Indiscrétions, 1798-1830. Op. cit
2. Dossiers de Georges-Vincent Lamotte et de Denis Lamotte Archives nationales, F*" 6400,
sonnes. Lamotte avait accepté. Le 30 août, au soir, Houvel reparut et annonça que les hommes arriveraient dans la nuit; il allait les chercher aux environs de rislc-Adam, et Vincent Lamotte, le fils, l'accompagna pour servir de guide aux voyageurs qu'ils rencontrèrent à la lisière du bois de la Muette. Ils étaient au nombre de sept, dont un très gros qui, couvert de sueur, s'arrêta dans le bois pour changer de chemise. Tous paraissaient très fatigués ; d'eux d'entre eux seulement étaient à cheval.
Ils arrivèrent, sur les deux heures du matin, à Saint-Leu, chez Lamotte; on mit les chevaux à l'écurie, les hommes s'étendirent sur la paille dans une chambre de la maison. Lamotte remarqua que chacun d'eux portait deux pistolets; ils dormirent longtemps et se firent servira dîner vers midi. Deux particuliers, venus de Paris en cabriolet et qui avaient laissé leurs voitures dans le villngc, l'un à la « Croix-Blanche » et l'autre à 1' « Ecu », causèrent avec les voyageurs qui, vers sept heures du soir, poursuivirent leur route sur Paris ; chacun des 'particuliers en prit un dans son cabriolet ; deux partirent à cheval ; les autres attendirent le passage de la guinguette qui fait le service de Taverny.
Ce récit complétait si bien les déclarations de Querelle qu'il n'était plus permis de conserver un doute : la bande des sept voyageurs se composait de Georges et de son état-major: le gros était Georges lui-môme et Querelle dit le nom des autres * ,
\. Villeneuve, dit d'Assas ; la Haye Saint-Ililaire, dit d'Oison;
tous chouans émérites et redoutés ; Lamotte, de son côté, ne cacha point celui de l'homme qui avait amené les « brigands » jusqu'au bois de la Muette : il s'appelait Nicolas Massignon et était fermier à Jouy-le-Gomte. Pasque se mit en route avec ses gendarmes et Massignon avoua qu'il était allé chercher les voyageurs de l'autre côté de l'Oise, jusqu'à l'avenue de Nesles; c'était son frère, Jean-Baptiste Massignon, fermier à Saint-Lubin, qui les lui avait remis en cet endroit. Pasque prit, sans désemparer, le chemin de Saint-Lubin et marcha toute la nuit. A quatre heures du matin, il arrivait chez Jean-Baptiste qui, surpris au saut du lit, reconnut avoir logé des gens que lui avait amenés son beaufrère, Quantin-Rigaud, cultivateur à Auteuil, près de Beauvais^. Pasque tenait ainsi quatre anneaux de la chaîne, et Manginot se mit en campagne pour relever jusqu'à la mer la ligne suivie par les conjurés. Savary l'y avait précédé pour surprendre un nouveau débarquement annoncé par Querelle : en arrivant à la côte, il aperçut, à quelque distance, un brick anglais qui louvoyait ; mais malgré les précautions prises et la surveillance minutieuse, lenavire n'aborda pas: on le vit s'éloigner sur un signal donné du rivage par un jeune homme venu à cheval de l'intérieur des terres et que les gendarmes de Savary poursuiv^irent jusqu'à la forêt d'Eu où il s'enfonça.
Labi'èche, dit la Bonté ; Jean-Marie, dit Lemaire; Pioot, dit le Pelit^ domestique de Georges. Le septième était Querelle lui-même.
1. Interrogations de Denis et de Vincent Lamotte, de Jean-Baptiste Massignon, de Catherine Rigaut, femme Massignon, de Nicolas Massignon, etc. Archives nationales. F'' 4600-4602.
En douze jours, d'étape en étape, toujours traînant Querelle, Mang'inot avait terminé son enquête et remis aux mains de Real une telle masse d'interrogatoires et de dépositions qu'il fut possible de reconstituer, comme il suit, le voyage de Georges et de ses compagnons.
C'est dans la nuit du 23 août 1803 que le cutter anglais Vincejo, commandé par le capitaine Wright avait débarqué les conjurés au pied des falaises de Biville, mur abrupt de roches et de craie, haut de trois cent vingt pieds. Là existait, de temps immémorial, au lieu dit le creux de Parfonval, une estamperche^^ longue corde fixée à des pieux, qui servait aux gens du pays pour descendre à la plage. Il fallut se hisser le long de ce câble, à force de bras, exercice que la corpulence de Georges rendait pour lui particulièrement pénible. Enfin, les sept chouans se trouvèrent réunis au haut de la falaise et, sous la conduite de Troche, fils de l'ancien procureur de la commune d'Eu, l'un des plus fidèles affidés du parti, ils gagnèrent, à travers champs, la ferme de la Poterie, écart du hameau d'Heudelimont, distant de deux lieues de la côte. Tandis que le fermier Detrimont servait à boire aux débarqués, un personnage mystérieux, qui se faisait appeler M. Beaumont, vint conférer longuement avec eux ; ^'était un homme de haute stature, taillé en hercule, au teint basané, au front élevé, aux sourcils et aux cheveux noirs : il disparut au polit jour.