ÉPILOGUE
ment, de subvenir aux frais de leur éducation; les Gonibray, par fierté, refusèrent; ce dont Acquêt, naturellement, les blâma: « Ils croient leurs nièces déshonorées pour accepter un bienfait ! » écrivait-il.
M'"^ de Gombray eût cédé peut-être si quelqu'un ne lui eût fait comprendre que ses petites-filles étaient le seul enjeu qui lui restât. Depuis la mort de M"* Acquêt, en effet, on n'avait cessé de faire des démarches pour obtenir la grâce de la vieille marquise : Ducolombier était allé à Navarre supplier l'impératrice Joséphine dont le crédit n'était plus grand; on le comprit après la notification officielle du divorce impérial, et, dès que le grand événement fut connu, les Combray, renonçant à leur parenté, fort lointaine décidément avec les Tascher de la Pagerie, escomptèrent aussitôt la clémence toute neuve de la future impératrice, quelle qu'elle dût être. Quand on fut certain qu'une archiduchesse allait succéder, sur le trône de France, à la veuve du général Beauharnais, Ducolombier partit pour Vienne dans l'espoir de devancer tous ceux — en nombre incalculable — qui allaient se poser en solliciteurs. Il ne semble pas qu'il poussât plus loin que Garlsruhe, et son voyage resta sans effet; mais bientôt, on apprit que le couple impérial entreprenait dans le nord de la France un voyage triomphal qui devait se terminer au Havre et à Fiouen, et c'est alors qu'on résolut de faire, encore une fois, intervenir les petites Acquêt.
Le 30 mai, à 3 heures de l'après-midi, l'empereur
et l'impératrice arrivaient à Rouen. Ils furent logés à riiùtel de la préfecture. Ducolombier, ce jourlà, précédant les trois fillettes que conduisait M"^ Querey, essaya dt leur frayer un passage dans les rues avoisinant la résidence impériale; mais il ne put pénétrer dans l'hôtel et dut se contenter de faire remettre au roi de Westphalie la pétition qu'avait rédigée Chauveau-Lagarde. 11 espérait pouvoir placer, le lendemain, les enfants sur le passage du carrosse de l'empereur, qui devait visiter les filatures; mais, dès qu'il fut dans la rue avec les orphelines, il apprit que Napoléon avait fait à trois heures et demie du matin sa tournée dans les fabriques et que le départ était fixé àdixheures. Un ami de Licquet, Branzon, régisseur des octrois, procura aux petites Acquêt une carte du préfet au vu de laquelle on leur permit de séjourner à la porte de l'hôtel; il faut citer textuellement la lettre qu'écrivait le jour même Ducolombier à Bonnœil et à la marquise pour leur rendre compte de la façon dont les choses s'étaient passées :
On a laissé les trois petites et M"« Querey à la pgrte de la préfecture, et notez qu'on n'y laissait personne. Aussitôt que la voiture de Leurs, Majestés est sortie, la petite Caroline a commencé à crier à S. M. l'impératrice; alors l'empereur a baissé la glace de la voiture pour prendre la pétition et a passé à l'impératrice celle qui était faite pour elle. Et l'impératrice a avancé la tête pour les voir...
Cette fois la confiance était entière et l'on félicitait déjà la marquise de sa prochaine mise en liberté;