PREFACE XV
par une bï: ide de gens armés que commandait la fille de Mme de Combray, — Mme Acquêt de Férolles, déguisée en hussard ! — puis, que l'on avait arrêté, outre Mme Acquêt, son amant, un viveur nommé Le Chevalier ; son mari, sa mère, son notaire, ses serviteurs et ceux de Mme de Combray à Tournebut : intendant, jardinier, etc., et, enfin, que Mme de Combray avait été condamnée à la réclusion et à l'exposition publique, — Mme Acquêt à mort, ainsi que son amant, le notaire Lefebvre et divers autres...
— Et le mari ?
— Relâché ! — C'était un mouchard !
— Votre mère n'a pas été assignée comme témoin ?
— Heureusement non ! — On nous ignorait ! D'ailleurs qu'aurait-elle dit? Rien, — sinon que ces gens qui nous ont tant effrayés étaient sûrement de la bande ; qu'ils avaient dû forcer la trappe, à la suite d'une expédition nocturne où on les avait pourchassés jusqu'à l'entrée d'un souterrain qui donnait sans doute accès à la cave.
Après que nous eûmes jasé quelque temps à ce propos, Moisson me souhaita le bonsoir et je repris sur ma table le chef-d'œuvre de Balzac,
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pour en poursuivre la lecture; — mais je n'allai pas au-delà de quelques lignes. Mon imagination flottait ailleurs. Il y avait trop loin de l'idéalisme de Balzac au réalisme de Moisson, qui réveillait en moi le souvenir lointain des romans et des mélodrames de Ducray-Duminil, de Guilbert de Pixérécourt: Alexis oula Maisonnette dans les bois; — Victor ou V Enfant de la forêt ! — et autres œuvres de même date et de même style, si décriées de nos jours ! — Et je songeais que ce qui fait aujourd'hui leur discrédit a fait jadis leur vogue ; que, sous une forme ridicule, elles ont bien un fond de vérité ; que ces histoires de brigands dans le milieu traditionnel : forêts, cavernes, souterrains, etc., charmaient par leur vraisemblance, le lecteur de ce temps-là, pour qui l'attaque d'une diligence par des malandrins à la figure noircie était chose aussi naturelle que l'est pour nous un accident de chemin de fer ; enfin, qu'il voyait dans ce qui nous semble pure extravagance la peinture à peine exagérée des mœurs dont il était journellement le témoin et des dévastations qu'il avait partout sous les yeux ! C'est dans les rapports publiés par M. Félix Rocquain qu'il faut voir l'état de la France, sous le Directoire et les premières années du Consulat.