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— c'était au printemps de 1808 — un inconnu se présenta au château de Mandeville et demanda M. Alexandre : c'était là, on s'en souvient peut-être, le nom que prenait d'Aclié dans la région de Bayeux. Il voulut lui-même répondre à cet homme; ayant jugé son attitude louche et ses questions indiscrètes, il le mit à la porte en le traitant d'espion, mais non sans que l'intrus ne proférât, en s'éloignant, quelques menaces.
Le fait éveilla les craintes de M. de Montfiquet qui persuada à son hôte de quitter pour quelque temps Mandeville. Au cours de la nuit suivante, tous deux partirent à pied pourRubercy où M. Gilbert de Mondejeu, grand ami et confident de d'Àché, poursuivi depuis longtemps par la police, vivait caché dans la maison d'une demoiselle Genneville. Cette vieille fille, ardente royaliste, ouvrit de grand cœur sa maison aux fugitifs : ils s'installaient à peine autour du déjeuner quW venait de servir quand une servante donna l'alarme :
— Voilà les soldats! cria-t-elle1.
t)'Aché et Mondejeu se jetèrent hors de la salle, firent un bond du perron dans la cour, au moment môme où la porte charretière, renversée, livrait passage aux gendarmes : les deux gentilshommes étaient pris si la chute d'un cheval, glissant sur le pavé humide, n'eût produit un encombrement d'un instant, à la faveur duquel ils purent refermer sur eux la porte d'une grange, sortir par les derrières
1. Le Sénécal. Le meurtre du baron d'Ac/té, vérités historique* opposées aux fictions des romans (Bayeux, 1869).
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et gagner, en sautant les haies de la propriété, un petit bois de l'autre côté du ruisseau de la Tortone.
Mais d'Aché avait été vu et, de ce jour, il fut condamné à reprendre son existence errante, vivant le jour dans les bois, marchant la nuit, sans ressources, car il n'avait plus d'argent, mais sûr de trouver, en cas urgent, un asile dans cette région où les réfractaires abondaient et où toutes les portes s'ouvraient devant eux. C'est ainsi qu'il gagna la forêt de Cerisy dont une partie, jadis, avait appartenu aux Montfiquet1 et où s'ouvraient ces galeries de mines abandonnées qu'on avait signalées à Licquet comme servant de retraite à Allain. ÎJ est vraisemblable que celui-ci s'y était, en effet, réfugié et qu'il aida d'Aché à s'y cacher pendant quelque temps ; mais sur ce point, si l'on en excepte une délation assez vague de Bureau de Placène2, aucun document ne fait foi.
Toujours est-il que, obligé d'abandonner définitivement le château de Mandeville, où les gendarmes avaient, ainsi qu'à Rubercy, opéré une perquisition, d'Aché ne manquait pas d'asiles dans la région de Bayeux3 : une dame Ghivré, habitant un château des environs de la ville, était, depuis quinze ans, la providence des chouans les plus com-
1. Le château qui porte ce nom est bâti à la lisière même de la forêt, à 3.000 mètres environ du bourg de Balleroy.