Procès de Georges, Pichcgru et autres, t. I, p
— On annonce que ce coquin s'est évadé clans un cercueil.
— Je voudrais bien être sorti de même, insinua Burban.
Cependant la police avait perdu les traces du conspirateur ; on estimait généralement qu'il était parvenu a franchir les barrières, quand, le 8 mars, l'officier de paix Petit qui, de longue date, connaissait Léridant, l'un des conjurés, l'aperçut, causant avec une femme, sur le boulevard Saint-Antoine. Il le suivit et le vit aborder, quelques pas plus loin, un individu dont les traits le frappèrent par leur similitude avec ceux de Joyaut, le signalement de celui-ci étant affiché sur tous les murs.
C'était Joyaut, en effet, sorti de chez la femme Lemoine dans le but de procurer à Georges un logement où il se trouvât moins à la merci d'un hasard que dans la mansarde de la fruitière. Léridant lui indiqua la maison du sieur Caron, parfumeur, rue du Four-Saint-Germain, comme la retraite la plus sûre de Paris. Depuis plusieurs années, Caron, royaliste militant, hébergeait, à la barbe de la police, les chouans dans l'embarras : il avait caché pendant plusieurs semaines Hyde de Neuville ; son appartement était machiné à souhait; ainsi il avait, pour les cas extrêmes, pratiqué dans son enseigne surplombant la rue, une cachette où un homme pouvait se tenir à l'aise en cas de perquisition dans Tintéueur de la maison. Léridant s'était assuré du consentement de Caron et il fut convenu que le lendemain, à la tombée de la nuit, Georges
quitterait la montagne Sainte-Geneviève pour gagner la rue du Four. Léridant devait venir le prendre, à sept heures, dans un cabriolet.
Quand il vit terminé le colloque dont son instinct policier lui révélait l'importance, Petit, qui s'était tenu a distance, suivit Joyaut à travers les rues et ne le perdit de vue qu'à la place Maubert. Soupçonnant que Georges était logé dans le quartier, il y organisa une permanence, posta des agents sur la place du Panthéon et dans les rues étroites qui y donnaient accès; puis il reporta sa surveillance sur Léridant, logé avec un jeune homme, nommé Goujon, au cul-de-sac de la Corderie, derrière l'ancien club des Jacobins.
Le lendemain, 9 mars, l'officier de paix Petit apprenait, por ses espions, que Goujon avait loué, pour toute la journée, un cabriolet portant le n°53J. Il courut à la préfecture et prévint son collègue Destavigny qui, avec une nuée d'inspecteurs, vint prendre position sur la place Maubert Si, comme le supposait Petit, Georges était caché près de là, si, encore, la voiture lui Hait destinée, elle devait forcément traverser la place où convergeaient les principales rues du quartier : l'ordre était de la laisser passer, au cas où elle ne contiendrait qu'une personne-, mais de la suivre avec les plus extrêmes précautions.
La nuit était venue et aucun incident n'avait encore été signalé confirmant les hypothèses de