‹ Tournebut, 1804-1809Chapitre 66 sur 115 · Archives nationales, F · texte numérisé non relu

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ce qui l'attirait là, c'est que le fils, Victor Chauvel, était gendarme; il avait Fait partie du détachement envoyé la veille à Donnay et elle voulait savoir de lui si les liuquet l'avaient dénoncée.

Elle entra donc chez les Ghauvel sous lé prétexte de demander l'adresse du câpilaiile Manginot. Le gendarme étaità souper : c'était Un beau garçon de trente-six ans, ancien hussard, bon sujet, niais, quoiqu'il fût marié et père de troisenfants, noté comme « coureur et aimant le sexe1 ». — « Quand Ghauvel est auprès des femmes, disaient ses camarades, il oublie tout2. » Il voyait là Mme Acqilet pour la première fois. Aux questions qu'elle lui posa, il répondit que son nom avait, en effet, été prononcé et Manginot, logé au Grand-Turc, était à sa recherche. La jeune femme se mit à pleurer : elle supplia la mère Ghauvel de la garder, promettant de payer pension, faisant appel à sa pitié, etla blanchisseuse se laissa toucher : elle disposait d'une mansarde au troisième étage de la maison; elle y fit porter des couchages qu'on jeta sur le carreau et c'est de là que Mme Acquêt écrivit à sa mère qu'elle s'était procuré une retraite sûre.

Très sûre, en effet, et l'on comprend qu'elle n'ait pas cru devoir détailler d'une façon plus précise les conditions de l'hospitalité qui lui était offerte. Estil en effet besoin d'insister sur le genre de relations établies, dès la première heure de son installation dans la maison Ghauvel, entre cette pauvre femme

1. Archives du greffe de la Cour d'assises de Rouen. 8, [dem.

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chez qui la peur d'être prise étouffait tout autre sentiment et le soldat dont son sort dépendait? Chauvel n'avait qu'un mot à dire pour la faire arrêter ; elle se donna à lui, il se tut et l'existence qui, dès lors, commença pour tous deux, fut si misérable et si tragique qu'elle inspire plus de commisération que de révolte. Mme Acquêt n'avait qu'une pensée, échapper à l'échafaud ; Chauvel n'eut plus qu'un désir, ne point perdre cette maîtresse inespérée et d'autant plus chère qu'il lui faisait le sacrifice de sa carrière, de son honneur, de sa vie peut-être. Les choses, d'abord, se passèrent de façon assez calme : aucun mandat d'amener n'avait été lancé contré la fugitive et, dans les premiers jours qui suivirent sa retraite chez Chauvel, elle sortait avec lui, le soir, sous un déguisement1 : bientôt même elle s'enhardit et osa, en plein jour, se montrer dans les rues de Falaise. Le 15 aoûtj comme le notaire Lefebvre recevait chez lui Lanoë à déjeuner, elle y fut également invitée : on causa, Mme Acquêt ne cacha point qu'elle avait trouvé dans la maison de la mère Chauvel un abri, et qu'elle serait tenue au courant par le fils des ordres que recevrait de Caen ou de Paris la brigade de gendarmerie. Lefebvre amena la conversation sur « le trésor ». L'argent déposé chez les Buquet excitait bien des convoitises :

1. « Lorsque je revins de Tournebut, M""" Acquêt était logée chez Chauvel. Celui-ci lui procurait la facilité de sortir le soir; je crois ratme qu'elle se déguisait, .l'igno. : quels moyens elle avait employés pour avoir la protection de Chauvel ; mais je présume que c'était ceux de la séduction. » Interrogatoire de Lefebvre, 23 août 1807.

Bureau de Placène, en sa qualité do banquier des chouans, avait, le premier, fait valoir le*, droits de la caisse royale; Allain et le boulanger Lerouge — qui montrèrent un désintéressement absolu — avaient entrepris le voyage de Donnay et soutiré, non sans peine, aux receleurs douze cents francs : à cinq reprises, Lerouge, avec une petite charrette, était revenu seul, à des jours convenus, jusqu'à la foret d'IIarcourt; il attendait « sous un grand arbre, au bord d'une route de traverse » et Buquet lui apportait là de l'argent. Placène reçut ainsi une douzaine de mille francs « en écus, si maculés de terre que sa femme fut obligée de les laver1». Mais Joseph Buquet, disparu depuis l'arrestation de ses parents savait seul, juraient ceux-ci, où le trésor avait été enfoui et l'on n'y pouvait plus puiser.

Tout en déjeunant avec le notaire et Lanoë Mme Acquêt supplia ce dernier de se mettre en quête : elle croyait l'argent enterré dans le champ de sarrasin situé entre la maison des Buquet et les murs du château ; elle invitait Lanoë à aller « piquer la terre » pour découvrir la cachette, ce à quoi il se refusa. Elle semblait avoir « la tête perdue2 » ; elle projetait d'aller se jeter aux pieds de l'empereur pour implorer de lui son pardon; elle parlait de recouvrer l'argent volé pour le rendre au Gouvernement, d'y ajouter, s'il le fallait, le montant de sa dot et de quitter la France pour toujours. Le soir,

1. Déclaration de Lerouge, dit Bornet, 9 août 1808. Archives du gretl'e de la Cour d'assises de Rouen.

2. Interrogatoire de Lanoë, 3 septembre HX)8. Archives du greffe de la Cour d'assises de Ilouen.

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en rentrant, très fiévreuse, chez la blanchisseuse, elle lui fit part des mêmes projets; pendant trois jour? elle se complut à cette idée qu'elle ressassait continuellement : la pauvre femme se figurait qu'il lui suffirait, pour se soustraire au châtiment, de restituer la somme enlevée.

Chauvel était en tournée; quand il revint, le 19, il rapporta une nouvelle: le préfet Caffarelli devait arriver le lendemain à Falaise pour y procéder à l'interrogatoire de Mme Acquêt. Ce fut une nuit d'angoisse et de larmes ; peut-être est-ce à cette date qu'il faut reporter une tentative de suicide de la malheureuse, à qui Chauvel dut arracher le poison qu'elle allait absorber. On touche ici, d'ailleurs, à un point très obscur ; s'il est permis, en effet, de croire à la mollesse, à l'insouciance même de Caffarelli, il paraît assezdifficilede l'accuser de complicité active ; il est cependant bien surprenant que, prévenue de son arrivée à Falaise, Mme Acquêt n'ait pas aussitôt pris la fuite et qu'elle consentit à se présenter devant lui comme si elle eût été assurée de trouver là secours et protection ; l'entrevue eut lieu chez le maire, M. de Saint-Léonard, parent de Mme de Combray, et ressembla plutôt à un conseil de famille qu'à un interrogatoire. Caffarelli s'y montra beaucoup plus paternel que ne le comportait son rôle de juge ; la tradition subsista longtemps, dans la famille, qu'on avait mis enjeu, pour attendrir le sensible préfet, la parenté — fort éloignée et dont on avait jusque-là soigneusement négligé de se larguer — de Mme de Combray avec les Tascher

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de la Pagerie dont était issue l'impératrice. Quoi qu'il en soit, Mme Acquêt sortit de chez M. de Saint-Léonard très rassurée, annonças la mèreChauvel qu'elle allait voyager et se chargea même des compliments de la brave femme pour la marquise de Combray près de laquelle elle avait, disait-elle, l'intention de passer quelques jours, à Tournebut. Dans la journée du 22, elle fit un paquet de ses hardes, et, le soir, déguisée en paysan, elle quitta, au brasdu gendarme, la maison de la blanchisseuse1.

Après le départ du notaire Lefebvre, la vie avait repris à Tournebut son cours habituel Mme de Combray, persuadée que sa fille se trouvait en sûreté et que le préfet du Calvados, — soupçonnât-il sa complicité, — ne se hasarderait jamais à ordonner son arrestation, se montrait sans défiance et voisinait, comme d'habitude, avec quelques châtelains des environs. Elle ignorait que l'instrution était \rdes mains de Caffarelli à celles du préfet de Rouen et qu'il y avait là, pour la diriger, un homme dont la malice et l'opiniâtreté ne se décourageraient pas facilement.

i. Voici en quels termes Caffarelli apprenait à Real, lo

29 août 1807, la fuite de Mn" Acquêt : « J'aj i Bjen^H M A-m

à Falaise, il y a huit jours : je n'avais pas cru devoir la faire an ôter ; mois j'avais chargé le magistrat de sûreté de la surveiller. lil m'apprend quelle a disparu le 2;>. » La négligence île Cailaielli fut sévèrement jugée par Fpuçhé, A partir de cet incident on lui retira, de l'ail, la conduite de l'affaire pour en charger le préfet de hu- Inférieure. On s'al ■stinl môme de tenir C.afl'ureUi au courant des divers incidents de l'enquête et bien sciivn.it, comme on le verra, il n'en apprit les résultats que pur la voix publique.

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Licquet avait employé quinze jours à étudier l'affaire ; il n'avait, pour point de départ, que les réponses ambiguës de Flierlé et les déclarations pleines de réticences des Buquet ; mais, depuis des années qu'en amateur passionné il s'adonnait à la police, il avait emmagasiné bien des soupçons ; l'insuccès de la visite des gendarmes à Tournebut l'avait confirmé dans la certitude que ce vieux manoir, de si paisible allure, devait receler de terribles secrets et que ceux qui l'habitaient s'y étaient ménagé d'inaccessibles retraites. Aussi changeat-il de tactique : le 19 août, Mme de Combray et Bcnnœil, très rassurés sur l'avenir, étaient allés passer l'après-midi à Gaillon; comme Us revenaient, le soir, Yers Tournebut, ils se trouvèrent tout à coup en présence d'un détachement de gendarmerie posté en travers de la route ; la marquise et son fils durent décliner leurs noms ; l'officier exhiba un mandat d'amener et tous ensemble revinrent au château qui était occupé militairement. La marquise protesta avec indignation contre l'envahissement de son domicile ; elle n'en dut pas moins assister à une perquisition sommaire qui se prolongea pendant toute la soirée. Vers minuit on la mettait, avec son fils et deux gendarmes, dans une voiture qui prit, sous escorte, le chemin de Rouen, et, à l'aube, tous deux étaient écroués à la Conciergerie du Palais de justice.

Licquet n'était d'ailleurs qu'à moitié satUfoat du résultat de l'expédition; il avait espéré surprendre

d'Aché qu'il croyait caché à Tourncbut,; les agents avaient également arrêté la femme Levasseur et Jean- Baptiste 0>qucray, marié récemment à Louise d'Aché mais, du conspirateur lui-même, aucune trace ; depuis trois ans cet homme extraordinaire déjouait les recherches de la police: fallait-il donc croire que, depuis ce temps, il vivait enfoui dans quelque oubliette de Tournebut et devait-on attendre que Mme de Gombray révélât le secret si bien gardé de sa retraite ?

Dès l'arrivée de la marquise à la Conciergerie, Licquet, sans se montrer, était allé « étudier » sa prisonnière : semblable à une vieille lionne mise en cage, cette femme de soixante-sept ans se démenait avec une énergie surprenante : chez elle, nul indice d'abattement ou de confusion ; elle prenait ses aises dans la prison, se plaignait du régime, maugréait tout le long du jour, s'emportait contre les geôliers; il n'y avait pas à espérer que son caractère se démentît ni à escompter, pour lui arracher quelque confidence, une émotion qu'elle ne ressentait pas. Le préfet la fit amener en voiture à son hôtel, par le concierge de la prison, le 23 août : l'interrogatoire dura deux jours entiers. Avec l'expérience et l'astuce d'un repris de justice, la marquise simula la plus entière franchise mais « elle convint seule-

1. « ltouen,20 août 1807, M""deCombrayct Bonnœil sont arrêtés, ils ont été trouvés ù Gaillon et amenés ici ce matin : quant à d'Aché l'aîné, on a inutilement clierché. Il paraît constant que depuis plusieurs années, il ne s'est montré ni tlans la commune de Semieville, ni chez M"" Dourches. » Lettre du préfet de la Seine-Inférieure & Real. Archives nationales F7 8110.

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ment des choses qu'elle ne pouvait nier avec succès * » . Licquet posait les questions ; elle n'y répondait qu'après les avoir fait répéter plusieurs fois, sous prétexte qu'elle ne les comprenait pas. Elle luttait avec acharnement, discutant, ergotant, bataillant pied à pied : si elle avoua connaître d'Aché et lui avoir souvent offert asile, elle nia formellement être instruite de son domicile actuel. Bref, quand Savoye-Rollin et Licquet la renvoyèrent à la Conciergerie, ils gardaient l'impression qu'ils avaient « eu le dessous et que l'enquête n'avait pas fait un pas ». Bonnœil, interrogé à son tour, n'apprit « rien que ce qu'on savait ». Placide d'Aché, remis sur la sellette, nia tout et s'emporta.

Le préfet et son acolyte restaient assez penauds de leur déconvenue quand le concierge de la prison qui avait reconduit au Palais Mme de Gombray, demanda à leur parler; introduit aussitôt, il conta que, tandis qu'il s'en retournait seul dans la voiture avec la prisonnière, celle-ci « lui avait proposé une forte récompense s'il voulait se charger de transmettre ses lettres à quelques-uns des détenus». Le concierge, accoutumé à ces sortes de propositions, « n'avait répondu ni oui ni non, mais en promettant cependant à la femme Combray de la revoir pendant la nuit, à l'heure de la ronde », et il venait demander au préfet ses ordres au sujet de cette correspondance ; Licquet insista vivement pour qu'il fût autorisé à la recevoir; il espérait, en intercep-

1. Lettre du préfet de la Seine-Inférieure a Real. Archives nationales. V7, 8170.

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tant les billets, tirer grand profit des confidences et des conseils que la marquise ne manquerait pas d'adresser a ses coaccusés; le moyen, tout d'abord, répugnait fort à Savoye-Rollin, mais la proposition même aê la détenue établissait si Lien sa culpabilité qu'ilne se crut pas obligé à la discrétion et céda, non sans laisser à son secrétaire général — c'était là un des titres de Licquet — la responsabilité du procédé.

Muni de ce blanc-seing, celui-ci prit en main la direction de l'enquête ; il trouvait là un merveilleux emploi de ses aptitudes; jamais duel ne fut plus impitoyable ; jamais policier ne lit preuve de plus d'invention et de duplicité; par «amour de l'art », par plaisir — car il n'ambitionnait ni honneurs, ni argent — Licquet s'acharna contre ses prisonniers avec une passion qui serait inexplicable si ses lettres ne révélaient les joies profondes que cette lutte lui procurait; il n'éprouvait contre ses victimes ni rancune, ni haine; on ne perçoit en lui d'autre sentiment que la satisfaction féroce de les voir trébucher dans les pièges qu'il leur tend et de percer les mystères d'un complot dont la portée politique semble même le laisser tout à fait indifférent.

Avec une jouissance de dilettante il attendit l'heure où devait lui être remis le billet que Mmo de Combray, sans défiance, adressait h Bonnuùl et à Tourlour. 11 dut patienter jusqu'au lendemain et cette première lettre ne lui apprit rien : la marquise donnait à ses complices un aperçu de ses interro-

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gatoires; elle le faisait avec tant d'art que Licquet se demanda si la prisonnière n'avait pas été avisée que le papier devait passer par ses mains. Le môme jour le concierge lui remit un second billet de Mme de Combray à son fils, billet tout aussi insignifiant que le premier, mais qui se terminait par cette phrase énigmatique dont la lecture causa à Licquet « un éblouissement » :

Est-ce que vous ne savez pas que le frère de Tourlour a brûlé le fichu de mousseline1?

Le frère de Tourlour... c'était d'Aché. Etait-il donc venu récemment à Tournebut? Ne s'y trouvait-il pas encore ? Une nouvelle lettre confiée par Bonnœil au geôlier et remise par celui-ci à Licquet semblait répondre affirmativement à ces questions, Adressée à un homme d'affaires de la rue Cauchoise, nommé Legrand, elle était ainsi conçue:

... Je vous en prie, partez de suite pour Tournebut sans dire à personne l'objet de votre voyage; allez à Grosmesnil (le petit château), voyez la femme Bachelet et brûlez toutes les pièces suspectes qu'elle peut avoir; vous nous rendrez un service inappréciable. Renvoyez-moi ce billet. Dites à Soyer que, si on demande si M. d'Aché est venu, il y a environ deux ans qu'on ne l'a pas vu à Tournebut.

Le soir même, l'ordre partait pour Gaillon de s'assurer de la personne de Soyer, et, douze heures plus tard, il était, à son tour, écrouc à la Conciergerie de Rouen, ce qui n'empêchait pas Bonnœil

1. Tous ces billets en originaux ou en copies faites de la main de Licquet, se trouvent dans les cartons des Archives nationales, F» 8172.

d'écrire, le lendemain, à ce môme Soyer dont Liequet, comme bien on pense, ne lui avait pas appris l'arrestation :

Jeté prie, mon cher Soyer, de regarder dans les deux ou trois secrétaires dans la chambre de ma mère si tu n'y trouverais pas quelques pièces qui pourraient la compromettre, surtout de l'écriture de M. Delorière (d'Aché). Enlève tout ce qui est de son écriture... Si on te demande s'il y a longtemps que M. Delorière est venu à Tournebut, tu diras qu'il n'est pas venu depuis environ deux ans. Dis-le à Colas, à Catin et à la fille de la basse-cour...

Licquet prenait soigneusement copie de ces billets ; puis il les laissait aller à destination, dans l'espoir que la réponse, également confisquée au passage, lui apporterait quelque lumière... D'ailleurs, il ne pouvait, dans ses fréquentes visites aux détenus, hasarder la moindre allusion aux confidences qu'ils échangeaient, de crainte qu'ils ne vinssent à suspecter la fidélité de leur messager et à renoncer à son intermédiaire. Bien des points restaient donc pour le policier très obscurs. Le billet suivant de Bonnœil à Soyer contenait cette phrase :

Mets les petits rideaux sur la fenêtre de l'endroit où je t'ai dit d'enfoncer le clou...

Et on se représente Licquet, le front dans ses mains, cherchant à déchiffrer ce rébus; ce fichu de mousseline, ces petits rideaux, ce clou... <vlait-ce donr* là un langage figuré convenu d'avance entre les prisonniers ? Et toutes ces précautions semblaient prises pour sauver ce mystérieux d'Aché, dont le salut était l'unique préoccupation des prévenus; un

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mot écrit par Mme de Combray à Bonnœil ne permettait plus aucun doute sur le récent séjour du conspirateur à Tournebut :

Je désire que Mme K... aille chez moi et voie avec So *... si Delor2... n'aurait pas laissé dans la petite chambre près la chambre où couchaient les cuisinières du papier dans la doublure de toile cirée; enfin qu'il regarde partout et brûle tout.

L'indication, cette fois, était si précise que Licquet n'y tint plus; il partit pour Tournebut que la gendarmerie occupait depuis quinze jours ; il emmenait avec lui Soyer qui devait lui servir de guide, et le commissaire de police Legendre pour dresser le procès-verbal des perquisitions.

On arriva à Tournebut le 5 septembre au matin ; Licquet, que cette chasse aux conspirateurs exaltait, dut éprouver une singulière émotion en approchant de ce mystérieux domaine, objet de toutes ses pensées; d'un coup d'oeil il en prit en quelque sorte possession : il fut frappé de l'isolement du château, si bien placé à l'écart de la route, au pied des bois; il constata « qu'on pouvait y pénétrer par plus de vingt endroits différents sans être vu» ; il fit éloigner les domestiques, posta un gendarme à chacune des portes et, sous la conduite de Soyer, il entra dans les appartements.

C'était d'abord, au haut du perron, sur la cour, dans l'aile de briques construite par le sire de Marillac, une vaste pièce servant de chambre à Bon-

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