Archives nationales, même dossier
3. Il avait été arrêté le 19 vendémiaire, an XII (octobre 1803). Archives de la préfecture de police.
4. En fouillant le passé de Querelle, on avait trouvé, à la date du 22 février 1800, un rapport écrit de Belle-lsle-en-Mer par le général Quantin établissant que le prisonnier avait déjà trahi son parti et servait d'espion au général. Voir Une conspiration en Van XI cl en l'an XII, par Huon de Pénanster.
5. Dans le Journal du général baron Gourgaud à Saint-Hélène, publié par MM. le vicomte <!e Grouchy et Antoine UuiHois, ou lit à la date du 29 mai 1816 : «L'empereur noua raconte qu'él at consul il se réveilla une nuit, tout inquiet. Il trouva sur sa tabla un rapport de police annonçant qu'un nommé Traisnel (aie), cbi-
et de correspondance avec les ennemis de lo République » étaient traduits devant une commission militaire que présidait le général Duplessis l : Desol et Piogé, acquittés, furent remis à la disposition du gouvernement et réincarcérés aussitôt. Picot, Lebourgeois et Querelle, condamnés à mort, étaient transférés à l'Abbaye en attendant l'exécution qui devait avoir lieu Je lendemain.
— Pas de sursis, entendez- vous, je n'en veux pas, avait dit Bonaparte2.
Mais il fallait néanmoins laisser au courage des condamnés le temps de s'amollir et aux policiers celui de « cuisiner » les malheureux.
Il n'y avait évidemment aucune révélation à attendre de Picot ni de Lebourgeois : il? ignoraient tout de la conspiration et étaient résignés à leur sort; mais on pouvait tirer parti de leur mort pour frapper l'esprit de Querelle qui paraissait beaucoup moins ferme et l'on n'y manqua pas.
On eut soin de le faire assister aux apprêts du supplice : il vit arriver devant la prison le peloton qui allait fusiller ses compagnons, il fut témoin de leur départ et, tout aussitôt, on lui annonça que
rurgien, venait de débarquer et avait été arrêté comme chouan. Sa Majesté, qui le connaissait, donna ordre de le juger sur-lechamp. Il est condamné à mort. On suspend l'exécution et on essaye de le faire parler en lui promettant sa grâce : la crainte du supplice lui fait tout dire; il avoue que Georges et Pichegru sont à Paris»... etc.
i. Archives nationales, AFiv 116.
2. Indiscrétions, 1798-1830. Souvenirs anecdotiques et politiques tirés du portefeuille d'un fonctionnaire de V Empire, mis en ordre par Musnier-Desclozeaux.
$ TOUPNEBDT
« c'était son tour ». Puis, pour lui distiller son agonie, on le laissa seul dans cette chambre basse de l'Abbaye où, jadis, avait siégé le tribunal de Maillard; ce lieu tragique était éclairé par une petite fenêtre donnant sur la place et garnie de fortes grilles. De là le condamné voyait, dans l'étroit carrefour, se ranger les soldats qui devaient le conduire à la plaine de Grenelle et percevait les gouailleries des curieux massés dans l'attente de sa sortie; même un des gendarmes, ayant mis pied à terre, avait attaché la bride de son cheval à l'un des barreaux de la fenêtre1 et l'on entendait, dans l'intérieur de la prison, le bruit des pas hâtifs, des portes ouvertes et lourdement retombées, indiquant les derniers préparatifs...
Querelle resta longtemps silencieux, tapi dans un angle et tout à coup, comme si la peur l'eût rendu subitement fou, il se mit à appeler désespérément, crisnt qu'il ne voulait pas mourir, qu'il dirait tout ce qu'il savait, suppliant les geôliers de courir chez le Premier Consul afin d'obtenir pour lui grâce de la vie; en même temps, il réclamait avec de grands sanglots le général Murât, gouverneur de Paris, jurant qu'il lui ferait des aveux complets s'il voulait seulement donner l'ordre aux soldats du peloton d'exécution de rentrer à leur quartier2.
1. Indiscrétions. Op. cit. Ces souvenirs passent pour avoir été dictés par Real lui-même.
2. Querelle dut même écrire une supplique au péni'ml Murât, car il est fait allusion à cette lettre dnns un prt>cè3-verbal CJU8 nous citerons plus loin ;mais cette pièce intéressante a disparu du dossier
Bien que Murât, prévenu aussitôt, ne vît, dans cet incident, qu'Un prétexte imaginé par un condamné pour gagner quelques minutes d'existence, il crut devoir en référer au Consul qui fit aussitôt prévenir Real. Ces allées et Venues avaient pris du temps : le malheureux Querelle, voyant toujours sous sa fenêtre les hommes prêts à l'emmener et la fouie impatiente qui le réclamait avec de grandes clameurs, était au paroxysme du désespoir. Quand Real ouvrit la porte du cachot, il aperçut, accroupi sur les dalles et râlant de peur, un petit homme au visage grêlé, aux cheveux noirs, au nez mince et pointu, aux yeux gris qu'un tic nerveux contractait continuellement ' .
— Vous avez, dit Real, annoncé l'intention de faire des révélations. Je viens pour Vous entendre2.
Mais le moribond pouvait à peine articuler une parole : Real dut le rassurer, ordonna de le porter dans une autre chambre et lui fit espérer sa grâce, si ses révélations étaient importantes3.
Encore tout tremblant, à mots entrecoupés, le condamné, faisant etî'ort, raconta « qu'il était à Paris depuis plus de six mois, venu de Londres avec Georges Cadoudal et six de ses plus fidèles officiers; ils y avaient été rejoints par un grand
1. Le signalement de Querelle se trouve sur le registre d'écrou du Temple. Archives de la préfecture de police.