‹ Tournebut, 1804-1809; d'après des documents inéditsChapitre 6 sur 125 · PREFACE X"V · texte numérisé non relu

PREFACE X"V

par une baade de gens armés que commandait la fille de M"' de Gombray, — M'"^ Acquêt de Férolles, déguisée en hussard ! — puis, que l'on avait arrêté, outre M""^ Acquêt, son amant, un viveur nommé Le Chevalier ; son mari, sa mère, son notaire, ses serviteurs et ceux de M""^ de CombrayàTournebut : intendant, jardinier, etc., et, enfin, que M""® de Gombray avait été condamnée à la réclusion et à l'exposition publique, — M"^ Acquêt à mort, ainsi que son amant, le notaire Lefebvre et divers autres...

— Et le mari ?

— Relâché ! — G'était un mouchard 1

— Votre mère n'a pas été assignée comme témoin?

— Heureusement non ! — On nous ignorait! D'ailleurs qu'aurait-elle dit? Rien, — sinon que ces gens qui nous ont tant effrayés étaient sûrement de la bande ; qu'ils avaient dû forcer la trappe, à la suite d'une expédition nocturne où on les avait pourchassés jusqu'à l'entrée d'un souterrain qui donnait sans doute accès à la cave.

Après que nous eûmes jasé quelque temps à ce propos, Moisson me souhaita le bonsoir et je repris sur ma table le chef-d'œuvre de Balzac,

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pour en poursuivre la lecture; — mais je n'allai pas au-delà de quelques lignes. Mon imagination flottait ailleurs. 11 y avait trop loin de l'idéalisme de Balzac au réalisme de Moisson, qui réveillait en moi le souvenir lointain des romans et des mélodrames de Ducray-Duminil, de Guilbert de Pixérécourt: Alexis oula Maisonnette dans les bois; — Victor ou V Enfant de la forêt ! — et autres œuvres de même date et de même style, si décriées de nos jours ! — Et je songeais que ce qui fait aujourd'hui leur discrédit a fait jadis leur vogue ; que, sous une forme ridicule, elles ont bien un fond de vérité ; que ces histoires de brigands dans le milieu traditionnel : forêts, cavernes, souterrains, etc., charmaient par* leur vraisemblance, le lecteur de ce temps-là, pour qui l'attaque d'une diligence par des malandrins à la figure noircie était chose aussi naturelle que l'est pour nous un accident de chemin de fer ; enfin, qu'il voyait dans ce qui nous semble pure extravagance la peinture à peine exagérée des mœurs dont il était journellement le témoin et des dévastations qu'il avait partout sous les yeux ! C'est dans les rapports publiés par M. Félix Rocquain qu'il faut voir l'état de la France sous le Directoire et les premières années du Consulat.

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Les routes, à Tabandon depuis 1792, sont ravinées par des ornières si profondes que, pour les éviter, les voituriers font de longs circuits dans les terres labourées, et les chaises de poste glissent et s'enlisent dans des fondrières boueuses, d'où on ne les tire qu'en y attelant des bœufs. Dix fois, dans une seule tournée d'inspection, Fourcroy est victime d'un accident de ce genre. A chaque pas, dans la campagne, c'est un hameau désert, une maison sans toit, une ferme ncendiée, une église, un château écroulés. Sous l'œil indifférent d'une police, qui n'est soucieuse que de politique, et de gendarmes, recrutés de telle sorte que, dans celui qui l'arrête, le malfaiteur reconnaît souvent un ancien camarade, des bandes se sont formées de vagabonds et chenapans de toute provenance : déserteurs, réfractaires, fuyards de la prétendue armée révolutionnaire et terroristes sans emploi, « l'écume, dit Français de Nantes, de la Révolution et de la guerre : lanterneurs de 91, guillotineurs de 93, sabreurs de l'an III, assommeurs de l'an IV, fusilleurs de l'an V». Cette canaille ne vit que de rapines et de meurtres, campe dans les forêts désertes, les ruines, les carrières abandonnées, comme celle de Gueudreville, quartiergénéral de la bande d'Orgères : souterrain de

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cent pieds de long, sur trente de large, où fonctionne une société de bandits, mâles et femelles, parfaitement organisée : — chefs, sous-chefs, garde-magasins, espions, courriers, barbier, chirurgien, couturières, cuisiniers, précepteurs pour les gosses {sic) et curé !

Et ce brigandage est partout !

Dans le Midi, il y a si peu de sûreté, de Marseille à Toulon et à Toulouse, qu'il ne faut pas voyager sans escorte. Dans le Var, les Bouchesdu-Rhône, Vaucluse... de Digne, de Draguignan, d'Avignon à Aix, il faut payer rançon. — Un placard, aux abords des routes, avertit le voyageur que, faute de verser cent francs d'avance, il risque d'être tué. La quittance remise au conducteur tient lieu de passeport. Le vol à main armée est à ce point passé dans les mœurs, que certains villages des Basses-Alpes servent publiquement de résidence à ceux qui n'ont pas d'autre métier. Sur les rives du Rhône, on avertit charitablement le voyageur de ne pas descendre dans telle auberge écartée, sous peme de n'en pas sortir. A la frontière d'Italie, ce sont les barbets; dans le Nord, les garroteurs ; dans l'Ardèche, la bande noire; dans le Centre, les chiffonniers ;à'Aï\$, l'Artois, la Picardie, la Somme, la Seine-ïnférieure, le pays Chartrain, l'Orléa-

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