‹ Tournebut, 1804-1809; d'après des documents inéditsChapitre 77 sur 125 · Real · texte numérisé non relu

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bonheur, depuis que j'ai reconnu l'inconvénient des réputations*.

Une des plus pittoresques péripéties de son enquête fut le nouveau voyage qu'entreprirent, vers la fin d'octobre, le faux capitaine Delaitre et son faux neveu, à la recherche d'AUain et de Buquet qu'ils n'avaient pas trouvés, au jour dit, à Tauberge de Gany. Delaitre revit à Gaen l'avocat Langelley, les Placène, la fille Monderard, avec lesquels il festoya; il leur donna les meilleures nouvelles de M"^ Acquêt, très confortablement installée, raconta-t-il, dans une des stations de bains delà côte anglaise; mais, bien qu'il eût pourAiïain une lettre très pressante de M"^ de Combr^-y qui avait hâte de le voir passer en Angleterre, le rusé chouan ne se montra pas; sa fille, établie couturière à Caen et qui était en relations avec M""' Placène, se chargea pourtant de lui faire tenir la lettre; le patron émit bien l'idée de suivre la petite Allain dans l'espoir de découvrir la retraite du père; mais Langeiley et les autres l'assurèrent que ce serait peine perdue; la jeune fille connaissait seule l'asile du proscrit; « chaque fois qu'elle allait lui porter des nouvelles, elle se déguisait, entrait dans une. maison et s'y déguisait de nouveau pour en sortir, entrait dans une seconde, y changeait de costume et ainsi de suite ; il était impossible de

1. Cette lettre, datée du H juillet 1809, est adressée à un fonctionnaire du ministère de la Police dont je n'ai pu trouver le nom: Licrpiet l'appelle mon cher compalrioie. Archives Hatiorale», F' 8172.

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juger, quand elle sortait de chaque maison, que c'était la même personne qui y était entrée et de savoir dans laquelle était son père^ )>. Deux jours plus tard ia petite Allain reparut : elle assura que son père était parti dans son pays, du côté de Cherbourg où « il avait du bien » ; il voulait, avant de passer en Angleterre, vendre son mobilier et affermer ses terres ; telle était l'autre face du terrible « général Antonio » ; il était bon père de famille et petit rentier 2. Delaitre comprit que c'était une défaite et qu'AUain n'avait pas confiance : il n'insista pas, plia bagages et rentra à Rouen.

Cet échec fut d'autant plus sensible à Licquet qu'il avait espéré, en attirant Allain, qu'Aché « serait aussi de la partie ». Sans celui-ci, qui était bien évidemment le chef de la conspiration, l'accusation, n'atteignant que des comparses, serait obligée de passer sous silence le rôle du principal coupable et de réduire, par conséquent, l'affaire aux proportions d'un vulgaire brigandage. Stimulé par ces motifs et davantage peut-être par une raison d'amour-propre plus puissante encore, Licquet partit pour Caen. Sa joie de « pratiquer » lui-môme est si vive qu'elle perce dans ses rapports pleins d'entrain et de verve comique : il se montre prenant la poste avec Delaitre, son neveu « et deux ou trois sbires bien alertes ». Il est si sûr du succès

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