mais quand elle comprit que, dans cette foule oij elle reconnaissàitpeut-être des hommes qui l'avaient aimée, nul ne prendrait sa défense, elle se leva soudain et sortit de la loge, tandis que les plus exaltés se bousculaient vers les couloirs pour la huer au passage. Elle s'esquiva enfin et rentra rue Guilbert ; le lendemain elle quittait Caen pour n'y jamais reparaître.
Moins coupable certainement, et plainte maintenant par tous ceux auxquels la mort de d'Aché avait remis en mémoire l'affaire du Quesnay, jyjme Acq^^et vivait alors à la Conciergerie de Rouen ses dernières journées. Après la demande de sursis pour cause de grossesse, après « une visite de de deux médecins qui avaient déclaré ne pouvoir se prononcer», Ducolombier mit tout en œuvre pour obtenir de l'empereur la grâce de la condamnée ^
Dès l'arrêt rendu, Timoléon accourut à Paris, en quête des moyens d'approcher Sa Majesté; M"" de Saint-Léonard, sa parente, femme du maire de
1. Du Colombier, avb,;?t le verdict du 30 décembre, était allé à Paris — le 24 décembre — afin de solliciter un sursis en faveur de M""» Acquêt dont, paraît-il, la condamnation était prévue. On retrouve la trace de ses démarches dans les comptes de M™" de Combray: « 24 décembre 1808. Voya^^e de Du Colombier de Rouen à Paris pour obtenir un sursis à l'exécution du jufjement de M""' Acquêt, 698 francs. — Le 30 décembre, à Du Colombier, 600 francs. — Pour dépenses laites par Du Colombier pendant les dix-huit à vingt jours qui ont suivi l'arrêt, 240 francs, etc. » Archives de la famille de Saint-Victor.
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Falaise, venait l'y rejoindre et faisait agir ses relations dans le monde officiel. Mais l'empereur vivait à cette époque dans une agitation perpétuelle; on apprenait qu'il était à Bayonne ou à Berlin lorsqu'on le savait, de la veille à peine, rentré aux Tuileries; Laeken, Mayence, Cassel lui étaient des séjours aussi familiers que Saint-Gloud ou Fontainebleau, et son esprit était bien plus insaisissable encore : parvînt-on à obtenir une audience de quelques secondes, quel espoir de fixer son attention sur un objet aussi insignifiant que la vie d'une femme? Chauveau-Lagarde conseilla l'intervention des enfants de M"^ Acquêt : ces trois fillettes, toujours nonchalantes et souffreteuses, n'étaient point sorties, depuis vingt mois, de la pension de M""' Du Saussay : l'aînée avait, à cette époque, un peu plus de douze ans, la plus jeune n'en avait pas huit. On leur acheta en hâte des vêtements de deuiU et on les expédia, le 24 janvier, pour Paris, sous la conduite d'une dame de compagnie, nommée M"* Bodinot. Chaque jour c'était, à travers les rues de la ville, une course à la poursuite de la voiture de l'empereur qui visitait les manufactures. Timoléon de Combray, M"^ de Saint-Léonard ou M^'* de Séran conduisaient à tour de rôle les enfants ; on alla à la Malmaison, à Versailles, à Meudon; enfin, le 2 mars, un jour que les fillettes étaient allées à Sèvres, l'une d'elles réussit à se faufiler jusqu'à la
i. « 23 janvier 1809. Payé à M™" Jovent, marchande et couturière en robes pour l'habillement des trois enfants depuis la tête jusqu'aux pieds pour se présenter devant S. M. l'Empcieur, 330 francs. » Archives de la famille de Saint- Victor.
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portière de la voiture impériale et à remettre la pétition aux mains de quelque officier d'ordonnap^'.e^: sans doute ne parvint-elle pas jusqu'à J 'empereur, car cette uénfiarche qui avait coûté tant de peine et tant d'argent resta sans effet.
On retrouve dans les papiers de M""* de Gombray plus de dix brouillons de suppliques adressées aux frères de l'empereur, à l'impératrice Joséphine, à des princes étrangers même... Mais chacun d'eux avait tant de choses à demander pour soi ! Tous craignaient si fort d'importuner le maître! Celui-ci, d'ailleurs, avait disparu de Paris à l'improviste ; il était maintenant en Allemagne, bousculant l'armée de l'archiduc Charles et faisant sa trouée sur Vienne; la pauvre M"' Acquêt devait tenir bien peu de place dans sa vaste pensée, en dépit des illusions de ceux qui s'intéressaient à la condamnée ; avaitil jamais seulement entendu prononcer son nom?
En avril, les petites Acquêt étaient rentrées à Rouen chez M""" Du Saussay ; « Je ne suis pas étonnée, écrivait cette dame à Timoléon, que les enfants ne vous aient pas satisfait; jusqu'alors il n'y avait que la crainte qui les retînt, et, pendant leur voyage à Paris, les circonstances ne leur valaient que des caresses et des bontés dont elles se sont trop prévalues... Nous ferons tout, ajoutait-elle, s'il arrivait un dernier malheur à M™^ Acquêt, pour que
1. « 2 mars 1809. Voiture pour Sèvres ou ks demoiselies Acquêt présentent leur pétition à l'Empereur, 27 francs. » Archives de la l'amille de Saint-Victor.
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les enfants Tignorent; ce qui serait à souhaiter aussi pour madame votre mère'. »
Ainsi on semblait, dans l'entourage de la condamnée, avoir perdu tout espoir d'obtenir sa grâce : il est certain, cependant, qu'il eût été bien facile de l'oublier en prison. Qui donc pouvait trouver intérêt à la mort de cette malheureuse? Ni Fouché, ni Real, ni le préfet, ni Licquet lui-même qui, dès le verdict rendu, paraissait avoir perdu toute animosité contre ses victimes. Le procureur impérial Ghapais-Marivaux s'obstinait seul à exiger la complète exécution de l'arrêt ; deux fois déjà il avait provoqué, au sujet de M™* Acquêt, une consultation médicale : les spécialistes n'avaient pas pu ou n'avaient pas voulu se prononcer et ce nouveau sursis rendit quelque espoir à M""" de Gombray. Du fond de son cachot de Bicêtre elle n'avait cessé de présider aux démarches tentées en faveur de sa fille ; elle n'abdiquait rien, en effet, de ses prétentions et quoique interdite, prisonnière, déchue de ses droits, elle entendait conserver la haute main sur tous les siens.
Gomme on venait d'apprendre que l'empereur était entré à Vienne en vainqueur, la marquise s'avisa que le moment serait bien choisi pour implorer de nouveau la pitié du conquérant. Le 1" juin elle manda son fils Timoléon, installé depuis peuàTournebut^; elle avait décidé d'envoyer en Auiriche les deux aînées de ses petites-filles,
1. Lettre du 4 mai 1809. Archives de la famille de Saint- Victor.