PRÉFACE XIX
nais, la Loire-Inférieure, l'Orne, la Sarthc, la Mayenne, rille-et- Vilaine, etc., et l'Ile-de-France, jusqu'aux portes de Paris ; mais surtout dans le Calvados, le Finistère et la Manche, où le royalisme leur sert de drapeau, les chauffeurs et les bandes des Grands Gars et des Coupe et Tranche^ qui, sous prétexte de chouannerie, donnent l'assaut aux fermes, aux habitations isolées et inspirent tant d'effroi que, si l'un d'eux est arrêté, on ne trouve plus ni témoins pour le reconnaître, ni jury pour le condamner ! — La politique évidemment n'a rien à voir à ces exploits. C'est la guerre aux particuliers ! Et les Chouans ont la prétention de ne la faire qu'au gouvernement... Tant qu'ils se bornent à livrer bataille, par bandes de cinq à six cents, aux gendarmes et aux gardes nationaux, à envahir les localités sans défense, pour y couper les arbres de la liberté, brûler les paperasses municipales, piller les caisses des receveurs, des percepteurs ; — l'argent de l'Etat devant faire retour à son propriétaire légitime, qui est le Roi, — on peut encore les distinguer des malfaiteurs de profession. Mais,quan l ils arrêtent les diligences, rançonnent les voyageurs, fusillent les curés jureurs et les acquéreurs des biens nationaux, la distinction devient trop subtile! Elle n'a plus de raison
XX TOURNEBUT
d'être en l'an Vlil et en l'an IX, où des mesures vigoureuses ayant à peu près purgé la province des chauffeurs et autres bandits qui l'exploitent, le plus grand nombre de ceux qui ont échappé à la fusillade et à la guillotine s'enrôle dans ce qui subsiste de l'armée royale, dernier refuge du brigandage !
Dans un tel milieu, l'aventure de Moisson n'a rien d'extraordinaire. On ne peut guère lui reprocher que d'être trop simple. C'est la moindre scène d'un gros mélodrame, où sa mère et lui ont joué le rôle de comparses. Mais, si mince que soit l'épisode, il avait pour moi l'attrait de l'inconnu. De Tournebut, de ses hôtes, je ne savais rien! — Qu'était, en réalité, cette M"^ de Combray sanctifiée par Balzac? — Une fanatique, ou une intrigante ? — Et sa fille, M""^ Acquêt ? — Une héroïne ou une détraquée ?
— Et l'amant? — Un vaillant ou un aventurier ?
— Et le mari?... Et le notaire?... Et les familiers du logis?- — M'"* Acquêt surtout piquait ma curiosité. Une fille de bonne maison, déguisée en hussard, pour arrêter le courrier, comme Choppart!... Ce n'est pas banal!... Au moins étaitellejeuneetjolie? — Moisson n'en savait rien! 11 ne l'avait jamais vue, pas plus que son amant et son mari. M""* de Combrav étant brouillée avec