Renseignements particuliers
2. Bulletin de police du 5 janvier 1808. Archives nationales. 1. Registres du Temple. Archives de la préfecture de poMee.
paperassait si sobrement qu'aucun de ses dossiers n'a subsisté : elle jouait dans l'organisation sociale le rôle d'une trappe, sur laquelle on poussait les gens dont on était embarrassé. Il y eut des condamnés dont on ne connaît le sort que parce qu'on retrouve leurs noms griffonnés sur un feuillet à demi déchiré, qui servait d'enveloppe à des rapports de police.
Le Chevalier fut condamné à mort : à quatre heures il quittait l'hôtel de l'état-major et était écroué à la prison de l'Abbaye en attendant l'exécution. Tandis qu'on vaquait aux préparatifs, il écrivit à Mtae Thiboust, restée depuis trois jours sans nouvelles, cette lettre qui parvint le lendemain à la pauvre femme désolée :
Ce samedi, 9 janvier 1808.
Je vais mourir, ma sœur, et je vous lègue mon fils. Je né fais aucun doute que vous aurez pour lui tous les soins et toute la tendresse d'une mère. Ayez aussi, je vous prie, pour former son âme et son caractère, la fermeté et la vigilance que j'aurais eues moi-même.
Malheureusement, en vous léguant cet enfant qui m'est si cher, je ne peux y joindre le legs d'une fortune égale à celle qUe mes parents m'avaient laissée en héritage. C'est la principale faute que je me reproche dans le cours de ma vie d'avoir diminué l'héritage qu'ils m'avaient transmis. Élevezle selon sa fortune actuelle et faites-le plutôt artisan, s'il le faut, que de le confier a des soins étrangers.
Un de mes plus grand? regrets en quittant la vie est d'en iortir sans avoir témoigné ma reconnaissance à vous et à votre fille. Adieu, je vivrai j'espère dans votre souvenir et vous me ferez vivre aussi dans celui de mon fils.
Ls Chkvàlibr ' 1. Renseignement particulier.
292 TOURNERUT
La nuit était venue, une nuit d'hiver froide et brumeuse*, quand le fiacre qui devait conduire le condamné au supplice vint se ranger devant la porle de l'Abbaye : le trajet était long de Saint-Gcrmaindes-Prés à la barrière par les rues du Four et de Grenelle, l'avenue de l'Ecole-Militaire et lechemin, alors tortueux et sans nom, qui est aujourd'hui la rue Dupleix. Il faisait, ce soir-là, un brouillard humide qui épaississait encore la nuit : les curieux, sans doute, furent rares, et le spectacle, pourtant, dut être sinistre : sur ce terrain pelé, contre le mur de l'enceinte, s'adossait le condamné, descendu du fiacre arrêté dans l'angle formé par le bâtiment de la barrière de Grenelle. L'usage, pour les fusillades de nuit, était de placer sur la poitrine du supplicié une lanterne allumée qui servait de cible aux hommes.
A six heures, tout était terminé : tandis que le peloton rentrait en ville, les fossoyeurs s'approchaient du corps tombé au pied du mur et le portaient au cimetière de Vaugirard; un jardinier du voisinage et un rentier, vieillard de quatre-vingts ans, que la curiosité avait amenés près du cadavre de ce chouan inconnu, servirent de témoins à la rédaction de l'acte de décès2...
La mort de Le Chevalier mit fin à l'instruction de l'affaire du Quesnay : il était de ces prisonniers dont