‹ Tournebut, 1804-1809Chapitre 85 sur 115 · Bulletin de l'Observatoire, 9 janvier · texte numérisé non relu

Bulletin de l'Observatoire, 9 janvier

2. Extrait du registre des actes de décès de la commune de Vaugirard.

Du 9 janvier 1808, acte de décès de Armand- Victor Le ChevaluT,

le grandjuge disait « qu'on ne pouvait les mettre en liberté, mais que l'intérêt de l'Etat exigeait qu'ils ne comparussent pas devant des juges », et l'on craignait, en poussant plus avant les investigations, d'être entraîné à quelque vaste procès politique qui mettrait en émoi tout l'ouest de la France, toujours prêt à l'insurrection et que les rapports montraient comme organisé pour une nouvelle Chouannerie. Il est bien certain que la capture de d'Aché aurait singulièrement gêné Fouché et, en attendant qu'on put le faire disparaître comme Le Chevalier, il préférait, de beaucoup, le voir échapper aux poursuites de ses agents ; l'absence de ces chefs du complot allait permettre de présenter le vol du 7 juin comme un simple acte de brigandage auquel la politique était tout à fait étrangère.

On imposa donc silence aux bavardages du notaire Lefebvre, en proie à une incontinence de dénonciations qu'il n'interrompait que pour se lamenter et maudire ceux qui l'avaient entraîné dans cette aventure ; on modéra le zèle de Licquet à qui le préfet confia le soin de rédiger le rapport général de l'affaire, ce dont «1 s'acquitta si bien que son volumineux travail parut à Fouché assez « lumineux et circonstancié pour être soumis tel quel à Sa Majesté1 ». Puis on commença, sans hâte, às'occu-

decédé de ce jour, plaine de Grenelle, à Vaugirard, âgé de 27 ans 8 mois, né à Vire (Calvados). La déclaration à nous faite par Jacques-Noël Langlois, jardinier, âgé de 45 ans, demeurant Clos Feuquier à Vaugirard et Louis Bachelier, propriétaire, rue de Sèvres, à Vaugirard, âgé de 79 am.

i. Archives nationales, F7 8171.

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per du procès : il fallait interroger et confronter, suivant les formes, les quarante-sept personnes incarcérées ; de ce nombre l'accusation ne retint qu& trente-deux prévenus, dont vingt-trois étaient présents. C'étaient Flierlé, Harel, Grand-Charles, Fleur d'Epine et Lelléricey qui, sous les ordres d'Allain, avaient attaqué le chariot; la marquise de Combray sa fille et le notaire Lefebvre, instigateurs du crime ; Gousset, le voiturier ; Alexandre Buquet, Placène, Vannier, Langelley, qui avaient recelé les fonds ; Chauvel, Lanoë, comme complices, puis les auber gistes de Louvigny, d'Aubigny et d'ailleurs qui avaient nourri les brigands. Les accusés absents ou fugitifs étaient d'Aché, Allain, Le Lorault dit la Jeunesse, Joseph Buquet, la fille Dupont, puis des amis de Le Chevalier ou de Lefebvre compromis parles révélations de cedernier : Courmaceul, Révérend, Dussaussay, etc.. Grenthe dit Cœur-de-fioi était mort à la Conciergerie pendant l'enquête, Le jardinier de Mme de Combray, Châtel, s'était suicidé quelques jours après son arrestation. Quant à Placide d'Aché et à Bonnœil, on décida qu 'ils ne seraient point mis en jugement et qu'on les traduirait plus tard devant une commission militaire : on écartait manifestement du proies tout ce qui aurait pu lui donner une importance politique.

Mme de Combray, édifiée enfin sur le genre d'inîérôt que lui avait témoigné Licquet, et revenue du pays des illusions où le policier l'avait si habilement promenée, avait pu enfin commuai quer il irec-

LE CHEVALIER 29'â

tement avec sa famille : son fils Timoléon n'avait jamais approuvé, on se le rappelle, ses compromissions politiques, et depuis la Révolution, il s'étajt tenu à l'écart de Tournebut. Mais, à la première nouvelle des arrestations, faisant trêve à des récriminations trop faciles, il était accouru se fixer à Rouen pour être à portée de sa mère et de son frère prisonniers. Les lettres qu'il échangeait avec Ronnœil, dès qu'il lui fut permis de conseiller les détenus, indiquent, de la part de l'un et de l'autre, un grand sens de la situation, une irréprochable honnêteté et une réciproque et profonde amitié. Celte famille, que Licquet se plaisait à, représenter comme uniquement composée de gens haineux, libertins ou égarés, nous apparaît, dans ces correspondances intimes, sous un jour bien différent; les deux frères sont pleins de respect pour leur mère ; ils témoignent à leur sœur, malheureuse et coupable, un attachement attendri; jamais un mot de reproches, jamais une allusion aux faits connus et pardonnes : tous sont ligués contre l'ennemi commun, contre Acquêt, qu'unanimement ils considèrent comme l'auteur do tous leurs maux1. A son retour du Temple, fort des. services louches qu'il avait rendus, celui-ci était rentré triomphant à Donnay; il ne cherchait pas h dissimulei sa joie des catastrophes qui accablaient les Combray, et il les traitait déjà en ennemi» vaincus.

On tint donc conseil : l'avis de Bonnœil et de Timo^léon, comme aussi «elui de la marquise, était da

i. Archives de la famille de Saint- Victor.

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tout sacrifier pour sauver Mme Acquêt; ils n'ignoraient pas que les dénonciations intéressées du mari faisaient d'elle la principale coupable et que l'accusation devait peser presque entièrement sur elle. Ils résolurent de faire appel à Chauveau-Lagarde, auquel le périlleux honneur d'assister, devant le tribunal révolutionnaire, la reine Marie- Antoinette avait valu un renom illustre. Le grand avocat consentit à se charger de défendre Mme Acquêt : il envoya à Rouen, pour étudier l'affaire, un jeune secrétaire nommé Ducolombier, qui habitait ordinairement avec lui : « — un intrigant, se disant médecin », écrivait dédaigneusement Licquet. Ducolombier se fixa à Rouen et commença par examiner la situation, plus que trouble, de la fortune des Gombray. Depuis plusieurs années, la marquise, aux abois, avait consenti à la vente de quelques-unes de ses propriétés ; Timoléon dut requérir des inscriptions hypothécaires pour la conservation des droits de ses sœurs et de ses propres créances; et, tout autant pour parer au désastre financier qui menaçait sa famille que dans l'espoir d'être utile à sa mère en atténuant, par acte authentique, sa responsabilité, il provoqua et obtint, devant le tribunal de Louviers, la mise en curatelle de Mmcde Combray1. Un arrêt de la Cour de cassation du 17 mai 1808, dessaisissant de l'affaire lacourdeGaen, enavaitattribuéla compétence à la cour de justice criminelle et spéciale de la Seine-Inlt-rieure. C'est donc à Rouen que, « pour cause de sûreté de l'Etat »,

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