‹ Tournebut, 1804-1809; d'après des documents inéditsChapitre 115 sur 125 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

les jours passèrent, on n'entendit plus parler de rien. On patienta pendant un an ; Fespoir diminuait un peu ciiaque jour et, quand il fut bien évident que la supplique resterait sans effet, Timoléon se permit de la rappeler à l'impératrice et rédigea, en son nom, une nouvelle demande de grâce, qui n'eut pas meilleur résultat que les précédentes. Une suprême et inutile tentative fut encore faite le 30 août 1813, alors que Marie-Louise était impératrice-reine régente. A cette époque, Bonnœil était enfin sorti de laprison oii, depuis lemois d'août 1807, on le retenait arbitrairement : il n'avait point comparu devant la cour et n'avait, par suite, été frappé d'aucune condamnation; il n'était détenu que « par précaution ». Comme sa santé s'était, à la Conciergerie, gravement altérée, le préfet prit sur lui de lui en ouvrir les portes et de le placer à Rouen même, sous la surveillance de la police.

Là, du moins, il pouvait se tenir au courant des nouvelles — sinon au moyen des journaux qui n'en publiaient guère — du moins en recueillant les bruits de la ville; sans doute, fut-il le premier à conseiller à sa mère la résignation et, de fait, comme si elle eût prévu la chute de celui qu'elle estimait être son ennemi personnel, la marquise montra, dès cet instant, une ^étonnante sérénité; elle s'était très rapidement accoutumée à la vie de l'hospice général, où on l'avait transférée en avril 1813; le régime y était fort peu rude pour les détenus disposant de quelque argent ; elle y recevait des visites et avait fait apporter, de Tournebut, son

trictrac et ses traités de jeux. Et c'est dans celle quiétude qu'elle attendait le coup de tonnerre depuis si longtemps espéré.

Il éclata enfin, et la vieille chouanne dut pousser un •mugissement de triomphe quand elle apprit que Bonaparte était écrasé. Quel revirement! En moins d'un jour, la détenue de l'hospice général redevint la vénérable marquise de Combray, victime de son dévouement à la cause royale, une héroïne, une martyre, une sainte, tandis qu'à l'autre extrémité de la Normandie, Acquêt de Férolles, qui s'était enfin décidé à recueillir ses trois enfants, sentait le sol trembler sous lui, et prenait, à la hâte, ses dispositions pour fuir. Dans l'empressement à se faire bien venir des Combray, des gens « qui n'auraient pas tendu la main pour leur venir en aide quand le malheur les accablait » leur dévoilèrent les dessous encore ignorés du drame, et c'est ainsi que la marquise et ses fils apprirent commentle sénateur Pontécoulant, par haine de Caffarelli « qu'il voulait faire destituer », se chargea, «avec l'aide d'Acquêt de Férolles », de livrer d'Aché aux assassins. De tous côtés émergeaient des proscrits, terrés dans des trous depuis quinze ans ; il soufflait un vent de représailles; chacun « faisant son compte, préparait la note à payer » ; sur cette terre de la Chouannerie, où tant de colères rancissaient, où s'exaspéraient tant de désirs de revanche, la réaction s'annonçait terrible ; les courts billets qu'échangeait, en ses derniers jours de captivité, la marquise avec ses fils et ses serviteurs n'expriment ni la joie

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