‹ Tournebut, 1804-1809; d'après des documents inéditsChapitre 123 sur 125 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

l'expédia au Temple avec M"' d'Aché et Louise.

Caqueray mourut en 1834, laissant, privés de fortune, phi sieurs enfants, dont se chargea leur grand'mère, la veuve de d'Aché, survivant ainsi è. ses filles et à son gendre : elle était petite et n'avait jamais été jolie; mais elle avait l'air très noble et des plus imposants ». On citait d'elle cette réponse au grand juge qui, lors de son arrestation en 1804, lui demandait oii était son mari : — « Vous ignorez sans doute, Monsieur, à qui vous parlez... » Depuis lors on avait renoncé à l'interroger. Elle existait encore en 1836; jamais on ne l'entendit se plaindre : elle et les siens avaient vécu misérablement, dans de perpétuelles anxiétés ; elle avait perdu sa fortune; son mari était mort, traîtreusement assassiné. Tous ses enfants avaient disparu, et, malgré tant de douleurs, toute vieille, elle s'évertuait encore à élever ses petits-fils « dans l'amour du roi légitime » auquel il ne lui restait plus rien à sacrifier.

Peut-être que, au cours de la nuit tragique oti Napoléon vaincu se trouva seul dans Fontainebleau désert, Tesprit du grand empereur dut se reporter jalousement vers ces royalistes obstinés que n'avaient rebutés ni l'apathie de leur prince, ni la certitude de n'être jamais récompensés. A cette heure-là, les généraux qu'il avait gorgés de titres et de richesses se hâtaient à la rencontre des Bourbons : des cent millions d'êtres qu'il avait gouvernés au temps de sa puissance, il ne lui restait pas un ami. Son piameluck l'avait quitté et son valet de chumbre

378 TOURNEBOT

s'était enfui. Et s'il pensa à Georges guillotiné en Grève, à Le Chevalier tombé au mur de Grenelle, à d'Aché poignardé sur une route, il dut songer aussi au mot qu'on prête à Gromwell : « Qui donc ferait cela pour moi? »

Et peut-être que, de toutes ses angoisses, celle-là fut la plus cruelle et la plus vengeresse. Il fallait que sa cause fût. à son tour, sacrée par le malheur pour avoir, elle aussi, ses fanatiques et ses martyrs.

Page 1