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Le meurtre du baron tfAche, par Le Sénéc&l

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M"' de Montfiquct céda : elle promit de décide* d'Aché à passer en Angleterre ; on était au vendredi matin, 6 septembre; il fut entendu que le lendemain, à dix heures du soir, elle le conduirait elle-même jusqu'au village de Saint- Vigor-le-Grand , aux portes de Bayeux; elle s'avancerait seule à la rencontre du guide envoyé par Mme de Vaubadon ; l'homme dirait Samson, MUe de Montfiquet répondrait Félix, et, seulement après l'échange de ce mot de reconnaissance, elle appellerait d'Aché, dissimulé à quelque distance.

Mme de Vaubadon repartit aussitôt pour Gaen ; elle était rentrée chez elle avant midi; son salon de la rue Guilbert n'avait guère d'autres habitués que des soupirants dont le plus assidu était, a ^ette époque, un jeune homme d'excellente famille, M. Alfred de Formigny, fort amoureux et, par suite,, fort jaloux de d'Ollendon qui passait alors pour l'amant en titre. Ce soir-là, M. de Formigny se présenta chez Mme de Vaubadon : on lui répondit qu'elle n'était pas chez elle; mais comme, de la rue, il apercevait da la lumière dans l'appartement du rez-de-chaussée, et qu'il avait cru distinguer la silhouette d'un homme se dessinant sur les rideaux, il se mit aux aguets et put constater que la maîtresse au logis causait de façon très animée avec un visiteur qu'il ne vit que de dos et en qui il crut reconnaître son rival'. Voulant en avoir le cœur net et résolu à une explication décisive, il se

1. Le Sénécal ne raconte pas cet épisode dont il "a do pourtant avoir connaissance. Hv "«Notente de dire qu'«il reste courant o,ue

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plaça en sentinelle devant la porte de la maison; « bientôt sortit, enveloppé d'un manteau, un homme qui, se voyant épié, ramena les piis de son vêtement jusque sur ses yeux. M. d& Formigny, certain d'avoir affaire à d'Ollendon, se précipita sur lui et, de force, écarta le manteau protecteur ». Mais il resta fort penaud en se trouvant face à face avec le brigadier de gendarmerie Foison1 qui, non moins contrarié, grommela quelques jurons et s'esquiva hâtivement. Le soir môme, M. de Formigny, encore tout ému de l'aventure, en faisait le récit à quelques amis : indiscrétion sans conséquences, semblait-il; la réputation de Mme de Vaubadon était entamée au point qu'une nouvelle atteinte passait presque inaperçue.

Cependant M1" de Montfiquet avait tenu sa promesse ; dès que son amie l'eut quittée, elle se rendit chez M1" Dumesnil, où, depuis six semaines vi

le soir du vendredi 6, Mmo de Vaubadon reçut en audience particulière, très mystérieuse, le sieur Foison, maréchal des logis de la gendarmerie à Gaen ».

i. Charles-Julien-Pierre Foison était né à Avranches, le 25 mars 1771. Il s'était engagé au 7° régiment de dragons, comme enfant de troupe, le 15 mai 1784. Brigadier en 1791, maréchal des logis de 1793 au 5 nivôse an V, il était alors entré dans la gendarmerie et il était sous-lieutenant quartier-maître depuis le 9 brumaire an X. Foison avait fait les campagnes de 92, de 93 et de !'an II, à l'armée du Nord, puis il était passé à l'armée de Sambreet-Meuse : il avait à son actif une action d'éclat: a Lachenbourg, près d'Altenkirchen, étant d'arrière-garde, il chargeait à la tôte de vingt-cinq- hommes au moment où Marceau fut atteint du coup de feu qui le renversa. Foison fut assez heureux pour faire plusieurs prisonniers et empêcher que le jeune général tombât au pouvoir de l'ennemi : ce fut lui qui fit porter par six grenadiers l'illustre blessé à Altenkircheu.

En 1808, Foison était ainsi noté par aes chefs . «du zèle, le désir

vait d'Aché et fit part à celui-ci des offres de Mme de Vaubadon. La proposition était si tentante, elle paraissait si bien inspirée par l'affection la plus attentive et la plus zélée, elle provenait d'une amie d'un dévouement si éprouvé qu'il n'hésita pas à l'accepter. On doit croire, cependant, qu'il ne courait pas à Bayeux grand danger et qu'il ne s'y cachait guère puisque, le samedi matin, il communia pieusement à l'église Saint-Patrice; puis il rentra chez MlIe Dumesnil et mit en ordre certains papiers. Le soir, quand la nuit fut complètement tombée, Mlle deMontfiquet vint le chercher • : elle le trouva prêt à partir ; il était vêtu d'une veste de chasse en drap bleu, d'un pantalon de velours côtelé vert olive, d'un gilet de piqué jaune et chaussé de bottes à la russe; dans les poches de sa veste il mit deux pistolets anglais, tout chargés, et prit en main une canne à épée. M"e de Montfiquet lui remit un petit livre de Pensées chrétiennes, sur lequel elle avait écrit son nom; puis, accompagnée de sa servante, elle le conduisit à travers le faubourg, jusqu'à Saint- Vigor-le-Grand. A l'endroit indiqué, devant le portail de l'église, elle trouva le guide envoyé par Mmo de Vaubadon : c'était le brigadier Foison,

de bien faire, de la conduite ; est estimé, d'un physique avantageux et d'une très belle tenue».

11 s'était marié, le 10 pluviôse an VII, à Marie-Anne Cabourg, née à Caen, le 4 avril 1773. Son frère, François-Damien Foison, servait également dans la gendarmerie à Caen, comme simple soldat, en 1809. -i Archives du Ministère de la Guerre.

1. D'après une lettre de Héal, que nous citerons plus loin, M°" Ain fric et sa fdle auraient également accompagné d'Aché Jusqu'au rendez-vou».

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qu'elle reconnut. Les signes de convention échangés, d'Aché se présenta, baisa la main de Mlle de Montfiquet, lui fit ses adieux et se mit en marche au côté du gendarme. La vieille lille, inquiète, le suivit de loin pendant quelques pas; elle aperçut, stationnant à l'extrémité des murs de l'ancien prieuré de Saint- Vigor, deux hommes vêtus en bourgeois1 ; ils se réunirent aux voyageurs ; tous quatre s'éloignèrent sur la route de traverse qui, par la ferme de Gaugy, conduit à Villiers-le-Sec. Leur but était de gagner, en passant la Seule au pont de Riviers, la plage de Lucsur-Mer, à sept lieues de Bayeux, où devait avoir lieu l'embarquement.

A l'heure où d'Aché et ses compagnons quittaient Bayeux, le bourg de Luc-sur-Mer était en émoi : le lendemain, dimanche, devait avoir lieu le tirage au sort de la garde nationale, et les jeunes gens du village, ne se dissimulant pas que cette fête était «une conscription déguisée », avaient menacé, disait-on ''empêcher la cérémonie, d'envahir la mairie et de brûler les registres de l'état civil et les papiers du recrutement. Ce qui contribuait encore à inquiéter la population, c'est que, depuis deux jours, quatre

1. Ces Jeux hommes étaient deux gendarmes de la brigade de Caen, arrivés depuis deux jours à Bayeux pour seconder Foison. M. Bene* l'érudit archiviste du Calvados, a retrouvé une lettre du sous-préfet de Bayeux au maire de la ville demandant «de faire donner le logement à deux gendarmes qui viennent faire à Bayeux un service extraordinaire. Le sous-préfet « donne au concierge des bâtiments militaires, les ordres de placer les gendarmes dans une de» casernes ; il invite le maire à leur fournir des lits et des ustensiles de ménage. » Archives du Calvados. Registre d'ordre et de correspondance delà tous-préfecture de Bayeux, n° 14738.

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hommes qu'on savait être des gendarmes déguisas, rôdaient dans les environs et surtout vers la plage ; ils avaient eu l'audace d'arrêter deux canonnicrs, gardes-côtes en uniformes et en fonctions et de leur demander leurs papiers ; une rixe grave s'en était suivie. La nuit, les mêmes hommes « portaient subitement une lanterne sourde sous le nez de tous ceux qu'ils rencontraient ».

M. Boullée, maire de Luc, qui habitait, assez loin du bourg, le hameau de Notre-Dame-de-la-Délivrande, au lieu dit le Bout-Varin, alarmé de ces divers éléments de trouble, veilla, avec ses domestiques, une partie de la nuit du samedi 7 au dimanche 8. A une heure du matin, comme il se trouvait réuni avec eux dans une pièce du rez-de-chaussée de sa maison, un coup de feu retentit au dehors et une balle vint frapper le croisillon de bois de la fenêtre. On courut à la porte, et, dans la nuit fort noire, on aperçut un homme qui s'enfuyait : la cartouche brûlait encore dans la cour.

M. Boullée expédia aussitôt un de ses domestiques au poste des canonniers gardes-côtes pour rendre compte du fait et demander deux homiius de renfort. Ceux-ci n'arrivèrent au Bout-Varin que vers quatre heures du matin. Ayant passé toute la nuit en patrouille assez loin de la Délivrande, ils n'avaient pas entendu le coup de fusil tiré, à une heure du matin, sur la maison du maire; mais, vers trois heures et demie, ils avaient perçu lo bruit de plusieurs détonations et d'un grand cri : « A Moi I » dans une direction qu'ils indiquèrent

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et qui était l'embranchement du chemin venant de Baveux avec la route conduisant à la mer.

Il faisait petit jour, et M. Boullée, très rassuré par la présence des canonniers, résolut d'aller immédiatement explorer les localités; à cinq cents mètres de sa maison, comme il suivait avec les soldats et ses domestiques la route de Luc, un paysan, qui traversait les champs, le héla et lui montra, presqu'au bord du chemin, derrière une meule de paille, le cadavre d'un homme. Le visage, meurtri de coups, était presque méconnaissable : l'oeil gauche sortait de sa cavité ; les cheveux étaient noirs, très grisonnants aux tempes, la barbe rare et courte. Il était coucha sur le dos, deux pistolets, encore chargés, étaient symétriquemnnt placés à deux pieds environ de chaque côté du corps; la lame et le fourreau d'une canne à épée avaient roulé à quelques pas ; près de là se trouvait aussi la crosse brisée d'un fusil à deux coups. En soulevant le mort pour visiter ses poches, on s'aperçut qu'il avait les mains liées derrière le dos au moyen d'un solide ruban de fil bleu; on ne trouva sur lui aucun papier qui pût fournir, sur son identité, une lumière quelconque ; mais seulement une montre, 30 francs en argent et un petit livre de piété sur la première page duquel était écrit ce nom : Duqiiesnag de Montftquet.

Bientôt, le jour grandissant permit un commencement d'enquête : on reconnut qu'une traînée de sang s'étendait sur le chemin de Luc depuis l'endroit où gisait le corps de l'inconnu jusqu'à l'em-

branchement du chemin de Bayeux, distant de deux cen's mètres environ; il était évident que le meurtre <tvait été commis à la rencontre des deux routes et que les assassins avaient porté le cadavre dans les champs, au revers d'une meule, pour retarder la découverte du crime. Les gendarmes déguisés dont la présence, depuis deux jours, intriguait les habitants, avaient disparu. Un cheval blessé d'une balle, gisait dans le fossé. On put le relever et, quoique perdant beaucoup de sang, il marcha jusqu'au village de Mathieu, sur la route de Gaen, où on l'hébergea.

Ces constatations terminées, les domestiques de M. Boullée et les paysans que la curiosité avait attirés escortèrent jusqu'à la Délivrande le corps de l'homme mort qu'un voisin avait chargé sur une brouette l : il fut déposé dans une grange voisine

1. Ce voisin se nommait Lecoq : voiciles souvenirs qu'il traçait de la journée du 8 septembre 1809, trente-cinq ans plus tard, alors qu'il était percepteur des contributions directes à Gagny. (Communication de M. Benêt, archiviste du Calvados.)

«Cagny, le 19 février 1844.

... Vers le milieu de Ianuitdu7au8septembre 1809, je rencontrai, sur la place de la Délivrande, une brigade de gendarmes commandée par un nommé Foison, de Caen, et qui se dirigeait sur Luc. Environ une heure après, un coup de fusil à balle fut tiré dans une des fenêtres des chambres à M. Boullée, alors maire de Luc.

... Vers trois heiras du matin, une forte décharge fut entendue parle sieur llauvel, de la Délivrande, qui fabriquait de la chandelle pendant la nuit, et par les hommes que M. Boullée avait envoyés à Luc (chercher des canonniers garde-côtes pour venir à son secours), et qui revenaient a la Délivrande par le chemin dos Vaux. Comme le jour commençait apercer, ils aperçurent en passant un cadavre étendu à côté d'une vieille carrière, à environ 6 mètres du chemin. En entrant à la Délivrande, ils virent de la

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de la célèbre chapelle des pèlerinages; c'est là qu'à cinq heures de l'après-midi eut lieu l'autopsie; elle fit connaître que « la mort était due à une blessure produite par la lame de la canne fourrée : l'arme, rageusement retournée dans le corps, avait déchiqueté les viscères». Trois coups de feu avaient, en outre, frappé la victime ; cinq chevrotines l'avaient atteinte en pleine figure et avaient brisé plusieurs dents ; de deux balles, tirées à bout portant, l'une avait traversé la poitrine audessus du sein gauche, l'autre avait cassé la cuisse

lumière chez M. Hauvel, ils y entrèrent et lui dirent ce qu'ils avaient vu; tout à coup, un bruit se fil entendre, et comme j'étais voisin dudit sieur Hauvel, j'entendis, je me levai et je courus à l'endroit où le corps avait été vu, il était environ cinq heures. J'étais accompagné de cinq ou six personnes, parmi lesquelles un sieur Brot, tourneur, et il arriva successivement beaucoup de monde, notamment M. le maire de Luc, et je crois le greffier du juge de paix; on sut bientôt que le meurtre avait été commis par les gendarmes, et il fut reconnu que l'arrestation avait eu lieu dans les Vaux, et que, dès là, la victime avait été blessée, car la trace de son sang empreinte sur le chemin ne laissa aucun doute sur ce point.

M. Dascher (sic) était d'une taille d'environ 5 pieds, une figure pleine, teint basané, et presque sans barbe, ses vêtements consistaient en une veste dite de chasse, un gilet de piqué fond jaune, des bottes dites à la reine. Je n'ai aucune connaissance de sa coiffure. On a trouvé dans ses poches un livre d'église intitulé Pensées chrétiennes et une somme d'argent qui n'excédait pas 30 francs.

... L'œil gauche sorti de la tête et le nez écrasé d'un coup de crosse de fusil.

... Après que le meurtre fut constaté, M. le maire de Luc demanda qui voudrait se charger de porter le corps dans une maison la plus voisine. Je n'hésitai pas à remplir ce devoir, et je fus chercher ma brouette à civière sur laquelle le sieur Brot m'aida à le placet, et je le portai à l'aide dudit sieur Brot, qui le tenait par un bras, de peur qu'il ne renversât, dans la grange de M"" veuve de la Salle où il fut déposé sur la paille.

Sur les quatre heures du soir, M. Blancaguel, chirurgien, en fit

gauche ; enfin l'un des meurtriers s'était acharné sur le cadavre et en avait écrasé la face à coups de crosse siviolents que le fusil s'était brisé sur lecràne. Ce fut seulement quand les médecins eurent terminé leur travail que le maire, occupé du tirage au sort pendant tout le jour, trouva le temps d'écrire au préfet pour l'aviser de l'événement. Il était fort perplexe, car l'unanimité des habitants du village accusait les gendarmes de ce crime mystérieux ; on se racontait déjà que, le matin même, à l'aube, le maréchal des logis Foison était entré avec quatre de ses hommes1 dans un cabaret du village de Mathieu ; l'uu d'eux portait un fusil dont la crosse était brisée2 ; là, tout en déjeunant, ces

l'ouverture, j'étais présent à cette opération, un des gendarmes y était aussi, mais je ne me rappelle pas de son nom.

Le lendemain, 9, la femme du sieur François Gehanne fit une quête, dont le produit fut employé à acheter du linge pour ensevelir le défunt, et il fut inhumé dan3 le cimetière de Luc.»

1. Il ne serait pas impossible peut-être, en s'aidant de certains indices assez probants, de retrouver les noms des gendarmes qui aidèrent Foison dans sa criminelle besogne. Nous avons dit que Foison avait, dans la brigade môme, un frère, qui, sans doute, n'ignora rien de ce qui se passait : la tradition accuse, en outre, un nommé Poulain et un certain Legras, qui était, en 1809, maréchal des logis, et dont nous avons trouvé les notes aux Archives du Ministère de la Guerre : elles sont ainsi libellées : « menteur, vaniteux, homme à coteries, actif, intelligent, verbalisant bien, tenu» médiocre, robuste. » Pour celui-ci, du moins, il n'y a aucun doute, puisqu'on possède le certificat attestant que Legras a reçu «un brevet d'une dot de 500 francs de rentes annuelles accordé, par S. M. l'empereur et roi, en récompense du zèle et du courage qu'il a présenté au sujet de l'arrestation du nommé Frauçôis-Kobert d'Aché, brigand redouté... etc.» Archives du Calvados, Archives du Ministère de la Guerre. — Ce Legras avait, à la brigade même, US fils, simple gendarme. Or les deux Legrat, les deux l'oison et Poulain, voilà bien, sans doute, les cinq hommes qui furent aperçus le mutin d&ns l'auberge de Mathieu.

S. Archives nationales, F; 639T.

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messieurs, sans voir un enfant de six ans blotti dans une alcôve fermée, tirèrent d'une boîte de fer blanc « des liards jaunes qu'ils partagèrent entre eux », et l'hypothèse à laquelle on ^'arrêtait était celle-ci : les gendarmes avaient détroussé un voyageur dont ils savaient la bourse bien garnie et, sûrs de l'impunité, puisqu'ils pouvaient toujours arguer d'un cas de rébellion, s'étaient débarrassés de lui en le massacrant.

Tel fut le sens de la lettre que le maire de Luc adressa, le 8 au soir, à Caffarelli. Le lendemain Foison se présentait à la Délivrande pour rédiger le procès-verbal. A quelques questions que lui posa Boullée sur les circonstances du meurtre, il répondit sur un ton « tellement arrogant, tellement menaçant » que son insolence rendait toute enquête impossible. Foison, payant d'audace, avoua qu'il avait assisté à la scène du crime. Il raconta qu'étant, avec quatre de ses hommes, en surveillance sur la route de Luc, ils avaient vu venir à eux, dans la nuit, deux individus auxquels ils demandèrent « leurs papiers » ; l'un des inconnus avait aussitôt pris la fuite; l'autre fit une décharge de ses armes : les gendarmes le saisirent et, malgré sa défense désespérée, parvinrent à le terrasser; il était resté mort sur la place « ayant été percé de plusieurs coups pendant la lutte 1 ».

— Mais ses pistolets sont encore chargés, remarqua quelqu'un.

Foison ne répondit pas.

i. Archives nationales, F7 <>397.

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— Mais il avait les mains liées, objecta le maire. Foison tenta de nier.

— Voici les ligatures1, répliqua Boullée,en tirant de sa poche le ruban détaché des mains du cadavre.

Et comme le capitaine de gendarmerie Mancel, qui se trouvait présider à l'entretien, remarquait « que c'étaient bien là des ligatures de gendarmes ». Foison sortit de la salle en proférant de nouvelles menaces et jurant « qu'il ne devait de comptes à personne ».

L'indignation était grande dans toute la région où la nouvelle du crime s'était répandue avec une surprenante rapidité. En écrivant à Real, Galïarelli se faisait l'écho de l'émotion publique :

Comment se fait-il que quatre gendarmes n'aient pu saisir un homme qui a lutté longtemps avec eux? — Comment se fait-il qu'il ait été, en quelque sorte, mutilé ? — Comment, après avoir tué cet homme, Font-ils laissé sur le lieu du combat et s'en sont-ils allés, sans s'inquiéter de remplir aucune des formalités voulues en pareil cas ? — Faites ces questions, Monsieur le comte, le public en fait et n'y peut trouver de solution; que répondre surtout si, comme on le dit, l'individu a été saisi, attaché fortement les mains derrière le dos, et ensuite fusillé ? — Quelles terribles conséquences tirer de ces faits, s'ils sont vrais ? Comment les gendarmes pourront-ils s'occuper de leurs fonctions, sans crainte d'être traités comme des assassins ou des bêtes féroces 2 ?

ïl convient de dire que, dès le crime commis, Foison avait pris la route de Caen et remis à Ponté-

4. Le Si'nécal : Le meurtre du baron U'Achè. 2. Archives du Calvados.

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coulant les papiers trouvés sur d'Acné, notes assez précises concernant la situation militaire et politique de la côte normande, ainsi que la possibilité d'un débarquement. Pontécoulant était aussitôt monté en poste et, dès le 11 au matin, il instruisait verbalement Fouché de la façon dont Mme de Vaubadon et le gendarme Foison s'étaient acquittés de leur mission. Restait à savoir comment le public jugerait la chose, et la lettre de Gaffarelli ne présageait sur ce point rien d'agréable; que serait-ce lorsqu'il deviendrait évident que les gendarmes assassins avaient opéré avec l'autorisation et sous le contrôle du gouvernement ? Heureusement pour les hauts policiers du ministère, une confusion s'était produite qui retardait l'explosion de la vérité. Dans l'espoir de découvrir l'identité du mort, le aiaire de Luc avait exposé le cadavre avant de le faire inhumer, et bien des gens s'étaient présentés pour l'examiner, entre autres plusieurs personnes venues de Gaen : quatre de ces curieux avaient été unanimes à reconnaître le corps pour celui d'un marchand horloger de Paris, nommé Morin-Gochu, bien connu dans les foires de Basse-Normandie1. Fouché laissa l'opinion s'égarer sur cette fausse piste; c'est merveille de voir ses lieutenants, Desmarets, Veyrat, Real lui-môme, chercher Morin- Gochu dans tout Paris et s'informer de ses déplacements comme s'ils n'avaient pas su à quoi s'en tenir sur la personnalité de leur victime. Et lors-

1. Lettre de Gaffarelli & Real, 15 septembre 1809, citée par le Sénécal.

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qu'on eut trouvé Morin-Cochu bien vivant dans son magasin de la rue Saint-Denis qu'il n'avait pas quitté depuis quatre ans, on se mit à chercher avec autant de zèle un nommé Festau, son courtier, qui pouvait bien être l'homme assassinée

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