Déclaration de M"" Querey
i. Archives nationales, F" 8172.
ce qui l'attirait là, c'est que le fils, Victor Chauvel, était gendarme; il avait fait partie du détachement envoyé la veille à Donnay et elle voulait savoir de lui si les Buquet l'avaient dénoncée.
Elle entra donc chez les Chauvel sous le prétexte de demander l'adresse du capitaine Manginot. Le gendarme était à souper : c'était un beau garçon de trente-six ans, ancien hussard, bon sujet, mais, quoiqu'il fût marié et père de troisenfants, noté comme « coureur et aimant le sexe^ ». — « Quand Chauvel est auprès des femmes, disaient ses camarades, il oublie tout^, » Il voyait là M""" Acquêt pour la première fois. Aux questions qu'elle lui posa, il répondit que son nom avait, en effet, été prononcé et Manginot, logé au Grand-Turc, était à sa recherche. La jeune femme se mit à pleurer : elle supplia la mère Chauvel de la garder, promettant de payer pension, faisant appel à sa pitié, et la blanchisseuse se laissa toucher : elle disposait d'une mansarde au troisième étage de la maison; el)e y fit porter des couchages qu'on jeta sur le carreau et c'est de là que M""^ Acquêt écrivit à sa mère qu'elle s'était procuré une retraite sûre.
Très sûre, en effet, et l'on comprend qu'elle n'ait pas cru devoir détailler d'une façon plus précise les conditions de l'hospitalité qui lui était offerte. Estil en effet besoin d'insister sur le genre de relations établies, dès la première heure de son installation dans la maison Chauvel, entre cette pauvre femme
1, Archives du greffe de la Cour d'assises de Rouea. %, Idem.
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chez qui la peur d'être prise étouffait tout autre sentiment et le soldat dont son sort dépendait? Chauvel n'avait qu'un mot à dire pour la faire arrêter ; elle se donna à lui, il se tat et l'existence qui, dès lors, commença pour tous deux, fut si misérable et si tragique qu'elle inspire plus de commisération que de révolte. M™* Acquêt n'avait qu'une pensée, échapper à l'échafaud ; Ghauvel n'eut plus qu'un désir, ne point perdre cette maîtresse inespérée et d'autant plus chère qu'il lui faisait le sacrifice de sa carrière, de son honneur, de sa vie peut-être. Les choses, d'abord, se passèrent de façon assez calme : aucun mandat d'amener n'avait été lancé contre la fugitive et, dans les premiers jours qui suivirent sa retraite chez Ghauvel, elle sortait avec lui, le soir, sous un déguisement^ : bientôt même elle s'enhardit et osa, en plein jour, se montrer dans les rues de Falaise. Le 15 août, comme le notaire Lefebvre recevait chez lui Lanoë à déjeuner, elle y fut également invitée : on causa, M"^^ Acquêt ne cacha point qu'elle avait trouvé dans la maison de la mère Ghauvel un abri, et qu'elle serait tenue au courant par le fils des ordres que recevrait de Gaen ou de Paris la brigade de gendarmerie. Lefebvre amena la conversation sur « le trésor ». L'argent déposé chez les Buquet excitait bien des convoitises :
1, « Lorsque je revins de Tournebut, M"' Acc^uet était logée chez Ghauvel. Celui-ci lui procurait la facilité de sortir le soir; je crois nirune qu'elle se déguisait. J'ignorrî quels moyens elle avait employés pour avoir la protection de Chativel ; mais je présume que c'était ceux de la séduction. » Interrogatoire de Lefebvre, 23 août 1801.
204 TODRNEBUT
Bureau de Placène, en sa qualité de banquier des chouans, avait, le premier, fait valoir le», droits de la caisse royale; AUain et le boulanger Lerouge — qui montrèrent un désintéressement absolu — avaient entrepris le voyage de Donnay et soutiré, non sans peine, aux receleurs douze cents francs : à cinq reprises, Lerouge, avec une petite charrette, était revenu seul, à des jours convenus, jusqu'à la forêt d'Harcourt; il attendait" sous un grand arbre, au bord d'une route de traverse » et Buquet lui apportait là de l'argent. Placène reçut ainsi une douzaine de mille francs «en écus, si maculés de terre que sa femme fut obligée de les laver ^w. Mais Joseph Buquet, disparu depuis l'arrestation de ses parents savait seul, juraient ceux-ci, oii le trésor avait été enfoui et l'on n'y pouvait plus puiser.
Tout en déjeunant avec le notaire et Lanoë jyjme A.cquet supplia ce dernier de se mettre en quête : elle croyait l'argent enterré dans le champ de sarrasin situé entre la maison des Buquet et les murs du château ; elle invitait Lanoë à aller « piquer la terre » pour découvrir la cachette, ce à quoi il se refusa. Elle semblait avoir « la tête perdue^ » ; elle projetait d'aller se jeter aux pieds de l'empereur pour implorer de lui son pardon ; elle parlait de recouvrer l'argent volé pour le rendre au Gouvernement, d'y ajouter, s'il le fallait, le montant de sa dot et de quitter la France pour toujours. Le soir,
1. Déclaration de Lerouge, dit Bornet, 9 août 1808. Archives du greEfe de la Cour d'assises de Rouen.
2. Interrogatoire de Lanoë, 3 septembre lf/08. Archives du greffe de la Cour d'assises de Rouen.
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en rentrant, très fiévreuse, chez la blanchisseuse, elle lui fit part des mêmes projets; pendant trois jours elle se complut à cette idée qu'elle ressassait continuellement : la pauvre femme se figurait qu'il lui suffirait, pour se soustraire au châtiment, de restituer la somme enlevée.
Ghauvel était en tournée; quand il revint, le 19, il rapporta une nouvelle: le préfet Caffarelli devait arriver le lendemain à Falaise pour y procéder à l'interrogatoire de M"* Acquêt. Ce fut une nuit d'angoisse et de larmes ; peut-être est-ce à cette date qu'il faut reporter une tentative de suicide de la malheureuse, à qui Chauveldut arracher le poison qu'elle allait absorber. On touche ici, d'ailleurs, à un point très obscur ; s'il est permis, en effet, de croire à la mollesse, à l'insouciance même de Caffarelli, il paraît assezdifficile de l'accuser de complicité active ; il est cependant bien surprenant que, prévenue de son arrivée à Falaise, M""^ Acquêt n'ait pas aussitôt pris la fuite et qu'elle consentit à se présenter devant lui comme si elle eût été assurée de trouver là secours et protection ; l'entrevue eut lieu chez le maire, M. de Saint-Léonard, parent de* M""^ de Gombray, et ressembla plutôt à un conseil de famille qu'à un interrogatoire. Caffarelli s'y montra beaucoup plus paternel que ne le comportait son rôle de juge; la tradition subsista longtemps, dans la famille, qu'on avait mis enjeu, pour attendrir le sensible préfet, la parenté — fort éloignée et dont on avait jusque-là soigneuscaient négligé de se targuer — de M""* de Gombray avec les Tascher
de la Pagerie dont était issue l'impératrice. Quoi qu'il en soit, M"* Acquêt sortit de chez M. de Saint-Léonard très rassurée, annonça à la mèreChauvel qu'elle allait voyager et se chargea même des compliments de la brave femme pour la marquise de Combray près de laquelle elle avait, disait-elle, l'intention de passer quelques jours, à Tournebut. Dans la journée du 22, elle fit un paquet de ses bardes, et, le soir, déguisée en paysan, elle quitta, au bras du gendarme, la maison de la blanchisseuse i.
Après le départ du notaire Lefebvre, la vie avait repris à Tournebut son cours habituel. M"^ de Combray, persuadée que sa fille se trouvait en sûreté et que le préfet du Calvados, — soupçonnât-il sa complicité, — ne se hasarderait jamais à ordonner son arrestation, se montrait sans déliance et voisinait, comme d'habitude, avec quelques châtelains des environs. Elle ignorait que l'instrution était passée des mains de Cafîarelli à celles du préfet de Rouen et qu'il y avait là, pour la diriger, un homme dont la malice et l'opiniâtreté ne se décourageraient pas facilement.
1. Voici en quels termes Caffarelli apprenait à Real, le 29 août 1807, la fuite de M"' Acquêt : « J'ai entendu M"" A... à Falaise, il y a huit jours : je n'avais pas cru devoir la faire arrêter; niais j'avais chargé le magistrat de sûreté de la surveiller. Il m'apprend quelle a disparu le 25. » La.néf/lige7ice- de Cafîarelli fut sévèrement jugée par Fouché. A partir de cet incident on lui retira, de lait, la conduite de l'affaire pour en charger le préfet de la Seine-Inférieure. On s'abstint même de tenir Caûarelli au courant des divers incidents de l'enquête et bien souvent, comuie on le verra, il n'en apprit les résultats que par la voix publique.
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Licquet avait employé quinze jours h étudier l'affaire ; il n'avait, pour point de départ, que les réponses ambiguës de Fiierlé et les déclarations pleines de réticences des Buquet ; mais, depuis des années qu'en amateur passionné il s'adonnait à la police, il avait emmagasiné bien des soupçons ; l'insuccès de la visite des gendarmes à Tournebut l'avait confirmé dans la certitude que ce vieux manoir, de si paisible allure, devait receler de terribles secrets et que ceux qui l'habitaient s'y étaient ménagé d'inaccessibles retraites. Aussi changeat-il de tactique : le 19 août, M""* de Gombray et Bonnœil, très rassurés sur l'avenir, étaient allés passer l'après-midi à Gaillon; comme ils revenaient, le soir, vers Tournebut, ils se trouvèrent tout à coup en présence d'un détachement de gendarmerie posté en travers de la route ; la marquise et son fils durent décliner leurs noms ; l'officier exhiba un mandat d'amener et tous ensemble revinrent au château qui était occupé militairement. La marquise protesta avec indignation contre l'envahissement de son domicile ; elle n'en dut pas moins assister à une perquisition sommaire qui se prolongea pendant toute la soirée. Vers minuit on la mettait, avec son fils et deux gendarmes, dans une voiture qui prit, sous escorte, le chemin de Rouen, et, à l'aube, tous deux étaient écroués à la Conciergerie du Palais de justice.
Licquet n'était d'ailleurs qu'à moitié satisfait du résultat de l'expédition; il avait espéré surprendre
d'Aché qu'il croyait caché à Tournebiit * ; les agents avaient également arrêté la femme Levasseur et Jean- Baptiste Caqueray , marié récemment à Louise d'Aché mais, du conspirateur lui-même, aucune trace ; depuis trois ans cet homme extraordinaire déjouait les recherches de la police : fallait-il donc croire que, depuis ce temps, il vivait enfoui dans quelque oubliette de Tournebut et devait-on attendre que M™^ de Gombray révélât le secret si bien gardé de sa retraite ?
Dès l'arrivée de la marquise à la Conciergerie, Licquet, sans se montrer, était allé « étudier » sa prisonnière : semblable aune vieille lionne mise en cage, cette femme de soixante-sept ans se démenait avec une énergie surprenante : chez elle, nul indice d'abattement ou de confusion ; elle prenait ses aises dans la prison, se plaignait du régime, maugréait tout lelongdu jour, s'emportait contre les geôliers; il n'y avait pas à espérer que son caractère se démentît ni à escompter, pour lui arracher quelque confidence, une émotion qu'elle ne ressentait pas. Le préfet la fit amener en voiture à son hôtel, par le concierge de la prison, le 23 août : l'interrogatoire dura deux jours entiers. Avec l'expérience et l'astuce d'un repris de justice, la marquise simula la plus entière franchise mais « elle convint seule-
1. « Rouen, 20 août 1807, M"° deCombrayet Bonnœil sont arrêtés, ils ont été trouvés à Gai! Ion et amenés ici ce matin : quant à d'Aché laîné, on a inutilement cherché. Il parait constant que depuis plusieurs années, il ne s'est montré ni dans la commune de Senneville, ni chez M"" Dourches. » Lettre du préfet de la Seine-Inférieure à Real. Archives nationales F'' 8170.
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ment des choses qu'elle ne pouvait nier avec succès 1 » . Licquet posait les questions ; elle n'y répondait qu'après les avoir fait répéter plusieurs fois, sous prétexte qu'elle ne les comprenait pas. Elle luttait avec acharnement, discutant, ergotant, bataillant pied à pied : si elle. avoua connaître d'Aché et lui avoir souvent offert asile, elle nia formellement être instruite de son domicile actuel. Bref, quand Savoye-Rollin et Licquet la renvoyèrent à la Conciergerie, ils gardaient l'impression qu'ils avaient « eu le dessous et que l'enquête n'avait pas fait un pas ». Bonnœil, interrogé à son tour, n'apprit « rien que ce qu'on savait ». Placide d'Aché, remis sur la sellette, nia tout et s'emporta.
Le préfet et son acolyte restaient assez penauds de leur déconvenue quand le concierge de la prison qui avait reconduit au Palais M°^ de Combray, demanda à leur parler; introduit aussitôt, il conta que, tandis qu'il s'en retournait seul dansja voiture avec la prisonnière, celle-ci « lui avait proposé une forte récompense s'il voulait se charger de transmettre ses lettres à quelques-uns des détenus». Le concierge, accoutumé à ces sortes de propositions, « n'avait répondu ni oui ni non, mais en promettant cependant à la femme Combray de la revoir pendant la nuit, à l'heure de la ronde », et il venait demander au préfet ses ordres au sujet de cette correspondance ; Licquet insista vivement pour qu'il fût autorisé à la recevoir; il espérait, en intercep-
1. Lettre du préfet de la Seine-Inférieure à Real. Archives nationales, F^ 8170.
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tant les billets, tirer grand profit des confidences et des conseils que la marquise ne manquerait pas d'adresser a ses coaccusés; le moyen, tout d'abord, répugnait fort à Savoye-Rollin, mais la proposition même aë la détenue établissait si bien sa culpabilité qu'ilne se crut pas obligé à la discrétion et céda, non sans laisser à son secrétaire général — c'était là un des titres de Licquet — la responsabilité du procédé.
Muni de ce blanc-seing, celui-ci prit en main la direction de l'enquête ; il trouvait là un merveilleux emploi de ses aptitudes; jamais duel ne fut plus impitoyable ; jamais policier ne fit preuve de plus d'invention et de duplicité; par «amour de l'art », par plaisir — car il n'ambitionnait ni honneurs, ni argent — Licquet s'acharna contre ses prisonniers avec une passion qui serait inexplicable si ses lettres ne révélaient les joies profondes que cette lutte lui procurait; il n'éprouvait contre ses victimes ni rancune, ni haine; on ne perçoit en lui d'autre sentiment que la satisfaction féroce de les voir trébucher dans les pièges qu'il leur tend et de percer les mystères d'un complot dont la portée politique semble même le laisser tout à fait indifférent.
Avec une jouissance de dilettante il attendit l'heure oia devait lui être remis le billet que M"^ de Gombray, sans défiance, adressait à Bonnœil et à Tourloiir. Il dut patienter jusqu'au lendemain et cette première lettre ne lui apprit rien : la marquise donnait à ses complices un aperçu de ses interro-
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gatoires; elle le faisait avec tant d'art que Licquet se demanda si la prisonnière n'avait pas été avisée que le papier devait passer par ses mains. Le même jour le concierge lui remit un second billet de M°" de Combray à son fils, billet tout aussi insignifiant que le premier, mais qui se terminait par cette phrase énigmatique dont la lecture causa à Licquet « un éblouissement » :
Est-ce que vous ne savez pas que le frère de Tourlour a brûlé le fichu de mousseline ^?
Le frère de Tourlour... c'était d'Aché. Etait-il donc venu récemment à Tourncbut? Ne s'y trouvait-il pas encore ? Une nouvelle lettre confiée par Bonnœil au geôlier et remise par celui-ci à Licquet seijiblait répondre affirmativement à ces questions. Adressée à un homme d'affaires de la rue Cauchoise, nommé Legrand, elle était ainsi conçue:
... Je vous en prie, partez de suite pour Tournebut sans dire à personne l'objet de votre voyage; allez à Grosmesnil (le petit château), voyez la femme Bachelet et brûlez toutes les pièces suspectes qu'elle peut avoir ; vous nous rendrez un service inappréciable. Renvoyez-moi ce billet. Dites à Soyer que, si on demande si M, d'Aché est venu, il y a environ deux ans qu'on ne l'a pas vu à Tournebut.
Le soir même, l'ordre partait pour Gaillon de s'assurer de la personne de Soyer, et, douze heures plus tard, il était, à son tour, écroué à la Conciergerie de Rouen, ce qui n'empêchait pas Bonnœil
1. Tous ces billets en originaux ou en copies faites de la main de Licquet, se trouvent dans les cartons des Archives nationales, r^ 8112.
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d'écrire, le lendemain, à ce môme Soyer dont Licquet, comme bien on pense, ne lui avait pas appris l'arrestation :
Jeté prie, mon cher Soyer, de regarder dans les deux ou trois secrétaires dans la chambre de ma mère si tu n'y trouverais pas quelques pièces qui pourraient la compromettre, surtout de récriture de M. Delorière (d'Aché). Enlève tout ce qui est de son écriture... Si on te demande s'il y a longtemps que M. Delorière est venu à Tournebut, tu diras qu'il n'est pas venu depuis environ deux ans. Dis-le à Colas, à Catin et à la fille de la basse-cour...
Licquet prenait soigneusement copie de ces billets ; puis il les laissait aller à destination, dans l'espoir que la réponse, également confisquée au passage, lui apporterait quelque lumière... D'ailleurs, il ne pouvait, dans ses fréquentes visites aux détenus, hasarder la moindre allusion aux confidences qu'ils échangeaient, de crainte qu'ils ne vinssent à suspecter la fidélité de leur messager et à renoncer à son intermédiaire. Bien des points restaient donc pour le policier très obscurs. Le billet suivant de Bonnœil à Soyer contenait cette phrase :
Mets les petits rideaux sur la fenêtre de l'endroit où je t'ai dit d'enfoncer le clou...
Et on se représente Licqnet, le front dans ses mains, cherchant à déchiffrer ce rébus; ce fichu de mousseline, ces petits rideaux, ce clou... était-ce don^ là un langage figuré convenu d'avance entre les prisonniers ? Et toutes ces précautions semblaient prises pour sauver ce mystérieux d'Aché, dont le salut était l'unique préoccupation des prévenus ; un
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mot écrit par M""' de Gombray à Bonnœil ne permettait plus aucun doute sur le récent séjour du conspirateur à Tournebut :
Je désire que M™« K... aille cliez moi et voie avec So '... si Delor^... n'aurait pas laissé dans la petite chambre près la chambre où couchaient les cuisinières du papier dans la doublure de toile cirée; enfin qu'il regarde partout et brûle tout.
L'indication, cette fois, était si précise que Licquet n'y tint plus; il partit pour Tournebut que la gendarmerie occupait depuis quinze jours ; il emmenait avec lui Soyer qui devait lui servir de guide, et le commissaire de police Legendre pour dresser le procès-verbal des perquisitions.
On arriva à Tournebut le 5 septembre au matin ; Licquet, que cette chasse aux conspirateurs exaltait, dut éprouver une singulière émotion en approchant de ce mystérieux domaine, objet de toutes ses pensées; d'un coup d'œil il en prit en quelque sorte possession : il fut frappé de l'isolement du château, si bien placé à l'écart de la route, au pied des bois; il constata" qu'on pouvait y pénétrer par plus de vingt endroits différents sans être vu » ; il fît éloigner les domestiques, posta un gendarme à chacune des portes et, sous la conduite de Soyer, il entra dans les appartements.
C'était d'abord, au haut du perron, sur la cour, dans l'aile de briques construite par le sire de Marillac, une vaste pièce servant de chambre à Bon-