‹ Tournebut, 1804-1809Chapitre 68 sur 115 · Lettre à Real. Archives nationales, F · texte numérisé non relu

Lettre à Real. Archives nationales, F

service de l'infirmerie ; elle avait d'assez bonnes manières, s'exprimait bien et était à peu près du même âge que Mmo Acquêt. Il fut facile de s'assurer que cette femme consentirait, moyennant remise d'une partie de sa peine, à servir d'espionne à Licquet On parla d'elle à Mme de Gombray, en ayant Qoin de la présenter comme une royaliste fanatique v< tourmentée pour ses opinions » ; la marquise témoigna le désir de la voir; la femme Delaitre joua parfaitement son rôle, se donna comme ayant été élevée avec Mme Acquêt au couvent des Nouvelles Catholiques de Caen, se dit fort honorée de partager la prison de la mère de son ancienne amie de pension ; bref, le soir même, elle était en mesure de transmettre à Licquet les confidences de la prisonnière. Celle-ci lui avait conté comment Mme Acquêt avait assisté, sous un costume d'homme, à de nombreuses attaques de diligences; Mme de Combray ne redoutait rien tant que de voir sa fille tomber entre les mains de la police : « Si elle est prise, disait-elle, elle me chargera1. «D'ailleurs, la marquise était résignée à son sort ; elle se savait destinée à l'échafaud : « au surplus, le roi et la reine ont péri sur la guillotine ; elle y mourra bien aussi2 »; pourtant, elle s'inquiétait de savoir si, au moyen d'une forte somme, elle pourrait se sauver; du cheval jaune pas un mot.

1. Déclarations de la femme Delaitre, infirmière a la conciergerie du Palais. Archives nationales, F' 811$,

2. « Elle &i nnple tellement périr qu'elle a promis à la déclarante de lui taire cadeau de son ajustement le jour où elle montera à la guillotine, ce à quoi elle s'attend. » Déclaration de la femme Delaitre.

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Le lendemain, elle insista sur les craintes que lui inspirait le sort de sa fille ; elle aurait voulu l'avertir « de changer de costume et de se placer, comme servante, à dix ou douze lieues de Falaise», revenant toujours à ce refrain : « Si elle est arrêtée, elle parlera et je suis perdue. » De sorte que Licquet se persuada que, si la marquise attachait tant d'importance à ce que le cheval jaune ne fût pas trouvé, c'était parce que sa découverte devait indubitablement amener celle de Mme Acquêt. Celle-ci avait, depuis deux semaines, si complètement échappé aux recherches du capitaine Mauginot et de toute la gendarmerie du Calvados que Real était convaincu de son passage en Angleterre. — « Les pêcheurs de la côte, écrivait-il, sont si mal surveillés1! » Or, sans d'Aché, sans Mme Acquêt, point de procès possible : l'avortement des poursuites, en divulguant la force de l'organisation du parti royaliste et l'impuissance du gouvernement, donnerait pleinement raison à l'indolente neutralité de CafTarelli; en revanche, Licquet savait bien qu'un insuccès serait la fin de sa carrière : il avait fait de l'affaire sa chose ; son préfet, Savoye-Rollin, ne le suivait tju'à contrecœur, tout prêt à le renier en cas d'échec; Real lui-même prenait des précautions pour sacrifier au besoin un surbordonné si compromettant et, aux lettres de ton amical, émanées du ministère de la police, succédaient maintenant des ordres secs qui présageaient la défaveur : «Il est indispensable de découvrir la retraite de Mme Acquêt; — il faut pro-

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