‹ Tournebut, 1804-1809Chapitre 7 sur 115 · PREFACE XVII · texte numérisé non relu

PREFACE XVII

Les routes, à l'abandon depuis 1792, sont ravinées par des ornières si profondes que, pour les éviter, les voituriers font de longs circuits dans les terres labourées, et les chaises de poste glissent et s'enlisent dans des fondrières boueuses, d'où on ne les tire qu'en y attelant des bœufs. Dix fois, dans une seule tournée d'inspection, Fourcroy est victime d'un accident de ce genre. A chaque pas, dans la campagne, c'est, un hameau désert, une maison sans toit, une ferme ncendiée, une église, un château écroulés. Sous l'œil indifférent d'une police, qui n'est soucieuse que de politique, et de gendarmes, recrutes de telle sorte que, dans celui qui l'arrête, le malfaiteur reconnaît souvent un ancien camarade, des bandes se sont formées de vagabonds et chenapans de toute provenance : déserteurs, réfractaires, fuyards de la prétendue armée révolutionnaire et terroristes sans emploi, <x l'écume, dit Français de Nantes, de la Révolution et de la guerre : lanterneurs de 91, guillotineurs de 93, sabreurs de l'an III, assommeurs de l'an IV, fusilleurs de l'an V». Cette canaille ne vit que de rapines et de meurtres, campe dans les forêts désertes, les ruines, les carrières abandonnées, comme celle de Gueudreville, quartiergénéral de la bande d'Orgères : souterrain de

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cent pieds de long, sur trente de large, où fonctionne une société de bandits, mâles el femelles, parfaitement organisée : — chefs, sous-chefs, garde-magasins, espions, courriers, barbier, chirurgien, couturières, cuisiniers, précepteurs pour les gosses (sic) et curé î

Et ce brigandage est partout !

Dans le Midi, il y a si peu de sûreté, de Marseille à Toulon et à Toulouse, qu'il ne faut pas voyager sans escorte. Dans le Var, les Bouchcsdu-Rhône, Vaucluse... de Digne, de Draguignan, d'Avignon à Aix, il faut payer rançon. — Un placard, aux abords des routes, avertit le voyageur que, faute de verser cent francs d'avance, il risque d'être tué. La quittance remise au conducteur tient lieu de passeport. Le vol à main armée est à ce point passé dans les mœurs, que certains villages des Basses-Alpes servent publiquement de résidence à ceux qui n'onl pas d'autre métier. Sur les rives du Khône, on avertit charitablement le voyageur de ne pas descendre dans telle auberge écartée, sous peine de n'en pas sortir. A la frontière d'Italie, ce sont les barbets; dans le Nord, les gdrroteurs / dans l'Ardéche, la bande noire; dans le Centre, les chitfon/iiers /dans l'Artois, la Picardie, labomme, la fr eine-Inférieure, le pays Chartrain, l'Orléa-

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