Renseignement particulier
292 TODRNEBUT
La nuit était venue, une nuit d'hiver froide et brumeuse^, quand le fiacre qui devait conduire le condamné au supplice vint se ranger devant la porte de l'Abbaye : le trajet était long de Saint-Germaindes-Prés à la barrière par les rues du Four et de Grenelle, l'avenue de l'Ecole-Militaire et le chemin, alors tortueux et sans nom, qui est aujourd'hui la rue Dupleix. Il faisait, ce soir-là, un brouillard humide qui épaississait encore la nuit : les curieux, sans doute, furent rares, et le spectacle, pourtant, dut être sinistre : sur ce terrain pelé, contre le mur de l'enceinte, s'adossait le condamné, descendu du fiacre arrêté dans l'angle formé par le bâtiment de la barrière de Grenelle. L'usage, pour les fusillades de nuit, était de placer sur la poitrine du supplicié une lanterne allumée qui servait de cible aux hommes.
A six heures, tout était terminé : tandis que le peloton rentrait en ville, les fossoyeurs s'approchaient du corps tombé au pied du mur et le portaient au cimetière de Vaugirard; un jardinier du voisinage et un rentier, vieillard de quatre-vingts ans, que la curiosité avait amenés près du cadavre de ce chouan inconnu, servirent de témoins à la rédaction de l'acte de décès 2...
La mort de Le Chevalier mit fin à l'instruction de l'affaire du Quesnay : il était de ces prisonniers dont
i. Bulletin de l'Observatoire, 9 janvier 1808. 2. Extrait du registre des actes de décès de la commune de Vaugirard.
Du 9 janvier 1808, acte de décès de Armand- Victor Le Chevalier,
le grand juge disait « qu'on ne pouvait les mettre en liberté, mais que l'intérêt de l'Etat exigeait qu'ils ne comparussent pas devant des juges », et l'on craignait, en poussant plus avant les investigations, d'être entraîné à quelque vaste procès politique qui mettrait en émoi tout l'ouest de la France, toujours prêt à l'insurrection et que les rapports montraient comme organisé pour une nouvelle Chouannerie. Il est bien certain que la capture de d'Aché aurait singulièrement gêné Fouché et, en attendant qu'on put le faire disparaître comme Le Chevalier, il préférait, de beaucoup, le voir échapper aux poursuites de ses agents ; l'absence de ces chefs du complot allait permettre de présenter le vol du 7 juin comme un simple acte de brigandage auquel la politique était tout à fait étrangère.
On imposa donc silence aux bavardages du notaire Lefebvre, en proie à une incontinence de dénonciations qu'il n'interrompait que pour se lamenter et maudire ceux qui l'avaient entraîné dans cette aventure ; on modéra le zèle de Licquet à qui le préfet confia le soin de rédiger le rapport général de l'affaire, ce dont il s'acquitta si bien que son volumineux travail parât à Fouché assez « lumineux et circonstancié pour être soumis tel quel à Sa Majesté^ ». Puis on commença, sans hâte, às'occu-
decédé de ce jour, plaine de Grenelle, à Vaugirard, âgé de 27 ans 8 mois, né à Vire (Calvados). La déclaration à nous faite par Jacques-Noël Langlois, jardinier, âgé de 45 ans, demeurant Clos Feuquier à Vaugirard et Louis Bachelier, propriétaire, rue de Sèvres, à Vaugirard, âgé de 19 ans.