‹ Tournebut, 1804-1809; d'après des documents inéditsChapitre 90 sur 125 · Archives nationales, F · texte numérisé non relu

Archives nationales, F

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per du procès : il fallait interroger et confronter, suivant les formes, les quarante-sept personnes incarcérées ; de ce nombre l'accusation ne retint que trente-deux prévenus, dont vingt-trois étaient présents. C'étaient Flierlé, Harel, Grand-Charles, Fleur d'Epine et LeHéricey qui, sous les ordres d'AUain, avaient attaqué le chariot; la marquise de Combray sa fille et le notaire Lefebvre, instigateurs du crime ; Gousset, le voiturier ; Alexandre Buquet, Placène, Vannier, Langelley, qui avaient recelé les fonds ; Chauvel, Lanoë, comme complices, puis les auber gistes de Louvigny, d'Aubigny et d'ailleurs qui avaient nourri les brigands. Les accusés absentsou fugitifs étaient d'Aché, Allain, Le Lorault dit la Jeunesse, Joseph Buquet, la fille Dupont, puis des amis de Le Chevalier ou de Lefebvre compromis parles révélations de ce dernier : Courmaceul, Révérend, Dussaussay, etc. Grenthe dit Cœur-de-Roi était mort à la Conciergerie pendant l'enquête. Le jardinier de M""^ de Combray, Chàtel, s'était suicidé quelques jours après son arrestation. Quant à Placide d'Aché et à Bonnoeil, on décida qu'ils ne seraient point mis en jugement et qu'on les traduirait plus tard devant une commission militaire : on écartait manifestement du procès tout ce qui aurait pu lui donner une importance politique.

M""" de Combray, édifiée enfin sur le genre d'intérêt que lui avait témoigné Licquet, et revenue du pays des illusions où le policier l'avait si habilement promenée, avait pu enfin communiquer direc-

LE CHEVALIER âÔS

tement avec sa famille : son fils Timoléon n'avait jamais approuvé, on se le rappelle, ses compromissions politiques, et depuis la Révolution, il s'était tenu à l'écart de Tournebut. Mais, à la première nouvelle des arrestations, faisant trêve à des récriminations trop faciles, il était accouru se fixer à Rouen pour être à portée de sa mère et de son frère prisonniers. Les lettres qu'il échangeait avec Ronnœil, dès qu'il lui fut permis de conseiller les détenus, indiquent, de la part de l'un et de l'autre, un grand sens de la situation, une irréprochable honnêteté et une réciproque et profonde amitié. Celte famille, que Licquet se plaisait à représenter comme uniquement composée de gens haineux, libertins ou égarés, nous apparaît, dans ces correspondances intimes, sous un jour bien différent ; les deux frères sont pleins de respect pour leur mère ; ils témoignent à leur sœur, malheureuse et coupable, un attachement attendri ; jamais un mot de reproches, jamais une allusion aux faits connus et pardonnes : tous sont ligués contre l'ennemi commun, contre Acquêt, qu'unanimement ils considèrent comme l'auteur de tous leurs maux^. A son retour du Temple, fort des services louches qu'il avait rendus, celui-ci était rentré triomphant à Donnay; il ne cherchait pas à dissimuler sa joie des catastrophes qui accablaient les Combray, et il les traitait déjà en ennemis vaincus.

On tint donc conseil : l'avis de Bonnœil et de Timoléon, comme aussi celui de la marquise, était de 1. Archives de la famille de Saint- Victor.

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tout sacrifier pour sauver M"*" Acquêt; ils n'ignoraient pas que les dénonciations intéressées du mari faisaient d'elle la principale coupable et que l'accusation devait peser presque entièrement sur elle. Ils résolurent de faire appel à Ghauveau-Lagarde, auquel le périlleux honneur d'assister, devant le tribunal révolutionnaire, la reine Marie-Antoinette avait valu un renom illustre. Le grand avocat consentit à se charger de défendre M""' Acquêt : il envoya à Rouen, pour étudier l'affaire, un jeune secrétaire nommé Ducolombier, qui habitait ordinairement avec lui : « — un intrigant, se disant médecin », écrivait dédaigneusement Licquet. Ducolombier se fixa à Rouen et commença par examiner la situation, plus que trouble, de la fortune des Gombray. Depuis plusieurs années, la marquise, aux abois, avait consenti à la vente de quelques-unes de ses propriétés ; Timoléon dut requérir des inscriptions hypothécaires pour la conservation des droits de ses sœurs et de ses propres créances; et, tout autant pour parer au désastre financier qui menaçait sa famille que dans l'espoir d'être utile à sa mère en atténuant, par acte authentique, sa responsabilité, il provoqua et obtint, devant le tribunal de Louviers, la mise en curatelle de M°" de Gombray'. Un arrêt de la Gour de cassation du 17 mai 1808, dessaisissant de l'affaire lacourdeGaen, enavaitattribuéla compétence à la cour de justice criminelle et spéciale de la Seine-Inférieure. G'est donc à Rouen que, « pour cause de sûreté de l'Etat »,

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