Archives nationales, F
3. Gomme, du reste, dans toute la Normandie. Licquet avait constaté que, dans le département de l'Eure, tous les châtelains des environs de Louviers tenaient à honneur d'héberger, chacun à son tour, le royaliste proscrit. Archives nationales, F7 8171.
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promis et d'Aché savait être chez elle bien accueilli; il ne fit, croit-on, qu'y séjourner durant quelques jours. Aux faubourgs de Bayeux même, il trouva pendant plus longtemps une calme et confortable retraite dans la maison de Mme Amfrye1 qui, vivant seule avec sa fille et une servante, passait pour se désintéresser complètement de la politique. Cette dame Amfrye, qui ne sortait guère que pour aller aux offices et qu'on rencontrait de grand matin dans les rues désertes de Bayeux, marchant, les yeux baissés, vers Saint-Patrice, en compagnie de sa domestique qui portait le livre de prières, était une des plus militantes royalistes de la région. Elle tenait le dépôt des fonds que les émigrés d'Angleterre envoyaient au parti et se chargeait, en outre, de leur correspondance ; une fois par semaine un prêtre sonnait à la porte de Mme Amfrye : c'était l'abbé Nicolas, curé de Vierville, petit village de pêcheurs, situé sur la côte, à quelque cent mètres de la pointe de la Persée. L'abbé Nicolas, dont la réputation de charité était proverbiale, ce qui expliquait ses fréquentes visites à Mme Amfrye « qui donnait beaucoup », était, en réalité, un loup de mer comparable, pour l'énergie et le courage, à ce David
i. Dans une lettre de Caffarelli à Real (28 septembre 1809), il est parlé des liaisons de d' Aché avec l'Angleterre, « d'où il lirait des marchandises et où il envoyait des dentelles ; son dépôt de marchandises était chez M"" Amfrie, à Bayeux... Depuis un an au moins, il n'a pu avoir aucune communication avec les ennemis de la France... Son magasin s'est épuisé; j'ignore ce qui l'a fait sortir de son gîte ; mais il est également certain que, très peu de temps avant son départ de Bayeux, il était chez une demoiselle Dumesnil, logea place Saint-Patrice, n'ayant qu'une servante et vivant très obscurément. » Archives du Calvados; police. Affaire d'Acné.
MADAME DE VAUBADON 3i?
V Intrépide que nous avons vu servant de pilote à d'Aché; sa messe dite et son bréviaire récité, il s'embarquait, par tous les temps, dans un canot qu'il dirigeait seul et gagnait ainsi les îles Saint- Marcouf où s'opéraient, avec les émissaires de la station anglaise, l'échange des lettres et la remise des paquets que le brave prêtre apportait, sous sa soutane, jusqu'à Bayeux1. Ainsi, dans cette ville morne, à l'ombre de l'imposante et singulière cathédrale , se jouait secrètement, entre ces gens pieux, ce drame continuel où chacun risquait sa vie pour ia cause royale ; ils savaient n'avoir pas à gagner au retour du roi légitime ; mais ils s'obstinaient à leur tâche par haine de cet usurpateur dont ils ne connaissaient rien, et que leurs cœurs simples et leurs esprits prévenus différenciaient maldesMarat ou des Robespierre qui l'avaient précédé.
Dans Bayeux môme, d'Aché pouvait se réfugier alternativement chez une demoiselle Dumesnil, vivant obscurément place Saint-Patrice, ou chez Mlle Duquesnay de Montfiquet, cousine des Montfiquet, de Mandeville, et qui habitait rue des Bouchers. Il avait été recommandé jadis et présenté à ces deux dames très respectables par Mme de Vaubadon, royaliste exaltée, qui, pendant le plus fort de la Terreur, avait rendu au parti de signalés services. Elle était citée parmi les Normandes dont le zèle s'était montré le plus intelligent et le plus dévoué.
4. Renseignements communiqués par Guilbert concernant la retraite de d'Aché. Archives nationales. F7 S172.
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Née de MesniUlot, nièce de Tourville, elle avait épousé, peu avant la Révolution, M. Lo Tellier de Vaubadon, fils d'un conseiller au parlement de Rouen, bel homme, aimable, loyal, élégant, « de la plus charmante sociabilité ». Elle était de taille moyenne, peu jolie, mais très séduisante, avec son teint très blanc, sa chevelure fauve, ses yeux tendres et sa démarche souple1. Deux fils étaient nés de cette union si bien assortie. Quand survint la Révolution, M. de Vaubadon émigra.
Après quelques mois de retraite au château de Vaubadon, la jeune femme se lassa de son veuvage qui paraissait devoir s'éterniser : elle revint habiter Bayeux où elle possédait de nombreuses relations ; la Terreur était passée, on commençait ù revivre, et la morne capitale du Bessin s'en donnait à cœur joie2; «jamais les bals, les concerts, les redoutes, les soupers ne furent aussi nombreux à Bayeux, plus animés, plus brillants qu'à cette époque ». Le succès de Mme de Vaubadon fut très vif; on saisit chez elle, en l'an IX, lors d'une perquisition opérée pour y découvrir certains chefs royalistes qu'on y disait cachés, une liasse de papiers qui est venue échouer dans les cartons de la police. 11 s'y trouve ce billet écrit par un adorateur :
Tous les hommes qui ont eu le malheur de vous voir sont atteints d'une blessure mortelle. Je vous prie, eu conséquent-, de ne pas séjourner plus longtemps dans cstte ville, de ne sortir de votre appartement que le soir, a la brune, et voilée.
\. Renseignements particuliers.
2. Peaet, liajcux à la fin du xvui' saviV, cite par M. do la Sicotière.
MADAME DE VAUUAD0N 319
Nous espérons guérir nos malades par des bains froids et des rafraîchissements ; mais daignez n'en pas faire des incurables1.
Pour ne pas frustrer ses enfants de la fortune paternelle que la nation pouvait séquestrer comme biens d'émigré, Mme de Vaubadon avait, ainsi que nombre de royalistes, demandé le divorce. Toutes celles qui avaient eu recours à cette extrémité s'empressèrent, dès que les portes de la France se rouvrirent devant leur maris, de requérir l'annulation du divorce et reprirent la vie commune. Mme de Vaubadon ne consentit pas à considérer la cassation de son mariage comme une simple formalité : elle entendit rester libre et même elle intenta à son mari un procès pour la liquidation de ses droits. Cet acte, sévèrement apprécié par l'aristocratie de Bayeux, aliéna à la jeune femme bon nombre de ses relations et la plaça quelque peu en marge de la société. Dès lors, on lui attribua des amants et, quoiqu'en pareille matière il soit impossible de distinguer la calomnie de la médisance, il paraît certain que sa conduite devint plus que légère : elle dissimulait à peine sa liaison avec Guérin de Bruslart, le chef de la Chouannerie normande, le successeur de Frotté, véritable type de brigand romanesque, qui parvint à vivre pendant dix ans en Normandie, et même à Pans, sans tomber dans un seul des mille pièges que lui tendit la police de Fouclié. Bruslart débarquait au milieu
1 Ce madrigal est signe Louis, président de l'a>liuinisi-ulion mu ticipale de Falaise, l'ièoes saisies chez M""" de Vaubadon. An laves nationales, F7 G236. Cité par lu Sicotiere.
de la nuit chez sa maîtresse, portant à la ceinture un arsenal de pistolets et de poignards, et «toujours prêt pour un combat corps à corps et désespéré».
Conjointement avec ce matamore, Mmo de Vaubadon recevait intimement un certain d'Ollendon, ancien chouan d'une réputation louche, qu'on disait passé à la police par besoin d'argent. Mme de Vaubadon était elle-même, depuis son divorce, dans une situation des plus précaires : elle avait dissipé en folles dépenses sa fortune déjà fortement délabrée par la Révolution. Réduite aux expédients, voyant se fermer devant elle les portes des maisons où naguère elle donnait le ton, elle quitta Rayeux et vint se fixer à Caen, rue Guilbert, presqu'en face de la rue Coupée1.
Soit que d'Ollendon l'eût décidée à tirer profit des relations qu'elle pouvait avoir conservées dans le monde de la Chouannerie, soit que Fouché fût, par ses agents, instruit qu'une ci-devant, connaissant bien des choses et bien des gens, se trouvait dans le besoin et ne refuserait pas de rendre quelques services grassement rétribués, Mme de Vaubadon entra en pourparlers avec la police. Ce fut le sénateur Doulcet de Pontécoulant. . . — l' homme qu'en 1793 Charlotte Corday avait, d'un mot, flétri immortellement — qui se chargea de faire cette recrue au gouvernement impérial.
Pontécoulant, qui passait pour l'un des protecteurs d'Acquctde Férolles, aurait, s'il faut encroire certaines traditions, insinué à Mme de Vaubadon que, « depuis