PRÉFACE IX
jamais, elle me l'a dit plus tard, un seul mol n'a pu lui faire soupçonner qu'elle était dans un nid de conspirateurs. Une ou deux fois seulement, M""^ de Combray, touchée par la sincérité et l'ardeur de son royalisme, parut sur le point de lui faire quelque confidence... Elle s'oublia même jusqu'à lui dire : « Oh ! si vous n'étiez pas si exaltée, on vous dirait bien certaines choses!... » Mais, comme regrettant déjà d'en avoir trop dit, elle s'en tint là!...
Une nuit, où ma mère ne dormait pas, son attention fut attirée par le bruit sourd au rez-dechaussée, d'une porte que l'on ferme ou d'une trappe qu'on laisse retomber maladroitement. L'inquiétude la tint éveillée toute la nuit, prêtant l'oreille, mais en vain. Le matin, nous trouvâmes le rez-de-chaussée dans son état ordinaire. Ma mère toutefois n'admettait pas qu'elle eût rêvé, et, le jour même, elle conta la chose à M'"* de Combray, qui la prit en plaisanterie... et renvoya ma mère au jardinier. Celui-ci se déclara l'auteur du bruit. Passant devant la tour, il avait cru voir la porte mal close et l'avait heurtée pour constater si elle était fermée. — L'incident n'eut pas de suites.
A quelques jours de là, nouvelle alerte, cette fois plus sérieuse.
TODRNEBUT
J'avais aperçu, au sommet de la tour, un nid de merles qui, de la plate-forme, était facile à prendre. Fidèle à la consigne, je n'y étais jamais monté ; mais cette fois la tentation était trop forte. Je guettai l'instant où ma mère et la servante étaient dans notre petit jardin, pour grimper lestement là-haut et m'emparer du nid.
Sur le palier du deuxième étage, curieux de donner, en passant, un coup d'œil au logement inhabité, je pousse la porte d'entrée et je vois distinctement, derrière la porte vitrée de la cloison qui sépare les deux pièces, un rideau vert que l'on tire brusquement...
Effrayé, je descends l'escalier quatre à quatre, au risque de me donner une entorse et je cours au jardin, appelant ma mère et lui criant : « Il y a quelqu'un là-haut, dans la chambre. » Elle n'en croit rien, me gronde... J'insiste, elle* me suit avec la servante ; nous montons ! Du palier ma mère crie, sans franchir le seuil : « Il y a quelqu'un là ? » Silence. — Elle ouvre, pousse la porte vitrée. — Personne!... Mais un lit de sangle toutdéfait!...Elley porte lamain... Il est chaud! Quelqu'un était donc là... couché... tout habillé sans doute!... Ou est-il?. ..Sur la plate-forme?... On y monte... Elle est vide!... Il a donc profité