Interrogatoire de Léridant, Archiver nationales, Fr
Saint-Michel et ne pas manquer l'entrée de la rue des Fossés-Monsieur-le-Prince. Il se dirigeai! vers la rue du Four, espérant, grâce a la peut»; de la rue des Fossés, distancer les policiers et arriver chez Caron avant qu'ils eussent atteint le cabriolet.
De la place qu'il occupait, Georges ne pouvait, par l'étroite vitre, voir Caniolle, cramponné à l'arrière de la capote; mais il en apercevait d'autres, courant à toutes jambes. Dcstavigny et Petit avaient, en effet, continué leur poursuite; leurs cris recrutaient, sur tout le parcours, les espions postés dans le quartier; au moment où Léridant lançait à une allure folle le cabriolet dans la rue des Fossés- Monsieur-le-Prince, toute une meute d'agents se ruait derrière lui.
A l'approche de ce tourbillon les passants apeurés se garaient sous les portes; une seule idée hantait si bien tous les esprits, qu'à l'aspect quasi fantastique de cette voiture emportée dans la nuit, au bruit des coups de fouet, des cris, des jurons, du heurt sonore des sabots du cheval sur le pavé, une seule clameur s'élevait Georges! Georges! C'est Georges! Aux fenêtres brusquement ouvertes apparaissaient des visages anxieux ; de toutes les portes sortaient des gens qui, sans savoir, se mettaient à courir, entraînés comme une trombe. Qoorgei vit-il dans cette circonstance un dernier moyen de salut? Crut-il pouvoir s'échapper à la faveur de la cohue? Toujours e^t-il qu'à la hauteur de la rue Voltaire, il sauta du cabriolet. Caniolle, h ce moment, quittant l'arrière de la voiture que Fetit et un autre agent,
nommé Buffet, venaient enfin de devancer, se jeta sur les rênes et, se laissant traîner, contint le cheval qui s'arrêta fourbu. Buffet fit un pas vers Georges qui l'étendit mort d'un coup de pistolet; d'une seconde balle il se débarrassa de Ganiolle; il pensait encore se perdre dans la foule et, peut-être allait-il y réussir, car Destavigny, qui accourait sans souffle, « le vit devant lui, placé avec cette tranquillité de l'homme qui n'a rien à craindre ; quelques personnes auprès de lui, trois ou quatre, étaient là sans paraître plus pensera Georges qu'à rien ». Il allait tourner l'angle, très déclive, de la rue de l'Observance, quand Caniolle, qui n'était que blessé, le frappa de sou gourdin : en un instant Georges fut entouré, terrassé, fouillé, garrotté1...
Le lendemain, plus de quarante particuliers, parmi lesquels étaient plusieurs femmes, se faisaient connaître au grand-juge comme étant, chacun individuellement, « le principal auteur »de l'arrestation du chef des « brigands2 ».
Par le carrefour de la Comédie, les rues des Fossés- Saint-Germainet Dauphine, Georges, lié de cordes, fut conduit à la préfecture. Une foule houleuse l'escortait avec plus de curiosité que de colère, et l'ou peut s'imaginer quelle fut l'émotion, dans le vk'.l hôtel de la police, quand on entendit de loin, sur le quai des Orfèvres, la rumeur grandissante annonçant l'événement et que, soudain, des corps
1. Dépositions de Caniolle, de Destaviguy, de Petit et autres témoins et acteurs de l'arrestation. Procès de Georges, Pichegruet autres. Passim.