Procès de Georges, Pichegru et autres, t. IV, p
44 TOURNEBDT
Petit, quand, un peu avant sept heures, un cabriolet déboucha sur la place, venant de la rue Galande. Un seul homme s'y trouvait, tenant les rênes. Les espions qui, sous différents costumes, flânaient autour de la fontaine, le reconnurent d'après son signalement : c'était Léridant. Le cabriolet, du reste, portait le n° 53 et n'avait qu'une lanterne allumée, celle de gauche. Il monta lentement la pente de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève; les agents, rasant les murs, le suivaient de loin. Petit, l'inspecteur Caniolle, l'officier de paix Destavigny le serraient de plus près, s'attendant à le voir s'arrêter devant une des maisons de la rue où ils n'auraient qu'à cueU/ir Georges sur le seuil; mais à leur grand désappointement, le cabriolet tourna à droite dans l'étroite rue des Amandiers et s'arrêta contre une porte cochère toute proche de l'ancien collège des Grassins. Comme la lanterne projetait une lumière très vive, les trois policiers se dissimulèrent dans les allées voisines; ils virent Léridant descendre de voiture. Il entra sous une porte, sortit, rentra encore et attendit près d'un quart d'heure. Enfin il fit tourner son cheval et remonta sur le siège.
Le cabriolet s'engagea de nouveau dans la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève qu'il acheva de gravir au petit pas du cheval; il prit la place Saint- Eticnne-du-Mont, longeant les maisons : Caniolle marchait à quelques pas derrière lui; Petit et Destavigny suivaient à plus grande dislance. Au moment où la voiture arrivait à l'angle de la rue
GEORGES CADODDAL 45
des Sept-Voies, un groupe de quatre individus sortit de l'ombre ; l'un d'eux saisit la barre du tablier, et, s'aidant du marchepied de droite, se jeta dans le cabriolet qui ne s'était pas arrêté et qui partit aussitôt à grande allure...
Les agents avaient reconnu Georges, déguisé en fort de la halle. Caniolle, plus rapproché, s'élança : les trois hommes restés sur place et qui n'étaient autre que Joyaut, Burban et Raoul Gaillard, tentèrent de lui barrer le passage ; Caniolle, les repoussant, se mit à la poursuite de la voiture qui disparaissait dans la rue Saint-Etienne-des-Grès. 11 l'atteignit au moment où elle s'engouffrait dans le passage des Jacobins; saisissant les ressorts, il se laissa emporter; les deux officiers de paix, moins agiles, suivaient en criant : « Arrête! arrête! »
Georges, assis à la droite de Léridant, qui tenait les rênes, était tourné vers le fond du cabriolet et cherchait à suivre, par le vasistas, les péripéties de la poursuite ; au moment où il s'était jeté dans la voiture, il avait aperçu les policiers et avait dit à Léridant :
— Fouettez, fouettez fort.
— Pour aller où? demanda l'autre"!
— Je n'en sais rien, mais il faut aller1.
Et le cheval, cinglé de coups, avait pris le grand trot.
Au bas du passage des Jacobins qui, par un angle assez aigu, débouchait dans la rue de la Harpe, Léridant aut forcément ralentir pourtourner sur la place