‹ Tournebut, 1804-1809; d'après des documents inéditsChapitre 107 sur 125 · Archives de la famille de Saint-Victor · texte numérisé non relu

Archives de la famille de Saint-Victor

SOUS la conduite de leur tante, M"^ d'Houël, et du fidèle Ducolombier qui s'offrait à entreprendre ce long voyage. Tandis qu'on vaquait aux préparatifs du départ, Chauveau-Lagarde consentit à rédiger une supplique que les enfants devaient remettre à Napoléon; elles quittèrent Rouen vers le lOjuillet' et parvinrent à Vienne dans la quinzaine qui suivit la bataille de Wagram. Ducolombier chercha aussitôt le moyen de rencontrer l'empereur : pressé par la marquise qui n'admettait pas qu'on discutât les idées qu'elles croyaient bonnes, il s'était mis en route sans recommandation, sans lettre d'introduction, sans promesse d'audience, et ne devait attendre que du hasard la possibilité de joindre un instant Napoléon. Il alla s'établir, avec M""" d'Houël et les enfants, à Schœnbrïinn où se trouvait le quartier général impérial, et il obtint, à force de sollicitations, de pénétrer, avec les suppliantes, dans la cour du château.

L'empereur était absent : il avait voulu revoir le champ de bataille oii il venait de remporter une si éclatante victoire et dont il faisait lever le plan par le colonel Lejeune. Pendant toute la journée, Ducolombier et ses compagnes attendirent debout sur le perron du château le retour du souverain ; pendant toute la journée on vit, en haut des marches, ces silhouettes immobiles couvertes de crêpe^. Vers le soir, la grille s'ouvrit, la garde prit les armes,

1. On a d'elles une lettre adressée à M""" de Combray et datée de Rouen, 8 juillet.

2. Cadet de Gassicourt. Voyage en Aub-iche,en Moravie et en Bavière, p. 269.

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les tambours roulèrent aux champs et, dans l'immense cour, précédé de ses guides et de son mameluk, apparut, à cheval, l'empereur, derrière lequel ondulaient les aigrettes et les panaches d'un nombreux état-major. Quand elles virent s'avancer ce maître du monde auquel elles allaient demander la vie de leur mère, le cœur des pauvres petites Acquêt dut battre bien fort; en un instant l'empereur fut sur elles; Ducolombier les poussa; elles se jetèrent à genoux...

Napoléon, apercevant ces femmes en deuil, crut se trouver en présence de la veuve et des orphelines de quelque officier tué au cours de la campagne. Il releva les enfants avec bonté.

— Sire! Rendez-nous notre mère! répétaientelles en sanglotant 1

L'empereur s'étonne, prend des mains de M"^ d'Houël la pétition qu'il lit entièrement. Il y eut quelques secondes d'un silence plein d'angoisse : il releva les yeux, regarda les fillettes, posa à Ducolombier quelques brèves questions, puis, tout à coup, poursuivant son chemin :

— Je ne peux pas, dit-il sèchement.

Et il disparut dans le vestibule parmi des groupes humblement courbés. Quelqu'un qui fut témoin de la scène raconte qu'au moment oii l'empereur lut la supplique, il parut très ému : « Son visage changea deux fois de couleur, des larmes roulaient dans ses yeux et sa voix était altérée. » Le duc de Rovigo assurait que « la grâce allait être accordée » ; le

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