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mis la main sur la direction de la police et il s'acquiltait de ces fonctions1 avec tant de verve, d'autorité ft de malice que nul ne songeait à critiquer ses empiétements. On le craignait, d'ailleurs, car il avait la langue acérée ; mais il plaisait au préfet qui aimait son esprit et appréciait son habileté.
Découvrir l'introuvable conspirateur et montrer par là son savoir-faire à la police de Paris, voilà qui, dès l'abord, séduisit grandement Licquet. — Aussi sa satisfaction fut-elle sans bornes quand, le 17 août 1807, trois jours après qu'il eut donné .ses instructions à ses agents et dressé leur plan de campagne, on vint lui apprendre que « M. d'Aché était écroué' à la Conciergerie du Palais de justice ». Il y courut et se fit amener le prisonnier : — c'était Tourlour, le frère de d'Aché, l'inoffensif Placide, arrêté à Saint-Denisdu-Bosguérard, où il était allé, de Rouen qu'il habitait ordinairement, passer une quinzaine chez sa vieille mère2. La déception de Licquet était cruelle, car il n'y avait rien à tirer de Tourlour ; il l'interrogea cependant, pour dissimuler sa déconvenue, sur son frère que Placide déclara n'avoir pas vu depuis quatre ans, et sur l'emploi de son temps qu'il partageait, lorsqu'il n'occupait pas son logement de la rue Saint-Patrice, entre Saiut-Denisdu-Bosguérard et le château de sa parente, Mme de
1. Les annuaires du département de la Seine-Inférieure de 1806 à 1811, mentionnent Licquet an double litre de secrétaire général de la mairie et de chef de la police.
2. M'"" d'Aché avait quitté Saint-Clair en mars 1801 et Placide d'Aché l'avait installée à cette époque à Saint-Denis-du-Kos^uérard.
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Combray, aux environs de Gaillon. D'ailleurs il protesta « qu'il n'avait en vue que sa tranquillité et les soins à donner à sa mère impotente et fort âgée» C'était la seconde fois que l'attention de Licquet était attirée sur le nom de Mme de Combray. Il l'avait déjà lu, cité incidemment, dans le procès-verbal de l'interrogatoire de Flierlé, et, tout de suite, avec l'instinct du policier pour qui un mot suffit à la reconstitution de toute une intrigue, il eut l'intuition subite que là était le nœud de l'affaire. Cette imprudente confidence échappée à Tourlour devait attirer sur la tête de Mme de Combray d'épouvantables catastrophes et Licquet tenait en v^ain le bout du fil qui allait lui servir de guide dans le dédale où Caffarelli avait refusé de s'engager.
Près d'un mois auparavant, en arrivant, la nuit, à Tournebut avec le notaire Lefebvre, Mme de Combray avait expressément recommandé à Soyer de ne point ébruiter son retour. Elle s'était enfermée dans son appartement avec sa femme de chambre, Catherine Querey ; le notaire avait partagé la chambre de Bonnœil. La nuit fut tranquille. Le lendemain — c'était le mardi 28 juillet — la marquise fit voir à Lefebvre les appartements préparés pour recevoir le roi et les cachettes du grand château1 ; Bonnœil lui montra les copies du manifeste
1. « On m'a montré un grand et vaste appartement du côté du nord, lequel était destiné, à ce que m'a dit M"* de Combray, à recevoir le prétendant et les personnes de sa suite, si on avait le bonheur qu'il vînt en France, et elle me montra un petit > qui conduisait à plusieurs appartements au-dessus de celui-ci,
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de d'Àché et l'oraison funèbre du duc d'Efigîilen, dont on flt^ après le diner, la lecture respectueusement. Vers le soir* Soyer annonça la visite du receveur de la poste de Gaillon ; c'était un aini qui avait, à plusieurs reprises, rendu aux habitants de Tourrtebut de signalés services. Il venait d'apprendre que le Commandant de la gendarmerie avait reçu, de Paris, l'ordre de faire à Tournebut une perquisition qui aurait lieu incessamment. Mmede Combray ne se troubla point; depuis longtemps elle était préparée à cette éventualité : elle ordonna à Soyer de porter quelques provisions au petit château et, quand la nuit fut venue, elle s'y rendit avec Lefebvre. Il y avait là deux cachettes confortables dont elle lui expliqua le mécanisme : l'une dé ces oubliettes était assez vaste pour qu'on pût y installer côte à côte deux matelas1 : elle y fit entrer le notaire, s'y glissa après lui et referma sur eiix les cloisons.
Bonnœil restait seul à Tournebut; l'existence paisible qu'il y menait depuis deux ans le mettait à l'abri de tout soupçon et il s'apprêta à recevoir les gendarmes qui se présentèrent le vendredi, dès l'aube. Le commandant du détachement exhiba son mandat de perquisition; BoflUœilj fort rassuré sllr l'issue de l'incident et, par suite, plein de Bâflg-
qu'elle me dit être assez vastes et que dans cette partie du ch;\icau od pouvait bien y lutrer qu . mte à cinquante persi uni ». > Interrflgsldife de I !2 août 1808. Archives du greife de la
Gbaf ftonpn.
i. * C'était un appartement de huit pieds de loitfc... » Interrogatoire de Lefebvre, 22 août 1808. Archives du greiïe de la Cour le ttouen.
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froid^ ouvrit toutes les portes, livra toutes les clefs. Les soldats parcoururent le chàteaii des caves aUx combleb, rien ne paraissait moins suspect que cette grande maison dont la plupart des appartements semblaient inoccupés depuis longtemps, et Bonnœil affirma que sa mère était partie depuis une quinzaine de jours pour la Basse-Normandie où elle allait, chaque année, à pareille époque, recueillir ses fermages et visiter ses terres des environs de Falaise ; les domestiques, sommairement interrogés, furent d'autant plus unanimes dans leur déclaration qu'à l'exception de Soyer et de M1,e Querey qui, seuls, étaient dans le secretj ils avaient tous vu la marquise partir pour Falaise et qu'ils ignoraient son retour.
L'officier reprit avec ses hommes le chemin de Gaillon, sans se douter que la femme qu'il cherchait était tranquillement occupée, tandis qu'on perquisitionnait dans sa maison, à jouer aux cartes à cent pas de là, avec un de ses complices. C'est à cet innocent passe-temps que Mme de Combray employait, en effet, les longues heures que la politique l'obligeait à vivre dans les réduits hermétiquement clos du petit château.
Elle séjourna, avec son hôte, pendant huit jours dans celte maison à double fond, ne se montrant point au dehors, occupant la journée à parcourir les deux eiages de pièces démeublées et rentrant dans la cachette dès que tombait la nuit1. Tous deux ne reparurent à Tournebut que le mardi 4 août. Ce
1. Interrogatoires de M"" de Combray, du notaire Lefebvre, de
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jour-là, Soyer reçut de Mme Acquêt une lettre sur l'enveloppe de laquelle la jeune femme avait écrit : pour maman : c'était la réponse au billet envoyé de Groissanville par Lefebvre. Mme Acquêt mandait que « le départ de sa mère lui faisait beaucoup de tort »; elle assurait pourtant que tout danger semblait écarté et que le notaire pouvait revenir à Falaise sans inquiétude. Pour sa part, elle avait trouvé asile « chez une personne sûre » ; l'abbé Morand, vicaire de Guibray, se chargeait, ajoutaitelle, de lui faire tenir sa correspondance. De la proposition qui lui avait été faite de venir se réfugier à Tournebut, pas un mot. Evidemment Mme Acquêt préférait la retraite qu'elle s'était choisie et qu'elle ne désignait pas. Mme de Combray, de son côté, soit qu'elle fût peinée de cette défiance injustifiée, soit qu'elle craignît de se poser en complice du vol si elle ne séparait pas complètement sacause de celle de Mme Acquêt, fit répondre par sa femme de chambre « qu'il n'était plus temps de venir, qu'elle se portait fort mal et ne pouvait recevoir personne [ ». Ainsi se trouva nettement accusé le dissentiment qui divisait ces deux femmes.
Ce fut Lefebvre qui se chargea de remettre la lettre à l'abbé Morand; le notaire avait hâte de ren-
Soyer, de Ri"* Querey. Passim. Archives du greffe de la Cour d'assises de Rouen.
1 . « Dix à douze jours après son arrivée à Tournebut, M"" de Combray voulut que j'écrivisse pour elle une lettre à un abbé de Falaise que je crois être l'abbé Morand. Je fis observer à Madame que j'écrivais fort mal; mais Madame insista et j'écrivis. Cette lettre ne disait rien autre chose, si ce n'est que Madame se portait fort mal, qu'elle ne pouvait recevoir personne. Comme M"" do
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trer à Falaise où il se sentait, par sa situaion, plus en sécurité que dans les caches de Tournebut. Il partit le jour même après avoir fait choix, dans les écuries du château," d un cheval jaune1» ; il chaussa une paire de bottes et endossa une redingote, appartenant à Bonnœil, puis gagna le bois par une petite porte percée dans le mur du parc. Soyer le conduisit jusqu'à la grande route, près du moulin des Quatre-Vents 2. Lefebvre prit, pour éviter Evreux et Louviers, la route du Neubourg. Le surlendemain, 6 août, il déjeunait à Glatigny, chez Lanoë, y laissait la redingote, les bottes et le cheval jaune; et, le même jour, il se dirigeait gaillardement sur Falaise, où il arrivait le soir. Dès le 7, il voyait Mme Acquêt et la trouvait complètement rassurée.
Après que Lanoë, douze jours auparavant, l'eût abandonnée, désespérée, devant la ferme de Villeneuve, Mme Acquêt avait tant supplié une femme qui se trouvait là que celle-ci consentit à aller chercher Colin, l'un des domestiques delaBijude : c'est avec lui que la fille de la marquise de Combray revint à Falaise sur l'un des chevaux du fermier. Elle n'osa se présenter à l'hôtel de la rue du Tripot et s'arrêta chez la mère Ghauvel, une brave femmt> qui blanchissait le linge de la maison de Combray;
Combray avait dit que M°" Acquêt pourrait arriver, j'ai lieu de présumer que cette lettre n'était écrite que dans l'intention de l'en détourner. » Déclaration de M11* Querey, 5 septembre 1807. Archives du greffe de la Cour d'assises de Rouen.