IV. — Nouvelles Assemblées, les Dragonnades
L'affaire de Sainte-Foy eut un épilogue. On n'avait pas trouvé l’intendant de Bordeaux assez sévère. Sans lui marchander les éloges, le ministre le pressa de faire quelques exemples, d'enfermer les meneurs. «C’est clémence, lui écrivait-il, que d’user de sévérité dans les occasions où le désordre peutaugmenter, s’il n’est réprimé par de prompts exemples... Le remède paraît ici nécessaire . » Tourny céda : il fit reléguer quelques hommes et quelques femmes pour plusieurs mois * ; il imposa une amende de
quelques livres à tous les suspects des environs de Sainte-Foy. Les
2. I y est fait allusion dans une autre dépèche à Tourny du 7 mars 1745, A N.. 0! 441.
3. A. N., 01507, 27 juin 1746, dépèche à M. de La Bourdonnais. 4. A N., 0506, 3 mars 1745, dépèche à Tourny. Le Pouvoir central y revient dans une nouvelle dépêche du 6 mars 1745, A. N., 0'441.
5. Le fait est rapporté dans une dépêche du 27 juin 1746, adressée à M, de La Bourdonnais, A. N, 0507,
mers”
da “+
strate
nos don hat beats dr d à
ét.
La ,»
événements montrèrent que, pour enrayer la propagande, ces rigueurs élaient tout aussi inutiles que le tolérantisme des jours précédents. Les religionnaires tinrent de nouvelles assemblées à Nérac et de nouveau à Sainte-Foy, dans le courant des années 1745 et 1746 !.
Il fallut que Tourny intervint de nouveau. Le Pouvoir central complait toujours sur lui pour empêcher les assemblées 2. Animé de la même confiance, le ministre ne fut pas d'avis tout d'abord de laisser le Parlement engager une procédure ?. Mais l'intendant ne réussit pas aussi bien qu'il l’espérait. L'agent, qu'il avait chargé d'intervenir en son nom à Nérac, se montra au-dessous de sa tâche !. Le ministre invita Tourny à prendre de nouvelles mesures. L'intendant n'osa assumer cette responsabilité ; il aima mieux laisser agir le Parlement qui insistait pour entrer en scène.
La Cour souveraine agit mais ne réussit pas. Elle eut beau envoyer sur les lieux M. de Pontac, en qualité de commissaire, el prononcer contre les religionnaires les jugements les plus risoureux, ses efforts restèrent vains et elle sentit le besoin de demander à Tourny le concours de la maréchaussée *.
Celle-ci procéda à des arrestations en masse f,mais ce nouveau procédé d'intimidation aboutit à un résultat plutôt inattendu : les nouveaux convertis se retournèrent, un certain jour, contre les
1. Dans une dépèche du 30 avril 1745, le ministre donne communication à Tourny d’une lettre du lieutenant de MM. les maréchaux de France à Nérac, signalant quelques mouvements de la part des religionnaires, À. N., 01506. A son tour, en mai 1746, l'intendant avise le Pouvoir central de petites assemblées qui ont eu lieu aux environs de Sainte-Foy. Tourny marde par devant lui quelques religionnaires et il augmente de deux le nombre des brigades de Sainte-Foy. Au mois de juin, trois autres assemblées sont réunies, les5,9et12; de la première à la troisième, le nombre des assistants passé de 1.000 à 2.500. Voir à ce sujet les dépêches à Tourny des 24 mai et 24 juin 1746, A. N., (1507.
2. On en trouve une preuve dans la dépèche adressée à Tourny, le 30 avril 1745, A. N., O1 506. ,
3. Cf. dépèche au premier président Leberthon du 21 mars 1745.
4. Cet agent ne craigait pas de commettre une infidélité, comme on le voit par la dépèche adressée à Tourny, le 9 juillet 1745, A. N., O! 506.
5. Sur la mission de M. de Pontac, on trouve quelques renseignements dans le registre de dépèches 01507, aux Archives nationales.
6. Pour ces arrestations, Tourny avait donné des ordres aux subdélégués de Sainte-
Foy et de Bergerac. Il en est fait mention dans la dépêche du 24 juin 1749, A, N,, 01508.
brigades de maréchaussée !. En même temps, sous l'impulsion de Grenier de Barmont, les assemblées interdites semultipliaient; les religionnaires se faisaient baptiser et se mariaient entre eux, plus que jamais, en dépit des arrêts et des ordonnances. Enrayée d'un côté, la propagande calviniste regagnait du terrain dans une autre partie de la généralité ?. Comme les protestants de Languedoc et de Saintonge s'agitaient au même moment, le Pouvoir central put redouter une révolte générale *.
Dès qu'il disposa de quelques troupes !, le gouvernement envoya des dragons pour rétablir l’ordre en Basse-Guienne. Deux escadrons du régiment d'Egmont vinrent en 1749 prendre quartier dans la région de Sainte-Foy, cependant qu'une taxe extraordinaire de 12.150 1. était imposée sur les religionnaires *.. Un peu plus tard, en 1753 et 1754, étant donnée l'agitation croissante, le régime des dragonnades parut devoir être étendu : «Il faudra agir, quand on sera en force, avait écrit le ministre à Tourny f. » Les dragons eurent à opérer particulièrement dans la région de Clairac 7.
Tourny les y installa, avec le souci d'éviter les excès, tout en traitant assez durement les religionnaires. Clairac, à elle seule, eut à recevoir 4 compagnies du régiment d'Harcourt, 2 à pied et 2 à cheval. Suivant l’ordre exprès du roi, tous les frais furent imposés sur les nouveaux convertis. Ils eurent encore à fournir et à apporter à l'hôtel de ville le mobilier dont les officiers pouvaient avoir besoin. Le logement de l'État-major fut établi « dans
1. Le fait eut lieu, sans doute, au cours de l'assemblée tenue dans la nuit du 12 au 13 juillet 1749, dans la paroisse de Saint-Seurin et sur le bord de la Dordogne, vis-à-vis le port de Pessac, Voir à ce sujet la dépèche à Tourny du 30 juillet 1749, A. N., 01508, et l'arrêt d'attribution daté du mème jour, A.N., E 2291.
2. Le Pouvoir central constate le fait, en mème teñhps qu'il semble reconnaitre son impuissance, dans une dépèche du 11 août 1750, adressée au procureur général du Parlement de Bordeaux. A. N., 01509.
3. Voir, à ce sujet, les notes que d'Argenson consigne dans ses mémoires, pour les dates suivantes : 24 octobre 1750, 31 mars 1753, 3 septembre 1753, 19 décembre 1753 et 28 février 1754. Le danger semble aller en croissant.
4. À la suite de la paix d'Aix-la-Chapelle. Cf. de Félice, op. cit., p. 521.