‹ Tournebut, 1804-1809; d'après des documents inéditsChapitre 11 sur 125 · PRÉFACE XXXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXXI

M""* d'Abrantès, avec sa véracité ordinaire, décrit le mobilier luxueux, et les grosses lampes des « labyrinthes de Tournebut, dont il fallait pour ainsi dire la carte, afm de ne pas s'y égarer » . Elle nous montre Le Chevalier, crucifix en main, haranguant les assaillants du bois du Quesnai, encore qu'il fût à Paris ce jour-là, pour se créer un alibi..., et ajoute sérieusement : « Je connais une personne qui était dans la diligence et qui, seule, a survécu, les sept autres voyageurs ayant été massacrés et leurs cadavres abandonnés sur la route ! »

Or il n'y a eu ni diligence, ni voyageurs , et personne n'a été tué!...

Plus étranges sont les erreurs de M. de la Sicotière! — Au moment où il préparait son grand travail sxjly Frotté elles Insurrections normandes^ ayant su par M. Gustave Bord que j'avais quelques renseignements particuliers sur M""^ de Combray, il m'écrivit pour en prendre connaissance. Je lui adressai un résumé du récit de Moisson, en l'invitant à en vérifier l'exactitude! — Et c'est là qu'il se fourvoya de la bonne façon.

M""* de Combray, outre son habitation à Rouen, avait deux résidences : l'une, à Aubevoye, où elle séjournait depuis longtempii ; 1 autre à trentelieues

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de là, à Donnay, dans le département de l'Orne, où elle ne paraissait plus, depuis que son gendre y était installé.

Deux tours portent le même nom de Tournebut, l'une, à Aubevoye, c'est la nôtre ; l'autre, à quelque distance de Donnay, celle-ci n'appartenant pas à M""^ de Combray.

Persuadé, sur le seul dire de MM. Le Prévost et Bourdon, qu'en 1804, le château d'Aubevoye et sa tour n'existaient plus et que M™^ de Combray habitait Donnay à cette date,... M. de la Sirotière prit naturellement un Tournebut pour l'autre, ne comprit pas un traître mot du récit de Moisson, le traita de chimère et, dans son livre, me donna acte de mes renseignements, par cette petite note dédaigneuse.

«Une confusion s'est faite, dans beaucoup d'esprits, entre les deux Tournebut, si différents pourtant et si distants l'un de l'autre et a donné naissance aux légendes les plus romanesques et les plus étranges : retraites inaccessibles, ménagées à des proscrits ou à des bandits dans les combles de la vieille tour, apparitions nocturnes, victimes innocentes payant de leur vie le malheur d'avoir surpris les secrets de ces terribles hôtes... »

Il est plaisant de voir M. de la Sicotière si-

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gnaler la confusion qu'il est seul à commettre. Mais il y a mieux ! — Voici un écrivain qui nous offre en deux gros volumes l'histoire de la chouannerie normande. Il n'est question, dans son livre, que de déguisements, faux noms, faux papiers, guets-apens, enlèvements, attaques de diligences, souterrains, prisons, évasions, enfants espions et femmes capitaines !... Il constate luimême que l'affaire du bois du Quesnai est tragique, étrange et mystérieuse!... » Et tout aussitôt il conteste, comme étraiige ei romanesque., la plus simple de toutes ces aventures : — celle de Moisson! — Il raille ses cachettes dans les combles de la vieille tour. Et c'est précisément dans les combles du château que la police découvrit le fameux refuge, où une quarantaine d'hommes pouvaient tenir à l'aise. Il déclare légendaires les retraites ménagées aux proscrits et aux bandits, et cela au moment même où il vient de consacrer deux pages à l'énumération de tous les trous, puits, caveaux, toutes les tanières, grottes, cavernes, etc., où ces mêmes bandits et proscrits avaient des retraites assurées !

En sorte que M. de la Sicotière a l'air de se moquer de lui-même !

Je me reprocherais de ne pas citer, à titre de curiosité, la biographie de M""' et M"^ de Com-

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bray, réunies en une seule et même personne dans \q Dictionnaire histoy-ique [\\\) de Larousse. — C'est un morceau unique en son genre. Noms, lieux et faits, tout est faux!

Et le comble, c'est qu'à l'appui de ces rêveries on nous cite les fragments de prétendus mémoires que Félicie (1) de Combray aurait écrits sous la Restauration..., oubliant qu'elle avait été guillotinée sous l'Empire !

Avec M. Ernest Daudet, nous rentrons dans l'histoire. Personne, avant lui, n'avait étudié sérieusement le crime du Quesnai. Il en a donné dans lejournal le Temps, il y a quelques années, un récit fort exact, auquel on ne saurait reprocher d'être simplement ce qu'il voulait être un résumé fidèle et rapide. M. Daudet n'a eu, d'ailleurs, à sa disposition, que les dossiers 8170, 8171, 8172 de lasérieF'^ des Archives nationales, et les rapports adressés à Real par Savoye-Rollin et Licquet, ce policier si ingénieux que le Corentin de Balzac, auprès de lui, a l'air d'un écolier ! — Par suite, le drame de famille échappe à M. Daudet, qui, du reste, n'avait pas à s'en préoccuper. On ne saurait tirer un meilleur parti qu'il n'a fait des documents à sa portée.

Lenôtre a poussé plus loin ses recherches. Il ne s'est pas borné à étudier, pièce par pièce, le ,

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