Archives nationales, F
taire répondit, sans méfiance, au verso du feuillet :
Chez Lanoë, à Glatigny, près de Bretteville-sur-Dives.
Chez Lanoë ! Gomment Licquet ne l'avait-il pas deviné ! Ce nom, si fréquemment cité dans les déclarations des inculpés, n'avait pourtant point retenu son attention. C'était-là bien certainement qu'était cachée Mœe Acquêt et, tout de suite triomphant, il expédia à Real un exprès pour lui annoncer l'heureuse nouvelle : en môme temps il mettait en route vers Glatigny deux agents adroits1 : ils partirent de Rouen le 15 septembre et les heures parurent longues à Licquet en attendant leur retour. Trois jours, cinq jours, dix jours se passèrent sans qu'il reçut de leurs nouvelles; pour s'aider à prendre patience, il s'occupait à cuisiner — c'est le terme de police consacré — le notaire Lefebvre : une correspondance suivie s'était établie entre Mmede Combrayet celui-ci ; mais il montrait dans ses billets, aussi bien que dans ses interrogatoires, une défiance extrême'2. Licquet s'effarait même à la pensée que le prudent notaire n'aurait pas indiqué l'asile du cheval jaune s'il n'était bien per-
i. « ^m* de Combray qui ignorait effectivement où le cheval et sa fille étaient cachés, l'a demandé à son fils Bonnœil, qui ne le sait pas non plus. On a es> tyé de faire passer le billet de M,u* de Combray au notaire, qui, de sa main, a écrit sur le dos l'adresse do la femme et du cheval. On a mis immédiatement à leurs trou des hommes bien adroits. » Lettre de Licquet à Héal. Archives nationales, F" 8172.
2. Rapport de Licquet au préfet de la Seine-lnférieuro. Archives nationales, F7 8170
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suadé d'avance que cette piste ne pourrait conduire à rien. Aussi le policier, qui jouait son va-tout, vécut-il dans l'angoisse les deux semaines que dura l'absence de ses agents. Ils reparurent enfin, déconfits et navrés, traînant le cheval jaune fourbu et amenant une sorte de colosse, « assez semblable à un grenadier1 », qui n'était autre que la femme de Lanoë. Le récit des émissaires de Licquet fut aussi court que décevant. En arrivant àBrettevillesur-Dives, ils s'étaient présentés, avec mille précautions, à la ferme de Glatigny et n'y avaient pas trouvé Lanoë que Gaffarelli avait arrêté quinze jours auparavant. Seule, la fermière les avait reçus et dès leur première question, les avait conduits à l'écurie du fameux cheval, ravie d'être débarrassée de cette bête affamée qui consommait tout son fourrage. Les agents avaient poussé jusqu'à Gaen et obtenu du préfet l'autorisation de converser avec Lanoë : celui-ci avait reconnu sans difficulté que le cheval lui avait été remis, à la fin de juillet, par Lefebvre, revenant de Tournebut ; mais il s'était défendu de connaître la retraite de Mme Acquêt. A l'en croire, celle-ci était «prisonnière de sa famille 2 » et jamais, sans doute, on ne la découvrirait, tout le pays de Falaise étant vendu à M. de Saint-Léonard, maire de la ville, qui s'était déclaré le protecteur de sa cousine.
On renvoya a Glatigny la femme Lanoë, mère de trois enfants en bas âge, mais on garda à Rouen