PRÉFACE XXXV
volumineux dossier du procès de 1808, qui remplit toute une armoire ; de comparer, d'opposer les témoignages Tun à l'autre; de contrôler les rapports, les enquêtes; de démêler les noms réels sous les faux, les vérités sous les mensonges; en un mot, d'instruire l'afîaire à nouveau : travail formidable, dont il ne donne ici que la substance. Servi par ce merveilleux instinct et cette obstination de chercheur, qui triomphent de tous les obstacles, il a su obtenir communication de papiers de famille, dont quelques-uns dormaient dans de vieilles malles, reléguées au fond d'un grenier, et, dans ces paperasses, découvrir de précieux documents, qui éclairent les dessous de cette affaire du Quesnai,oii la folle passion d'une pauvre femme joue le plus grand rôle.
Et que Ton ne s'attende pas à lire ici un roman.— Ceci est une étude historique^ dans toute la rigueur du terme. Lenôtre n'avance pas un fait dont il ne puisse fournir la preuve. Il ne hasarde pas une hypothèse, sans la donner comme telle, et dans le moindre détail il s'interdit toute fantaisie. S'il décrit une toilette de M"^ Acquêt, c'est qu'elle est signalée dans quelque interrogatoire. Je l'ai vu scrupuleux, sur ce point, jusqu'à supprimer tout le pittoresque qui pouvait
XXXVI TOURNEBDT
être mis sur le compte de son imagination. Il n'est pas de cause célèbre^ où la Justice, dans l'exposé des faits, se soit piquée de plus d'exactitude. — Bref, on retrouvera ici toutes les qualités qui ont fait le succès de sa Conspiration de la Rouerie : début chevaleresque de cette chouannerie qu'il nous montre, sur son déclin, réduite à arrêter les diligences!
Pour moi, si je ne me suis trop attardé à cette vieille tour, c'est qu'elle lui a conseillé ce livre : — et l'on doit bien quelque reconnaissance à ces muets témoins du passé, dont ils nous gardent le souvenir.
VinroRiEN Sardou.