ÉPILOGUE 3S
ce sont les ravisseurs eux-mêmes qui viennent demander au père le prix de la pension)...»
Tel était son thème; à quoi les Combray répliquaient : « Les honoraires de l'avocat de Mme Acquêt les dépenses du voyage à Vienne, du séjour des fillettes à Paris pour solliciter la grâce de leur mère incombent, sinon au mari de la condamnée, du moins à ses enfants mineures en qualité d'héritiers, et, de toute façon, Acquêt doit y pourvoir. » Mais celui-ci, très fort des services qu'il avait rendus à Real et de l'appui de Pontécoulant avec lequel il s'était lié, riposta que, sous le prétexte de plaider pour Mme Acquêt, Chauveau-Lagarde n'avait, en réalité, défendu que Mme de Combray : — «Tout Rouen qui a entendu les plaidoiries atteste que, pour sauver la mère, on a sacrifié la fille, et cette pauvre femme n'était qu'un prétexte aux sollicitations de grâces pour lesquelles les Combray réclament des sommes considérables ; leur véritable objet était la marquise; certes, ceux-là prenaient bien peu d'intérêt à leur sœur qui, dès qu'elle a les yeux fermés, portent la bassesse des sentiments jusqu'à réclamer devant les tribunaux ses frais funéraires et qui s'empressent de dénoncer les enfants au ministère public pour leur faire payer les condamnations prononcées contre leur mère. »
Ainsi posée, la discussion ne pouvait que tourner au scandale : Ronnœil révéla que son beaufrère, consulté par un tiers sur les influences qu'il pourrait faire agir afin d'obtenir la grâce de
Mme Acquêt, aurait répondu que « de telles démarches offraient bien peu de chances de réussite et que, du moment que la malheureuse femme devait mourir, le moyen le p'as honorable de lui éviter le supplice était de Y empoisonner dans sa prison ». C'était certainement là un procédé économique et Acquêt ne consentait, du reste, à rien payer. Un nouveau procès s'engagea : les correspondances qu'échangeaient les Gombray, exaspérés, avec leur beaufrère, resté beaucoup plus maître de soi, devait rendre toute conciliation impossible. Une note de la main de Bonnœil suffira pour en donner le ton :
Pour un ancien chevalier français, défenseur de la foi et du trône, est-il charitable de renouveler les chagrins dont se nourrissent dans le silence de l'oubli, ses deux beaux-frères? Prétend-il, par l'exaspération, les forcer à donner une suite à l'histoire des forfaits de Desrues, Cartouche, de Pugatscheff, Shinderhannes et autres imposteurs, voleurs, garrotteurs et chauffeurs qui se sont rendus célèbres par leurs meurtres, leurs empoisonnements, leurs cruautés et leurs lâchetés? Eh bien, ils promettent qu'aussitôt leur procès terminé ils donneront la vie entière du sieur Acquêt de Férolles.
Ces invectives étaient, tout au moins, maladroites : les Gombray plaidant pour forcercet homme, qu'ils comparaient aux plus fameux assassins, à se charger de l'éducation des trois enfants de leur sœur, ces orphelines, dont personne ne voulait plus payer la pension chez les dames Du Saussav, étaient plaintes par tous ceux qui connaissaient leur situation; quelques Marnes pieuses parlèrent l'elles au cardinal archfcvêque de Rouen, qui offrit, charitable-