‹ Tournebut, 1804-1809Chapitre 99 sur 115 · Archives du Calvados · texte numérisé non relu

Archives du Calvados

2. «Paris, le 21 septembre 1809. — J'ai reçu, Monsieur, votre lettre du 17. — Depuis que je vous ai adresse ma dernière, j'ai obtenu de nouveaux renseignements qui ne me permettent plus de douter que l'individu, objet de nos recherches, ne soit Dacbé. Je sais même que le linge qu'il portait sur le corps et que celui qu'il portait dans un petit paquet, sont marqués de l'initiale D<

Son Excellence a déliré qu'à tous les éléments qui sont actuel

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C'était le 23 septembre, au matin : le rendez-vous eut lieu à sept heures, chez le maire de Luc; il y avait làlcs médecins qui avaient procédéàl'autopsie, le lieutenant de gendarmerie Mancel ', le brigadier Foison, très ému, encore qu'il cherchât à le dissimuler, par l'obligation d'assister à l'exhumation2 de sa victime. On partit pour le cimetière et le fos-

lement sous ses yeux, on en ajoutât un qui otàt toute inquiétude aux plus incrédules.

Dans la correspondance que j'ai entretenue avec les autorités constituées de Rouen, soit dans l'affaire Georges, Moreau et Pichegru, où Daché a joué un rôle principal, soit dans l'affaire du vol de la diligence d'Alençon, où ce même Daché reparait comme chef de bandes, j'avais eu l'occasion de savoir que Daché était parfaitement connu à Rouen, et que M. Liquet avait eu occasion de le voir et de conférer souvent avec lui pendant un séjour de quatre ans ; que plusieurs habitants de Rouen pouvaient se trouver dans le même cas. Son Excellence a chargé, en conséquence, M. Liquet de se transporter, accompagné de témoins, ayant comme lui, particulièrement connu Daché dans votre département. 11 a ordre de se concerter avec vous pour faire d'une manière sûre, prompte et décente, la vérification nécessaire.

Vous croirez, avec Son Excellence, qu'il est de nécessité absolue que les gendarmes présents à l'arrestation soient de nouveau présents au procès-verbal d'exhumation, que M. Maurel qui a dressé le second, que l'officier de santé qui y a figuré', reparaissent dans le procès-verbal que le délégué devra dresser.

Si, comme je n'en doute pas, le brigand tué est d'Aché ; vous pourrez-vous féliciter d'être débarrassé d'un des ennemis les plus dangereux de S. M.

Je vous prie de faire ce qui dépendra de vous pour que l'opération de M. Liquet soit faite de très grand matin, pour éviter autant que possible le scandale qui accompagne toujours ces désagréables opérations. Croyez, Monsieur, à la parfaite considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être votre très obéissant serviteur.

Real.

Lettre à Caffarelli. Archives du Calvados.

i- Mancel, Jacques-Jean, né à Caen le 5 juillet 1754. Engagé au., dragons de Belzunce, le 24 octobre 1170. — Archives du ministère de la Guerre.

2. Le procès-verbal de cette exhumation fut envoyé directement par Licquet à Real. Archives nationales, F7 8172.

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soyeur fit son office. Au bout d'un quart d'heure de travail, la pelle racla la planche qui recourrait le corps de d'Aché et bientôt après le cadavre apparut, la barbe avait poussée drue et forte. Foison regardait... C'était bien l'homme avec lequel il avait voyagé pendant toute une nuit, causant amicalement, alors que chaque pas le rapprochait des assassins auxquels il le conduisait. Licquet, très maître de soi, s'agitait, pérorait, parlait du temps où il avait connu « tout à fait particulièrement» celui qui était là, étendu sur le remblai de terre molle, la face tuméfiée, sévère pourtant, avec sa barbe épaisse, son nez aminci en bec d'aigle, ses lèvres serrées. Tout à coup il vint au policier le souvenir d'un «signe particulier» qu'il avait jadis constaté : il donna l'ordre de déchausser le cadavre et tous purent voir, ainsi qu'il l'avait annoncé, que d'Aché « avait les ongles des pieds tellement recourbés dans la chair qu'il marchait dessus». Foison, blême et gouailleur, assistait à la scène : il voulut braver ce cadavre, plus terrifiant pour lui que pour tout autre, et, se penchant, du bout de sa canne, il entr'ouvrit les lèvres mortes... Un jet de miasmes fétides vint frapper au visage l'assassin qui, se rejetant, tomba en arrière en poussant un cri d'épouvante. Cet incident tragique mit lin aux constatations. Le corps fut rendu à la terre : ceux qui avaient assisté à l'exhumation reprirent, en causant, le chemin de la Délivrante, Foison marchant seul derrière les autres; nul ne lui adressa la parole et comme on revenait chez le maire où tous, gen-

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darmes et fonctionnaires, étaient conviés à dîner, il resta sur le seuil qu'il n'osa franchir comprenant que, de sa vie* il n'entrerait plus chez un honnête homme.

Le soir même, à Gaen, où l'on n'ignorait rien des péripéties du drame1, encore que Fouché se figurât toujours dépister le public sur l'horloger Morin-Cochu, on se contait les détails de l'exhumation; là y engeance du cadavre foudroyant Foison d'un souffle faisait le fond de toutes les conversations. Une certaine animation régnait dans la ville, où l'on se montrait fier de l'attitude du préfet. Au théâtre, à l'heure où le rideau allait se lever, les élégarvts de l'orchestre, tout en causant, le dos à la rampe, du fait qui préoccupait toute la « société », aperçurent, dans une loge, une femme blonde, très pâle, portant sur les épaules une écharpe de mérinos rouge. Le premier qui la vit n'en put croire ses yeux... c'était Mme de Vaubâdon. Ce nom circula aussitôt, d'abord à voix basse, ensuite comme une rumeur, puis il éclata en tempête. Toute la salle, debout, frémissante, les poings levés, hurlait :

— A bas l'égorgeuse ! . . . C'est la femme au châle rouge... Il est teint du sang de d'Aché2 : à mort !

La malheureuse essaya d'abord de payer d'audace, s'efforcant de rester impassible ; on prétend que Pon-

1 « ... La dame Dumesnil est à Caen depuis le départ dcd'Aclu', Elle et sa servante, les daines Amfrie et leur servante n'ont pas gardé le silence sur ce qui s'est passé à la Déli viande; elles accusent M"" de Vaubâdon. » Lettre de Caiiarelli àlieol.

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