‹ Tournebut, 1804-1809Chapitre 26 sur 115 · Archives de la préfecture de polire · texte numérisé non relu

Archives de la préfecture de polire

36 TODRNEBUT

les ordres duquel il avait servi en Vendée. On le traîna à la prélecture, on lui promit la liberté immédiate en échange d'un mot qui pût mettre la police sur la piste de Georges; on lui proposa une somme de 1.500 louis d'or qu'on prit soin de compter devant lui; comme il repoussait ces offres, Real le fit mettre à la torture. Bertrand, le concierge du dépôt, se chargea de la besogne ; on écrasa les doigts du malheureux Picot au moyen d'un chien de fusil et d'un tourne-vis; on lui mit les pieds au feu en présence des officiers de garde1. Il n'avoua rien. « Il a tout supporté avec une résignation criminelle, écrivait à Real le magistrat enquêteur Thuriot2; c'est une âme endurcie dans le crime et fanatisée. Je l'ai laissé aujourd'hui à ses souffrances et à sa solitude ; je ferai vetvïimnencer demain; il a le secret de la cachette de Georges, il faut qu'il le livre. »

Le lendemain nouvelles tortures et, cette fois, la douleur arracha à Picot l'adresse de la maison de Chaillot : on y courut ; elle était vide : la journée, pourtant, avait été bonne, car la police, avertie par

1. « On a commencé par m'offrir 1.500 louis et ma liberté : on les a comptés sur la table pour partir où je voudrais aller et dire l'adresse de mon maître : j'ai dit que je ne la savais pas. Le citoyen Bertrand a envoyé chercher l'officier de garde et lui a dit d'apporter un chien de fusil et un tournevis pour me serrer les doigts. Il m'a fait attacher, il m'a fait serrer les doigts autant qu'il a pu... C'est la vérité, les oftkiers de ijarde peuvent le dire : j'ai été chauffé au feu.-. » Déclaration de Picot, l'i'ocès, IV, 33o.

2. 11 n'est pas inutile de rappeler que Thuriot de la Rozère, ancien conventionnel régicide, avait été du parti de Robespierre jusqu'à sa chute et s'était ensuite prudemment rangé au nombre des Thermidoriens.

une dénonciation anonyme, avait mis la main sur Bouvet de Lozier au moment où il entrait chez sa maîtresse, Mme de Saint-Léger, rue Saint-Sauveur. Il fut interrogé et nia tout; écroué au Temple, il se pendit pendant la nuit, à l'aide de sa cravate nouée en corde aux barreaux de son cachot ; un geôlier, l'entendant râler, poussa la porte et le décrocha ; mais Bouvet, plus qu'aux trois quarts mort, fut pris, dès qu'on l'eut ranimé, d'un tremblement convulsif et, en proie au délire, il parla... Ce suicide, pour tout dire, trouva des incrédules et bien des gens, informés des scènes dont le Temple et la préfecture étaient le théâtre, pensèrent qu'on avait un peu aidé Bouvet à s'étrangler, de môme qu'on avait « mis au feu » les pieds de Picot. Ce qui rendait ces soupçons assez vraisemblables, c'est d'abord que les mains du pendu « étaient horriblement enflées ! » quand il parut le lendemain devant Real ; c'est ensuite la forme étrange donnée à la déclaration quil était censé avoir dictée, à minuit, au moment même où on le rappelait à la vie : Un homme qui sort des portes du tombeau, encore couvert des ombres delamort, demande vengeance de ceux qui, par leur perfidie... On s'accordait à penser que ce n'était point là le style d'un pendu, râlant encore, et que les agents de Real devaient avoir, tout au moins, prêté leur éloquence à ce moribond.

Quoi qu'il en soit, le gouvernement en savait assez maintenant pour ordonner les pires mesures de rigueur contre les « derniers royalistes ». Bouvet

Page 1