Archives nationales, F
leurs venant de Valenciennes : « Périr pour périr, disaient-ils, nous aimons mieux rejoindre notre pays. »
Le récit de Pluquet est assez pittoresque pour qu'on le cite textuellement :
« Je leur ai demandé d'où ils étaient ; ils m'ont dit : d'Alençon. Je leur ai observé qu'ils auraientde la peine à aller jusque-là sans être arrêtés. L'un d eux m'a dit : « C'est vrai, car depuis le coup de chien qui vient d'arriver à Paris, on monte la garde partout ». Celui-ci, laissant aller les trois autres devant, me dit : « Mais si on nous arrêtait, que nous ferait-on? » Je lui répondis : « On vous conduirait à votre corps, de brigade en brigade. » Sur cela il m'a dit : « Si on nous rattrape, on nous fera faire « dix mille lieues. » Et il m'a quitté pour gagner ses camarades; le plus jeune pouvait avoir vingtdeux ans et m'a paru fort triste et bien fatigué1. »
Le lendemain, des gens d'Àuvers découvrirent dans un bois une petite cabane construite en fagots : les quatre hommes y avaien passé la nuit. On les aperçut, les jours suivants, errant dans la forêt de l'Isle-Àdam. Enfin, le 1er avril, ils se présentèrent chez le passeur de Mériel, nommé Eloi Cousin, qui hébergeait chez lui deux gendarmes. Tandis que les fuyards sollicitaient le passeur de les prendre dans son bateau, les gendarmes se montrèrent et les quatre hommes prirent la fuite ; un coup de feu abattit l'un d'eux; le second, qui s'arrêtait pour secourir son camarade, fut aussitôt appréi. Archives nationales, F7 0399.
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hendé; les deux autres purent gagner le bois et s'échapper.
Le blessé fut mis sur un bateau et conduit à l'hospice civil de Pontoise où il mourut le lendemain. Real, aussitôt prévenu, expédia Querelle, qu'il gardait soigneusement en prison, afin de l'utiliser en cas de besoin, et celui-ci, mis en présence du cadavre, le reconnut aussitôt pour être celui de Raoul Gaillard, dit Honvel, dit Saint-Vincent , l'ami de d'Aché, le principal fourrier de Georges ' ; l'autre était son frère Armand qui fut immédiatement dirigé sur Paris et écroué au Temple.
La commune de Mériel avait, dans la circonstance, bien mérité de la patrie et le Premier Consul lui en témoigna, pour l'exemple, sa satisfaction de façon éclatante. Il exprima le désir de connaître cette population si dévouée à sa personne et, le 8 avril, le sôus-préfet de Pontoise se présentait aux Tuileries à la tête de tous les hommes du village. Bonaparte les félicita personnellement et, pour marquer plus efficacement sa gratitude, il leur distribua une somme de 11.000 francs trouvée dans la ceinture de Raoul Gaillard. Cette manifestation était certainement glorieuse pour les paysans de Mériel, mais elle eut un résultat qu'on n'avait pas prévu : en rentrant chez eux le lendemain, ils apprirent, en effet, qu'un inconnu, « bien vêtu, bien armé, monté sur un cheval de prix», profitant de l'absence des habitants, s'était présenté au village, et, « après beau-
1. Le corps de Raoul Gaillard fut porté sur une civière & Poutoise à Paris et présenté au ministère de la police. F7 6399.
GEORGES CADOUDÀL S7
coup de questions faites à des femmes et à des enfants, il s'était rendu à l'endroit où Raoul Gaillard avait été blessé, en s'informant si on n'avait pas trouvé un étui auquel il semblait attacher une grande importance. » Cet incident fit souvenir que, dans le bateau qui le menait à Pontoise, Raoul Gaillard, déjà mourant, s'était inquiété de savoir « si on avait trouvé dans ses effets un étui à rasoir». Sur la réponse négative, « il avait paru très fâché et on l'entendit murmurer que la fortune de celui qui découvrirait cet objet était faite».
La visite de cet inconnu — revu depuis « dans la campagne, sur les hauteurs et proche les bois », — les menaces de vengeance qu'il avait proférées, cet étui mystérieux fournirent matière à un rapport détaillé1 qui rendit Real perplexe. N'était-ce point là d'Aché? Une grande battue fut organisée dans la forêt de Carnelle ; elle ne donna aucun résultat : on explora de même, quatre jours plus tard, la forêt de Montmorency ou quelques indices du séjour des « brigands » furent relevés ; mais de d'Aché point de traces et, malgré l'acharnement que les agents de Real, grisés par la promesse de fortes primes, apportaient à cette chasse aux chouans, il fallut bien,
1. «Ce cavalier n'a pas laissé ignorer ses projets de vengeance contre le maire et il est venu trois jours de suite et il a parlé plus familièrement à Joseph la Chauquutte habitant de la commune. Non seulement ce cavalier inconnu s'est montré dans le village de Mériel, dans la campagne, les hauteurs et proche les bois, mais en core un autre étant à pied, vêtu d'un habit long, s'est promené dans les champs, dans les endroits qu'avaient parcouru les Gaillard et Tamerlau, et aussitôt qu'il aperçut un laboureur qui faisait signe à un autre de s'approcher de lui, il s'est enfui à toutes jambes et a disparu dans le bois. » Archives nationales, F7 6399.
après des semaines et des mois de recherches, d'enquêtes, de ruses, de fausses pistes suivies de pièges inutilement tendus, se résigner à admettre que la police aVait perdu la voie et que l'habile complice de Georges était pour longtemps disparu.
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